RESPONSABILITÉ SOCIÉTALE ET ENVIRONNEMENTALE

Pluie tardive pour production chétive

Publié dans l'édition Pas de Calais N. 8355 par

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Les pluies qui sont arrivées ces dernières semaines seront-elles salutaires aux agriculteurs du département ? Elles ne manqueront pas de les aider après les mesures prises par le gouvernement pour les assister dans cette énième crise qu’ils traversent. Après la crise du lait l’an dernier, les agriculteurs affrontent la sécheresse d’un printemps qui ressemble à un été. “Il a plu 3 mm ce matin et 15 la semaine dernière”, soupire Sébastien Pruvost, un agriculteur d’Acquin- Westbécourt près de Lumbres, qui élève 15 vaches à viande et dispose de 160 hectares de cultures. Dans ses champs, le lin est trop bas et les pluies arrivent de toute façon trop tard : “La plante n’a pas assez poussé et elle a fleuri. Normalement, elle doit monter à un mètre. Là, avec 10 cm, elle ne servira à rien. Les acheteurs textile n’auront pas de fibres suffisamment longues pour leur usage.” A la linière de Bourbourg, la récolte sera en effet de 4 tonnes/ha au lieu de 6,8 l’an dernier… Plus loin, les parcelles d’avoine et de blé s’étiolent aussi. Il manquera du fourrage. Idem pour les pois : son champ est clairsemé et la récolte sera minime. Bonduelle fait replanter un peu partout et comme l’industriel, les agriculteurs espèrent pouvoir semer encore quelques cultures d’ici fin juin afin de pouvoir compter sur quelque chose à la rentrée… mais il faudra plus de pluie. “La pluviométrie est à 10% depuis avril”, maugrée Jean- Bernard Bayard, président de la chambre d’agriculture du département.

 Spéculation… La pluie a, symboliquement, commencé à tomber lors de la visite du préfet, venu se rendre compte des problèmes des agriculteurs et vérifier si les mesures prises atteignaient bien leur but. Le transport autorisé le week-end pour les camions acheminant les fourrages ? “Il faut encore qu’il y ait des fourrages” répondent les agriculteurs. Le report de certaines cotisations et des échéances de prêts en lien avec le Crédit agricole ? “Ça va dans le bon sens”, reconnaissent quelquesuns. Interdire le broyage pour sauvegarder de la paille ? “Si les récoltes sont trop basses, ça ne servira à rien : les machines vont démolir la paille et en laisseront qu’on ne pourra pas presser”, préviennent- ils. Contraints de puiser dans leur stock, vu la rareté de l’herbe dans les prairies, les agriculteurs cherchent de la paille. Mais les prix montent…. Si les pouvoirs publics cherchent à faire passer l’idée d’un prix situé entre 18 et 25 euros la tonne de paille, qu’est-ce qui peut garantir que tout le monde joue le jeu… “Rien, lâche le président de la chambre d’agriculture départementale, mais on veut croire dans l’esprit de solidarité et de responsabilité de tous.” A Colembert, un agriculteur apporte cependant un cinglant démenti sur les prix : “Moi j’ai vu de la paille à 150 euros la tonne sur Internet. Personne ne respecte le prix recommandé !” Aujourd’hui, une partie des troupeaux est menacée de l’abattoir malgré le léger retour de la pluie. Le problème est peut-être à prendre en amont. Le litre de lait dépasse à peine les 30 centimes d’euros au printemps. “Si on nous payait le juste prix du lait, on n’aurait pas à mendier et on saurait faire face aux variations des saisons”, s’insurge une agricultrice des Trois-Pays.