“La Côte d’Opale estun diamant brut qu’il faut tailler”

Publié dans l'édition Pas de Calais N. 8371 par

Vous devez être connectés pour visualiser cet article

La Gazette. Eurotunnel vient d’entrer pour la première fois dans le conseil d’administration de la nouvelle CCI Côte d’Opale. L’histoire très portuaire de l’institution consulaire n’avait pas favorisé l’intégration de votre entreprise. Aujourd’hui, c’est la fin d’une époque ?

Jean-Alexis Souvras. Dans l’institution consulaire, les choses se passent bien. Il faut de temps en temps un clivage. Mais ça ne gomme pas une signature en bas d’une page. Eurotunnel dans la CCI, c’est effectivement la première fois. C’est la régularisation d’une situation anormale. Nous sommes une entreprise privée qui était la première contributrice à l’ex-CCI de Calais. Souvenez- vous qu’à l’époque, nous avions des problèmes f inanciers importants ; nous avons restructuré notre dette… Une fois notre redressement fait par le président Gounon, nous avons pu assumer notre rôle.

Vous êtes président de la commission internationale de la CCI Côte d’Opale. Quel est votre rôle et votre feuille de route ?

Mon rôle est d’animer la feuille de route de cette commission qui est à construire autour de deux axes majeurs, en collaboration avec la CCIR internationale dont la mission est l’implantation à l’étranger et à l’exportation. Notre commission est son relais dans son territoire. Il nous incombe de faire remonter les problèmes rencontrés par les industriels. Il nous revient également de créer un réseau de relations avec les eurorégions – la Flandre-Maritime et le Kent – avec lesquels nous avons tant de problématiques communes. Quelles sont les synergies pour le développement de l’eurorégion, sur le plan industriel, logistique… Il y a, à l’évidence, des intérêts communs entre Rotterdam et Anvers. Les ports anglais sont plus ou moins à saturation. Les Belges sont intéressés par des dessertes logistiques. Il nous faut capter des flux pour désengorger les trafics.

L’aspect portuaire estil toujours prédominant dans le monde consulaire ?

Je n’ai pas à avoir de position sur l’orientation des ports. Eurotunnel reste sur ses positions émises lors du débat public relatif au projet “Calais port 2015”1.

Mais Eurotunnel regarde de près la possibilité de plus en plus grande d’un appel d’offres lancé par la Région pour la concession du port de Calais dont le périmètre change avec le projet “Calais port 2015”…

Ce n’est pas la vocation d’Eurotunnel d’être gestionnaire d’un port maritime. En revanche, s’il y a une structure, il n’est pas inenvisageable que nous y participions de manière minoritaire. L’intérêt dépend des partenaires : si ce sont des locaux, ça peut avoir du sens. Il me faut rappeler que la réglementation européenne sur les monopoles nous l’interdit. Mais tout ce qui peut contribuer au développement peut avoir des retombées. Le maritime et le ferroviaire peuvent être complémentaires. Rotterdam cherche à évacuer des conteneurs par le rail…

Toujours sur l’aspect portuaire, vous êtes en procès contre SeaFrance…

Nous allons effectivement au conflit. Non pas contre SeaFrance, mais contre toute aide de l’Etat qui fausse la concurrence. De la même manière, nous avons porté plainte en début d’année contre DSP New Haven qui bénéficie de subventions de collectivités territoriales. Tout le monde doit jouer avec les mêmes cartes, c’est une question d’égalité de traitement. SeaFrance ne fait pas une exception à la règle.

Les trafics eurorégionaux sont l’un des vecteurs essentiels de création de richesse et de développement pour les pays transfrontaliers. Quelle est l’appréciation d’Eurotunnel sur la dimension eurorégionale ?

Il y a une volonté à la direction générale de la Commission européenne de favoriser ces mouvements : elle a identifié des corridors de frets internationaux. La façade Le Havre- Rotterdam devrait être inscrite. Nous avons des contacts avec Rotterdam. Nous pourrions desservir par voie ferroviaire et maritime une partie de leur traf ic. Nous cherchons des trafics à répartir entre Calais et Boulognesur- Mer. Il y a des aspects où nous sommes complémentaires des ports, pas concurrents.

Tous les acteurs politiques chantent les louanges du tourisme qui doit sortir la région de son atavisme culturel. Qu’en pensezvous ?

Nos territoires ont deux atouts majeurs : la logistique et le tourisme. Le tourisme va créer du trafic. La réserve touristique de la Côte d’Opale est énorme. Il faut y mettre les infrastructures pour attirer les touristes.Eurotunnel est un acteur structurant pour le territoire. Je rappelle qu’il y a 60 millions d’habitants dans les régions avoisinantes et 20 millions de personnes qui nous traversent. La livre (toujours à la baisse) ne générera plus un trafic commercial comme on l’a connu. Les Opaliens n’ont pas complètement conscience des qualités du territoire. Il y a encore un certain complexe d’infériorité. Mais ça commence à changer, notamment avec la fusion consulaire.

Eurotunnel n’est pas qu’un transporteur, il a une mission d’aménagement du territoire. Après la ZAC 1, quid de la 2 ?

La Côte d’Opale doit développer son côté hub touristique. C’est la vocation de nos espaces fonciers le long de l’autoroute A16. C’est un diamant brut qu’il faut tailler. Nous travaillons avec Christian de Portzamparc sur la ZAC 2. C’est le lien entre Calais et la Cité Europe. Il nous faut mettre en perspective nos atouts et les vendre.

Qui va investir ?

C’est tout le problème… Eurotunnel le fait dans son rôle d’aménageur. Sur Sangatte- Blériot, nous serons candidat à l’aménagement de la plaine de loisirs et du golf. Quant à la ZAC 2, elle doit naturellement devenir un pôle d’attraction sur l’ensemble de la Côte d’Opale. Ce projet ne peut être soutenu que par un partenaire privé. Après avoir été à l’initiative de cette idée en 2003, il est évident qu’Eurotunnel sera candidat à cette concession avec un projet global de qualité.

Les Jeux olympiques de Londres en2012 : c’est le Graal pour la Côte d’Opale ?

L’année 2012 sera un coup de projecteur. Certes, on attend un accroissement signif icatif, mais il faut équiper intelligemment le territoire.