Maubeuge construction automobile a 40 ans

Et coup d’envoi pour le Kangoo ZE

Publié dans l'édition Nord N. 8380 par

La fabrication en série de ces utilitaires
100% électriques a démarré à la fin de l’été.
La venue à Maubeuge de Carlos Ghosn et
d’Eric Besson a fait coïncider le lancement
de la commercialisation et la célébration de
l’anniversaire du site industriel.

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L’ u s i n e MCA de Maubeuge (Maubeuge construction automobile), premier employeur privé du Val de Sambre, aura fêté deux événements en septembre : les 40 ans du site industriel et le lancement, très officiel, de la fabrication en série du Kangoo ZE qui entre donc dans sa phase commerciale active.

ZE signifie “zéro émission” (de gaz à effet de serre) et cet utilitaire, 100% électrique, uniquement fabriqué chez MCA, filiale de Renault, a été présenté comme étant le premier du genre accessible au grand public, grâce à la prime de l’Etat de 5 000 euros qui le ramène au même niveau de prix que la version diesel (soit 15.000 euros HT).

Le lancement a été rendu très officiel par la visite, le 12 septembre, de Carlos Ghosn, le patron du groupe Renault, et d’Eric Besson, le ministre de l’Industrie et de l’Energie.

Commercialisation lancée. Après la visite, Carlos Ghosn a expliqué que la phase de commercialisation allait démarrer dans quelques semaines (fin octobre/début novembre) et que l’ouverture des commandes était imminente.

Selon lui, la production du ZE pourrait se situer entre 3 000 et 4 000 en 2011 et passer entre 20 000 à 30 000 en 2012, ce qui représenterait 20% des véhicules assemblés à Maubeuge.

Ce jour-là, le PDG de Renault a estimé que les chiffres des commandes étaient en général “sous-estimés” et qu’ils évolueraient encore au fur et à mesure des utilisations et des besoins qui s’exprimeront. Il a dit que Renault était leader en Europe pour le VUL (véhicule utilitaire léger), et ce, depuis 1998, et que 80% des véhicules électriques de Renault seraient produits en France. Selon des informations communiquées par l’entreprise, le premier Kangoo ZE est sorti de chaîne en septembre 2010. Depuis, 68 véhicules, dits de “présérie”, ont été produits en 2010 et 281 à la fin juillet 2011. Ceux-là ont servi, notamment, à des opérations de promotion…

Innovation sur les thermiques aussi. Aujourd’hui, MCA serait en mesure de produire 200 000 véhicules, tous modèles confondus. Le directeur de l’usine, Antoine Doucerain, confiait, après le point presse, que les trois dernières années avaient été difficiles mais que les chiffres étaient en progression avec 116 000 véhicules produits en 2009, 140 000 en 2010 (dont 54% d’utilitaires pour professionnels et 46% de modèles pour particuliers) et une prévision de 150 000 cette année.

Il soulignait que des versions thermiques du Kangoo faisaient, elles aussi, l’objet d’innovations techniques, comme le dispositif “Start and Stop”.

Commandes en cours. Aujourd’hui, l’usine maubeugeoise attend surtout le résultat de l’appel d’offres national, dit Bailly, qui comprendrait 16 000 fourgonnettes électriques. Il pourrait être connu fin octobre. Un seul constructeur l’emportera… Antoine Doucerain, sans les nommer, a précisé que des administrations et collectivités locales étaient intéressées par le véhicule, présenté comme adapté à la constitution de petites flottes ne réalisant que des parcours locaux. L’autonomie moyenne du ZE est estimée, rappelons-le, à 170 km, plus ou moins selon sa façon de conduire.

Une commande a été particulièrement médiatisée localement : celle qui a fait l’objet, il y a environ un an, d’une convention entre l’usine, l’agglomération Maubeuge Val de Sambre (AMVS) et le conseil régional. Elle faisait de l’Agglo un territoire expérimental et portait, dans un premier temps, sur une centaine de véhicules électriques, des utilitaires mais aussi une trentaine de Clio Zoé, produites, elles, à Flins, à partir de 2012, tous destinés à l’AMVS. La convention s’accompagnait d’un investissement d’1,5 million dans des bornes de recharge réparties sur le territoire des 22 communes de l’Agglo (une centaine de bornes dans un premier temps). Cet investissement devait être financé à parts égales par l’Agglo et le Conseil régional.

Rémi Pauvros, président de l’AMVS, a rappelé, en aparté, que le groupe avait pris l’engagement de créer 335 emplois nouveaux en CDI sur le site maubeugeois (en cinq ans) en contrepartie d’une aide d’un million d’euros votée par l’Agglo.

Rupture technologique et soutien de l’Etat. Lors des discours, l’expression “rupture technologique” a été employée, tant pour la conception des véhicules, leur entretien, que dans les possibilités de les recharger rapidement et facilement… A une question sur le lithium utilisé dans les batteries, Carlos Ghosn a répondu qu’il ne craignait pas de difficultés d’approvisionnement. Eric Besson a quant à lui précisé que l’Etat cherchait, d’une manière générale, à diversifier les sources d’approvisionnement de minerais et de métaux précieux. Il a évoqué le Québec. Le ministre de l’Industrie a affirmé que l’Etat soutenait les véhicules électriques – il a employé l’expression “décarbonés”. Il a notamment déclaré : “Ce n’est plus une niche, c’est grand public et il s’agit maintenant d’une réponse concrète en matière de lutte contre le bruit, de réduction des émissions de CO2”. Il a rappelé aussi le contexte d’augmentation du prix des hydrocarbures.

Dans les mesures de soutien de l’Etat, il a cité notamment les 6,25 milliards de prêts aux constructeurs, la prime à la casse, l’assouplissement du chômage partiel et cette prime de 5 000 euros accordée pour l’instant aux acquéreurs. Il a évoqué aussi les recherches entre le CEA (Commissariat à l’énergie atomique) et Renault en vue de concevoir les batteries futures. Eric Besson a rappelé que les “investissements d’avenir” avaient prévu 750 millions consacrés à la recherche et à l’innovation sur le thème du “véhicule du futur”. Il a également évoqué une “charte pour l’industrialisation du véhicule électrique”, adoptée la semaine précédente, et censée inciter les constructeurs et acteurs de la filière électrique à garantir une offre fiable et disponible.

L’emploi et avenir. Aujourd’hui, MCA représente environ 2 000 salariés en CDI et un volant de quelque 500 intérimaires. La réalisation du Kangoo ZE devrait susciter la création, cette année, de 98 emplois, précisément de 41 emplois en CDI et de 57 en contrat d’apprentissage par alternance. Depuis la crise de 2009, ce sont, apparemment, les premières embauches et les premiers contrats.

L’avenir de l’emploi, bien sûr, dépendra des résultats de la commercialisation des Kangoo et de l’appel d’offres national ainsi que du partenariat avec Daimler concernant un utilitaire appelé Viano. Ce dernier, a dit le ministre, devrait être, l’année prochaine, produit à Maubeuge. MCA espère retrouver très vite son niveau de production d’avant la crise.