Les 10 ans de La Piscine à Roubaix

Les clés d’un succès

Publié dans l'édition Nord N. 8386 par

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Une architecture exceptionnelle. Un musée dans une piscine ? L’idée était tout simplement saugrenue. Mais quand on entre dans le bassin, la magie fonctionne immédiatement. Même 10 ans après. Ce lieu a une âme, un charme qui séduit irrésistiblement tout visiteur, même habitué. Est-ce parce que son architecte, le Lillois Albert Baert (1863-1951), l’a conçue sur le plan symbolique d’une abbaye cistercienne, et/ou est-ce parce qu’il a respecté les nombres d’or de l’architecture franc-maçonne… Le prodigieux éclairage zénithal, l’alignement des cabines, la très belle mosaïque en pâte de verre du bassin, l’incroyable façade byzantine de “la plus belle piscine de France” des années trente composent toujours un ensemble unique et totalement original pour un musée. La restauration et l’aménagement, conçus par l’architecte Jean-Paul Philippon pour la réouverture en 2001, en ont remarquablement tiré parti. C’est d’ailleurs lui qui a été choisi pour l’agrandissement du musée. “Comme à Orsay (d’ailleurs rénové par le même architecte), ici le site compte autant que la collection. Le patrimoine devient identitaire. Cela n’existait pas il y a encore 20 ans”, raconte Bruno Gaudichon, conservateur en chef.

Une nouvelle extension. Elle comprendra, outre des espaces techniques (vestiaires du personnel, atelier de maintenance, etc.), un agrandissement des salles d’expositions temporaires, une salle exclusivement dédiée aux artistes du “Groupe de Roubaix”, une salle dédiée à la sculpture moderne dans laquelle sera recréé à l’identique l’atelier du sculpteur Henri Bouchard, ainsi que de nouveaux ateliers dédiés au jeune public. D’une superficie totale de 2 000 m2, cette extension ouvrira ses portes en 2015.

Un mélange des genres audacieux. Outre cette association inédite des genres entre un musée et une piscine, s’en ajoute une autre : celle de faire cohabiter non seulement les beaux-arts et les arts décoratifs, mais aussi des collections textiles industrielles, des bijoux et des vêtements de créateurs, du mobilier. Une hérésie pour les puristes, une évidence pour les conservateurs du musée roubaisien pour qui cette diversité est follement enrichissante et surtout très représentative de la ville et de son histoire.

Depuis, ce mélange des genres et des styles a fait école et ne choque plus. Au contraire. Il est en quelque sorte l’estampille du musée qui la met en pratique jusque dans ses expos temporaires comme celle sur le Groupe de Bloosmbury en 2009 par exemple, qui regroupaient tableaux, mobilier, céramique et créations textiles – à l’image du musée.

Une programmation qui fait venir le public. Entre 180 000 et 230 000 visiteurs par an (dont 8% d’étrangers) poussent la porte du musée depuis son ouverture. “Dès la première année, nous avons reçu 200 000 personnes. C’est la moyenne depuis 10 ans, il n’y a pas eu de tassement du visitorat”, conf irme Bruno Gaudichon, en rappelant que le premier musée installé dans l’aile de la mairie, accueillait… 40 000 personnes par an ! Le secret ? Une programmation d’expositions temporaires qui alterne entre découverte et valeurs sûres. Les grandes monographies d’artistes phare, comme Picasso (en 2004-2005 : 120 000 visiteurs), Degas (en 2010 : 91 863 visiteurs) ou Chagall (en 2007-2008 : 62 000 visiteurs), attirent du monde tout en présentant les travaux souvent méconnus de ces artistes (les peintures sur objet pour Picasso, la céramique pour Chagall). Là encore, le musée est dans sa logique de mélange des arts. Les découvertes rencontrent aussi un certain succès : Marimekko en 2006, Agatha Ruiz de la Prada en 2009, le Groupe de Bloomsbury en 2010 étaient surtout connus des spécialistes. Plus après leur exposition !

Un ancrage fort dans la ville. L’attachement de la population à l’ancienne piscine a permis d’humaniser ce projet fou à l’époque. “C’est un musée identitaire de la ville de Roubaix, et même de la région. Il en donne un autoportrait, celui de la sociabilité typique du Nord pendant et après la révolution industrielle”, commente Bruno Gaudichon. Preuve de cet amour : la souscription publique mise en place en 2001 qui a permis de faire l’acquisition de La Petite Châtelaine de Camille Claudel, rebaptisée “La Petite Roubaisienne” par les habitants qui se l’ont appropriée.

Une politique d’ouverture sociale. Depuis son ouverture, le musée a toujours inscrit dans sa politique de développement l’ouverture aux Roubaisiens et à tous les publics. “Il était choquant de faire un musée dans une ville en crise. Il fallait avoir un message, pas forcément de prestige : nous en avons fait un outil de service public, afin de donner à la population une pratique culturelle qui n’existait pas du tout”, explique le conservateur en chef. Concrètement, la part la plus importante du budget de fonctionnement est consacré aux publics, et surtout au jeune public, surtout roubaisien. “Nous recevons 50 000 enfants par an. Et nous avons deux jeunes mascottes : des frères jumeaux d’une dizaine d’années qui viennent souvent sans leurs parents, seuls, au musée”, ajoute-t-il encore.

Un lien historique avec les industriels. Les liens avec les industriels du textile, de la VPC mais aussi avec les banques étaient déjà existants à l’ouverture du musée. La grande majorité est toujours là, aujourd’hui sous la forme d’un Cercle de mécènes, association depuis juin 2010, avec Axelle Lottin, directrice du CCI Banque privée à Lille, comme présidente. “Aujourd’hui, nous sommes 53 entreprises de toutes tailles et de tous secteurs. Nous avons pour vocation d’aider le musée en participant financièrement à son développement, c’est-àdire à ses expositions, mais aussi à ses acquisitions. Nous sommes aussi aidés par les Amis du musée et leurs 2 000 adhérents”, expliquet- elle.

Le lien avec les entreprises – du textile cette fois – se fait aussi avec la Tissuthèque. Elle rassemble plus de 9 000 pièces de tissus et de livres d’échantillons, du XVIIIe au XXe siècles. Sa version informatique fait actuellement l’objet d’une refonte complète pour mieux répondre à la demande des professionnels.

Une équipe qui gagne. La Piscine a un nom : officiellement, c’est celui d’André Diligent, qui a cru au projet le premier. Officiellement, c’est celui de Bruno Gaudichon. C’est lui qui a porté le projet depuis le début et qui l’a amené là où il est aujourd’hui. Le mot qui revient le plus à son propos est “générosité”. Les hommages sur son travail et sa personnalité sont unanimes. Lui rend surtout hommage à ses équipes (80 personnes au musée) et aux élus de la mairie qui ont soutenu son travail.

Un changement de statut attendu. Ils ont aussi soutenu la demande du transfert de compétences d’une partie des charges de La Piscine à la Communauté urbaine, pour passer sous statut d’EPCC, comme le LaM.