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Les avocats nordistes plébiscités par les entreprises en matière d’expertise juridique

Publié dans l'édition Nord N. 8490 par

C’est le résultat de la récente étude réalisée par Lille Place juridique et l’Edhec Business School, qui montre également qu’un tiers des entreprises donneuses d’ordre sollicitent des experts en dehors de notre région. Il s’agit maintenant de résoudre cette fuite de business.

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D.R.

Christophe Roquilly de LegalEdhec : “Demain, pour mieux répondre aux besoins des entreprises, les cabinets ont peut-être intérêt à développer en interne des processus qui ressemblent à ceux des entreprises, avec une culture de cabinet, du partage de savoir-faire.”

Fin juin dernier, Lille Place juridique et LegalEdhec1 publiaient une étude menée conjointement sur “Expertises juridiques et entreprises dans la région Nord-Pas-de-Calais : quels besoins ? quelles réponses ? quelle adéquation ?”. Une première en France, qui a le mérite de donner une tendance statistique sur les attentes des entreprises en matière d’expertise juridique et les compétences régionales pour y répondre. Une centaine d’entreprises ont répondu aux questionnaires, ainsi qu’une centaine d’avocats, notaires, conseils en propriété industrielle (CPI), tous spécialisés dans l’entreprise. En revanche, les experts-comptables – invités également à y répondre – n’ont pas participé à l’enquête.
Premier constat : les avocats sont largement plébiscités en matière d’expertise juridique. “Il ressort de l’étude que les prestataires juridiques principalement recherchés par les entreprises de notre échantillon sont les avocats (90% des entreprises déclarent avoir recours à eux)”, comme le souligne le document. Sont ensuite cités les CPI, les experts-comptables et les notaires.

Les PME, grandes donneuses d’ordre. Qui a recours à l’expertise juridique externe ? Ce sont majoritairement des PME (54%) et des TPE (24%). Cela est dû essentiellement à l’absence de département juridique en leur sein, ou à la petitesse de leur département (moins de dix juristes). Pour autant, les grandes entreprises et celles de taille intermédiaire n’excluent pas d’avoir recours à cette expertise extérieure. L’étude cite l’enquête réalisée par Ernst & Young en 2008, “qui a relevé comme étant les deux facteurs majeurs du recours à des ressources juridiques externes, la rupture de compétences et les pics d’activité”.
Autre enseignement de cette étude : en matière de droit pénal et droit des contrats, il semble y avoir une parfaite adéquation entre offre et demande en région. Là où l’écart se creuse de façon significative ne peut qu’interpeller : en matière de droit du travail, droit de la concurrence, droit de la propriété intellectuelle, droit de l’Internet, droit fiscal, il semble que les entreprises ne trouvent pas toujours l’expert attendu et font appel à des compétences non nordistes. Les prestataires juridiques ne sont-ils pas assez visibles auprès des chefs d’entreprise ?Ou notre région manque-t-elle de spécialistes dans ce domaine ?

Publicité et formation. Autant de questions qui font réagir les avocats comme en témoigne Christophe Desurmont, ancien bâtonnier lillois et président de Lille Place juridique : “Nos professions ne sont pas assez lisibles de l’extérieur. Certains pourraient avancer que notre déontologie nous freine mais c’est un faux problème. Aujourd’hui, une publicité discrète et encadrée est possible.” Et de continuer : “La profession des médecins est beaucoup plus visible car depuis toujours, ils sont sanctionnés par des diplômes. Chez les avocats, les diplômes de spécialistes ne datent que de1991. Nous devons aujourd’hui travailler pour faire reconnaître nos compétences de niches et réduire cette évasion des expertises juridiques en-dehors de notre région.
Pour Christophe Roquilly, qui a piloté l’enquête au sein de LegalEdhec, il faut oeuvrer du côté des étudiants, futurs experts juridiques : “La profession d’avocat souffre encore d’un fort individualisme, qui a du mal à partager son savoirfaire, et qui s’émiette en de nombreux petits cabinets. Or, demain, pour faire face à cet émiettement et mieux répondre aux entreprises, les cabinets ont peut-être intérêt à développer en interne des processus qui permettent de créer une culture de cabinet, du partage de savoir-faire.” Il rappelle ainsi qu’“au sein de l’Edhec, nous formons beaucoup d’étudiants venant d’universités de droit ou de l’école d’avocats (dans le cadre de leurs projets pédagogiques individuels) à cette culture d’entreprise. A l’inverse, nous formons nos étudiants à un double cursus commerce/droit et, tous les ans, une quinzaine d’entre eux intègrent l’école d’avocats.” Ces étudiants au profil atypique seront peutêtre les acteurs du changement au sein de la profession d’avocats.
Christophe Desurmont va plus loin : “L’école d’avocats forme trop de professionnels dans le domaine du droit de la famille, le droit pénal, le contentieux. Cela génère une offre pléthorique sur le marché, ce qui paupérise la profession. C’est dommage quand on voit des cabinets structurés qui recherchent des spécialistes de l’environnement ou du droit de l’Internet et ne trouvent pas. Le secteur du conseil en droit des affaires est aujourd’hui le véritable axe de développement de la profession, comme le confirme d’ailleurs cette étude.”

1. Lille Place juridique : club lillois qui promeut les activités juridiques et comptables du Nord-Pas-de Calais. LegalEdhec : centre de recherche de l’Edhec Business School Pour obtenir l’étude “Expertises juridiques et entreprises dans la région Nord-Pas-de-Calais”, consulter le site de LegalEdhec ou écrire à research@ drd.edhec.edu