A Dunkerque, le risque de fermeture de Green Sofa se précise

Les Green Sofa se préparent à une bataille judiciaire et politique

Publié dans l'édition Nord N. 8494 par

Après l’obtention par le tribunal de commerce de Dunkerque d’une prolongation de la période d’observation relative à son redressement judiciaire, l’entreprise Green Sofa, fabricant de meubles, attend avec anxiété la fin de l’année. Les salariés se savent condamnés après le 31 décembre, date de la fin du contrat qui les lient avec leur client Ikea. Ils se sont réunis avec leurs élus le 10 octobre dernier à Dunkerque pour réclamer un véritable plan social.

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CAPresse

Près de la totalité des effectifs de Green Sofa Dunkerque se sont réunis le 10 octobre dernier à Dunkerque.

Les élus locaux sont aux côtés des salariés de Green sofa. Des maires, des conseillers généraux, régionaux, communautaires…, ils sont une dizaine, de tous les bords politiques (des communistes à l’UMP), venus soutenir la centaine de salariés aux prises avec la direction de Green Sofa qui veut fermer le site de Dunkerque et développer celui de Roumanie. Et l’émotion remplit la salle : des pleurs, de la tension et de la colère habitent la centaine de présents. «On n’est pas seuls dans cette lutte, clame Marie-Andrée Louchart, secrétaire du comité d’entreprise. A Berteaucourt-les-Dames, la famille Parisot − propriétaire des sites − a fait la même chose. Dans l’est de la France aussi. On est en contact avec ces salariés.» Le 3 octobre dernier, d’anciens salariés de l’usine Manufacture française de sièges (ex-groupe Parisot également) sont venus leur rendre visite: leur usine a fermé en 2009. Dans la salle de la Concorde à Petite-Synthe, Me Rilove explique sa stratégie : «Notre démarche consiste à faire reconnaître que vous avez plusieurs employeurs responsables. Si les licenciements avaient lieu en janvier, vous pourriez avoir trois interlocuteurs responsables (Green Sofa Dunkerque, Green Sofa Roumanie et la holding de tête de la famille Parisot).» L’avocat y croit : «La responsabilité de la société roumaine ne fait pas de doute. Elle n’est pas étrangère au démantèlement de votre site. Il doit y avoir une responsabilité sociale.» Le site roumain, créé il y a peu, a en effet récupéré des machines dunkerquoises et est dirigé par le même directeur…

Le compte à rebours a commencé pour les salariés. Une question fuse cependant : «Pourquoi a-t-on perdu la dernière fois alors ?» Lors de la première procédure, les salariés avaient été en justice avec Me Brun (avocat des SeaFrance) mais le tribunal n’a pas manqué de leur dire qu’ils n’avaient ni qualité ni intérêt à le faire en tant que salariés. La nouvelle démarche sera faite au nom du CE et de chaque salarié. Green Sofa Dunkerque ne travaille quasiment qu’avec l’enseigne Ikea ; seul 2% de la production est vendue à d’autres clients. D’ici la fin de l’année, la recherche de nouveaux clients relève de l’impossible pour les salariés qui se sont tournés vers leurs élus locaux, conseillés en cela par leur avocat. «Vos élus doivent vous aider. Se battre en Roumanie coûte de l’argent», a glissé Me Rilove. «Les Français triment jusqu’au bout et les Roumains prennent le relais !», lance un salarié dans la salle. Une couturière qui a connu l’ouverture de l’usine en 1998 surenchérit : «Nos commerciaux sont les mêmes que pour le site de Roumanie. Ils vendent quelle production à votre avis ?»

CAPresse

Marie-André Louchart, secrétaire du Comité d'Entreprise de Green Sofa

Si le tribunal de commerce de Dunkerque a décidé de prolonger la période d’observation jusqu’au 19 mars 2013, rien ne dit que la liquidation pure et simple n’interviendra pas au 1er janvier, date à laquelle il n’y aura plus de commandes de la part d’Ikea. Ne restera alors que le champ judiciaire pour les 115 salariés de Green Sofa Dunkerque.