La transfrontalité sur la Côte d'Opale

De la com’ et des services

Publié dans l'édition Pas de Calais N. 8507 par

La Côte d’Opale prend-elle conscience de ses richesses transfrontalières potentielles ? Si elle ne les valorise encore que peu, les initiatives vont bon train. Exemple avec la future Maison de la transfrontalité et une visite d’un groupe de média du Kent.

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Depuis trois mois, la Maison transfrontalière a pris ses quartiers dans un des bureaux de la communauté de communes Terres des deux caps à Marquise. Même si son implantation avait d’abord été envisagée à Frethun, ville de la gare internationale de Calais, Marquise a fini par accueillir le projet. «Je ne veux pas polémiquer sur cette question. Ce serait une erreur de positionner cette Maison de manière trop restrictive. C’est celle de toute la Côte d’Opale, pas celle d’un clan. Elle ne doit pas être l’émanation d’une structure quelconque», assure Thadée Segard, président de l’association Opale Link. De plus, Frethun et la communauté de communes du sud-ouest du Calaisis rejoindront l’an prochain l’agglomération calaisisienne. Depuis, des permanences sont assurées dans un bureau du siège de la communauté de communes Terre des deux caps. L’association Opale Link, porteuse du projet de la Maison de la transfrontalité, évite ainsi de s’inscrire chez un acteur trop imposant. Elle s’occupe des missions dont sera dotée la Maison de la transfrontalité :«obtenir des informations sur le statut du travailleur frontalier, les assurances sociales, la fiscalité, les accords bilatéraux, les passages aux douanes, la reconnaissance des diplômes, autant de sujets pratiques pour les voyageurs montant et descendant la Manche».

CAPresse 2012
Au forum transfrontalier de Frethun, le 4 octobre dernier.
CAPresse 2012

Entretien entre des candidats et le Medef Côte d'Opale, acteur du forum transfrontalier de Frethun.

 

Sortir de l’opportunisme commercial. C’est à ces problématiques que tente de répondre l’association Opale Link. Pour favoriser le retour des Anglais, l’association a des arguments : baisse de la livre sterling, hausse du gasoil en Grande-Bretagne… et du vin. Les échanges sont prometteurs selon Thadée Segard. L’évolution des flux lui donne raison; avec Eurotunnel et trois compagnies maritimes sur le Calais-Douvres. Cette année, Opale Link avance le nombre de 14 millions de passagers à Douvres, dont 12% issus du Kent. Cette région bénéficie d’un taux de chômage très bas (autour de 4%),  s’appuie sur une population deux fois plus importante que la Côte d’Opale (1,5 million contre 800 000), aux revenus moyens bien supérieurs à ceux du Nord-Pas-de-Calais. Opale Link souligne aussi le fait que le Kent, « jardin de l’Angleterre« , ne construira plus. Un pari hasardeux car si les prix sont plus élevés que sur la Côte, rien ne prouve que cela sera suffisant pour attirer les Anglais sur la Côte d’Opale. Un point est cependant relevé : le manque d’hypermarchés dans le Kent. Mais il convient aussi de sortir du caractère « opportuniste » de l’offre marchande : il convient de proposer une image qualitative…

 De l’associatif et du marchand. Opal Link veut aussi vendre l’image. Des prestations sont proposées aux particuliers ou aux entreprises : prestations administratives pour une adhésion annuelle de 50 euros ; aide à l’intégration sur la Côte d’Opale via l’inscription au Syndicat national des professionnels de relocation et de mobilité (SNPRM qui ne regroupe que 74 entreprises en France), qui pourrait indirectement mobiliser des aides à la mobilité de part et d’autre de la Manche. « Ces actions vont dans le sens d’une accentuation de l’esprit de transfrontalité en favorisant (…) la compréhension culturelle et sociale des sociétés de part et d’autre du Détroit« , explique Thadée Segard. Ainsi en est-il du forum transfrontalier de Frethun, devenu une manifestation annuelle. Il accueille plusieurs centaines de jeunes gens en quête d’un emploi ou d’un stage en Grande-Bretagne, en France ou en Belgique. Pour élargir son audience, Opale Link fait circuler une newsletter où sont traduits certains articles parus dans la presse britannique. Avec la Maison transfrontalière, l’association mettra en œuvre une politique du conseil général du Pas-de-Calais : l’opération « Pelican » qui consiste à placer un maximum de candidatures sur 500 jobs à Londres. Le public visé est celui des jeunes en difficulté.

Mais les acteurs britanniques intéressés par la transfrontalité s’intéressent aussi à d’autres publics. En atteste la visite du groupe Kent Messenger à un public trié sur le volet par Opale Link.

CAPresse 2012

Des jeunes travailleurs français témoignent de leur expérience en Grande-Bretagne.

 Kent Messenger à l’affût sur la Côte d’Opale. Les échanges transmanche sont schématiquement définis comme suit : les marchandises montent et les touristes anglais descendent. La recherche d’un certain équilibre doit pousser les acteurs concernés à soutenir les flux contraires. Pour le business, le groupe Kent Messenger, premier groupe de presse dans le Kent avec huit bureaux dans le comté, est candidat. Entreprise familiale, Kent Messenger est multimédia. Le taux de croissance de la fréquentation de son site KentOnline est le plus élevé du Royaume-Uni ; ses radios forment un même réseau régional. Son intégration réussie, le groupe regarde de près le Nord-Pas-de-Calais… et la Côte d’Opale. Et il est venu proposer sa force de frappe : huit journaux payants et disponibles dans les supermarchés et détaillants, par abonnement et par mail. Soit près de 500 000 lecteurs hebdomadaires. Six journaux gratuits renforcent les publications. En sus, sept radios FM locales et une station de radio numérique touchent une population de jeunes et jeunes adultes. L’audience dépasse les 150 000 personnes hebdomadaires. Pour montrer concrètement à la trentaine de personnes venues le rencontrer, Paul Harvey, directeur du développement, avait amené avec lui un numéro vantant le site de Calais : un quatre-pages encarté avec le supplément « What’s On » de toutes les éditions du groupe. Bonnes affaires à faire sur la Côte, relais en flash-pub sur leurs radios, bannière pendant un mois sur le site (plus de 30 000 visiteurs uniques/mois) : la solution viendrait des médias britanniques pour rendre à nouveau le territoire attractif. Réponse dans quelques mois.

 

 Ci-dessous, un numéro spécial sur Calais des éditions de Kent Messenger.