La nutrition à la loupe

L’Institut Pasteur de Lille ouvre un Centre d’études cliniques

Publié dans l'édition Nord N. 8508 par

Une nouvelle étape vient d’être franchie dans la réorganisation de l’Institut Pasteur de Lille. Avec l’ouverture de NutrInvest sur le campus Pasteur, la nutrition devient l’un des pôles de développement majeur.

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Voilà déjà 15 ans que la nutrition fait l’objet d’études et de formations au sein de l’Institut Pasteur de Lille (IPL), via le service de nutrition dirigé par le Dr Lecerf. Mais l’ouverture de NutrInvest lui donne une tout autre envergure. Il s’agit de mettre en synergie toutes les compétences de l’institution lilloise : des experts scientifiques dans des domaines variés, un centre de ressources biologiques, un centre d’épidémiologie et de statistiques, un laboratoire de biologie médicale, un service de valorisation de la recherche, un centre de stockage, des médecins, des diététiciennes et des infirmières. Sans oublier les compétences externes régionales, avec le CHRU et le Centre d’investigation clinique de Lille, et les autres centres d’études cliniques nationaux et internationaux.  Soit «un environnement scientifique riche et des outils de pointe», résume le Dr Jacques Richir, vice-président et administrateur de l’IPL. «C’est tout à fait unique en province !», fait-il encore remarquer.

C’est donc un pôle d’expertises qui est mis en place autour de la nutrition. Le sujet est prégnant dans notre société, et particulièrement dans notre région, numéro 1 de l’obésité en France (21,3% contre 15% en France) et de toutes les maladies associées.  «Il y a très peu de maladies nutritionnelles en tant que telles, mais il y a beaucoup de maladies dans lesquelles la nutrition joue un rôle. C’est ce rôle que nous voulons étudier», explique le Dr Lecerf, directeur de NutrInvest et chef du service nutrition.

D.R.

 Des études variées sur tous les sujets autour de la nutrition. NutIinvest s’est ouvert au sein du campus Pasteur, avec trois cabinets médicaux, un cabinet de diététique, pour un investissement de 80 000 euros («qui aurait été quatre à cinq fois plus cher s’il avait fallu créer le centre ex nihilo», précise le Dr Richir). L’IPL va enfin pouvoir mener des études cliniques dans ses propres locaux. Ce sont des études, essais ou expérimentations qui se pratiquent sur des patients volontaires, et non plus sur des animaux ou des cellules seules. Appliquées à la nutrition, ces études permettent de toucher un certain nombre de sujets qui ne se ressemblent pas, commandités par différents acteurs : des industries agroalimentaires qui veulent déterminer les effets bénéfiques sur la santé d’un nouveau produit, les pouvoirs publics qui ont un projet de santé publique.  NutrInvest pourra, par exemple, mesurer les effets d’un aliment ou d’un nutriment, de modes alimentaires ou d’un mode de cuisson sur de nombreux paramètres (biologiques, cliniques, physiologiques, etc.), grâce aux patients volontaires. Actuellement, les projets concernent des souches de prébiotiques, une technique innovante pour aider à gérer son poids, une mesure de l’état d’hydratation, l’effet des micro-algues sur la dégénérescence maculaire des yeux (DMLA), la mesure de l’indice glycémique d’un extrait de plante…

Les sujets sont vastes. Et le marché est bien là pour mener ce gendre d’études. Lille est déjà doté d’un autre centre d’études cliniques, mais privé. Le Centre de nutrition clinique Naturalpha (CNCN) a vu le jour en 2011 et est rattaché à l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul. Une concurrence qui n’effraie pas le Dr Jacques Vichir qui estime jouer sur un terrain plus large et plus international. Il pense que NutrInvest peut compter sur  l’attachement et la confiance que les Nordistes ont pour l’IPL pour avoir le plus de patients volontaires, et espère que le réseau d’expertise mis en place attirera aussi la confiance des industriels de l’agroalimentaire. Car l’IPL est une fondation et doit trouver 75% de son budget par ses propres moyens. Cette nouvelle activité d’études cliniques devrait pouvoir aider à remplir les caisses et participer à la renaissance de l’institution lilloise autour d’un sujet qui fait déjà sa renommée.

Nutrinvest accueille aussi l’étude nationale « Nutrinet-santé » pour faire les analyses biomédicales des internautes qui se sont inscrits sur le site. Les Nordistes manquent à l’appel de cette étude unique au monde, sur Internet et qui suit des volontaires pendant dix ans. Avis à la population !

D.R.