"1 étudiant, 1 entrepreneur"

Une journée de partage

Publié dans l'édition Nord N. 8506 par

Ernst&Young Nord de France a organisé, pour la quatrième année, une journée interactive entre des étudiants et des chefs d’entreprise, le 15 novembre dernier : 120 binômes ont été appelés à suivre la démarche «1 journée, 1 étudiant, 1 entrepreneur» dans le Nord-Pas-de-Calais, dont 75 à Lille. Rencontre avec trois duos lors du cocktail de clôture.

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Conexance : Didier Farge (dirigeant) et Emmanuelle Muckenturm (étudiante)

D.R.

Emmanuelle Muckenturm et Didier Farge.


La Gazette. Que vous a apporté cette rencontre ?

Didier Farge. C’est la troisième fois que je participe à cette journée particulière. A chaque fois, c’est un enrichissement mutuel. C’est une plus-value par rapport à l’opinion que porte le dirigeant sur la jeune génération et inversement. C’est aussi l’occasion d’avoir un regard différent sur sa propre entreprise.

Emmanuelle Muckenturm. Cette entrevue a permis de démystifier un bon nombre de questionnements. Je suis actuellement en master of science in Entrepreneurship à l’Edhec et je pense que cette rencontre est une belle initiative qui arrive à point nommé, même si avant cette journée, je n’avais aucune connaissance du secteur de Conexance.

 Que retenez-vous du déroulement de la journée ?

D. F. J’ai eu de la chance d’être entouré d’une étudiante vive d’esprit, curieuse et dynamique. Elle a eu l’occasion de rencontrer tous les chefs de service afin de cerner l’entreprise dans sa globalité.

E. M. Lors de cette journée, j’ai effectivement pris conscience du fonctionnement global d’une entreprise, au-delà de l’activité de Conexance. J’ai pu être présente à un rendez-vous informel dans un cadre hors entreprise, ce qui permet aussi de percevoir les relations entre l’entreprise et les clients différemment. De plus, Didier Farge a été très disponible pour moi.

 Quelle est votre opinion sur l’entrepreneuriat ?

D. F. Il ne faut pas trop tarder pour entreprendre car mieux vaut commettre des erreurs étant jeune. Il est aussi primordial de bien s’entourer pendant toutes les étapes car il est presque impossible d’y parvenir seul.

E. M. Conexance est pour moi un bel exemple d’entrepreneuriat. L’histoire de cette entreprise est intéressante car les membres de l’équipe ont repris un projet avorté auparavant par une structure avec laquelle ils collaboraient. Le projet étant viable selon eux, ils ont décidé de se lancer dans l’aventure. Au final, le succès est au rendez-vous et l’internationalisation est aussi un atout majeur qu’il ne faut pas négliger. En ce qui me concerne, j’ai la volonté d’entreprendre d’ici une dizaine d’années, car je considère qu’en sortie d’école, je ne serais pas assez riche en termes de ressources et de réseaux.

 

AlterEos : Hervé Knecht (dirigeant) et Emily Oliver (étudiante)

D.R.

Hervé Knecht et Emily Oliver.

La Gazette . Que représente pour vous cette journée ?

Hervé Knecht. C’est une très belle expérience, mais dans laquelle il faut savoir se faire confiance mutuellement. Cette rencontre m’a aidé à prendre du recul sur les actions que je mène au quotidien. De plus, c’est une chance pour Emily qui a pu connaître la démarche de l’entreprise. Cependant, je suis déjà intervenu dans de grandes écoles et je constate à chaque fois qu’il y a toujours un étonnement de la part des étudiants lorsque j’explique le fonctionnement de la vie d’une entreprise. Ils ont certainement un très bon niveau en théorie mais ils n’ont pas suffisamment d’expérience sur le terrain. Les initiatives comme celle-ci devraient être plus récurrentes, sous forme de parrainage ou de tutorat.

Emily Oliver. Etant en master 2 de l’entrepreneuriat à l’Edhec, c’est évidemment une journée interactive Je me suis inscrite au projet et j’avoue que je suis tombée sur une bonne pioche.

 Quels sont les points qui vous ont marqués ?

H. K. Chaque événement de la journée a apporté une nouvelle notion et un regard différent à Emily. Le matin, lors de mon intervention au World Forum Lille 2012, son regard a changé sur le monde économique. Ensuite, lors d’un rendez-vous avec un banquier, son regard a changé sur les finances. Puis, lors d’une rencontre avec un prospecteur, son regard a changé sur les métiers de demain et l’entrepreneuriat.

E. O. Cette journée a été très riche et intense. J’ai pu me rendre compte de la diversité des rôles que tient Hervé Knecht au quotidien. Il a fait un réel choix de carrière. C’est un entrepreneur qui n’a pas froid aux yeux et c’est ce qui contribue à la réussite de son projet social encore trop méconnu selon moi.

Qu’avez-vous appris l’un de l’autre ?

H. K. Etant donné que je devais tout expliquer, cela m’a permis de poser davantage ma réflexion lors des rendez-vous. Concernant Emily, c’est une fille brillante et engagée mais elle manque, comme tous les jeunes, de discernement concernant l’univers de l’entreprise.

E. O. Les notions de responsabilité et d’ambition avant tout.

 

Bonduelle : Daniel Vielfaure (dirigeant) et Thierry Cazuc (étudiant)

D.R.

Thierry Cazuc et Daniel Vielfaure.

La Gazette. Comment percevez-vous ce projet initié par Ernst&Young ?

Daniel Vielfaure. C’est la première fois que je participe à ce projet et je trouve la formule enrichissante. Nous avons comme consigne de ne rien changer à notre quotidien, ce qui rend l’expérience encore plus intéressante. Ainsi, le regard que porte l’étudiant sur la fonction d’un dirigeant n’est pas faussé. Thierry a pu, par exemple, assister à des réunions habituelles.

Thierry Cazuc. La journée n’est pas aménagée spécialement pour la venue de l’étudiant, ce qui est très pertinent. Suite à cette rencontre, j’ai pu davantage cerner le quotidien d’un directeur général ainsi que celui de ses interlocuteurs les plus proches. Ainsi, j’ai pu me rendre compte de l’étendue des responsabilités qui rythment sa journée. Avant, je n’avais pas d’idée précise sur ce rôle ni d’ailleurs de connaissances sur le milieu de l’agroalimentaire. J’ai également constaté que Daniel Vielfaure est un homme qui prend le temps d’écouter ses partenaires et qui est soucieux d’avoir tous les éléments en main avant de prendre une décision. Et, malgré ses hautes responsabilités au sein du groupe Bonduelle, il m’a semblé très abordable durant cette journée.

 Que représentent pour vous la notion d’entrepreneuriat et le rôle d’un dirigeant?

D. F. Entreprendre est très ambitieux. Il faut en avoir envie. Un entrepreneur gère un business. Il a l’obligation de parvenir à des résultats. Je pense qu’il est bien d’entreprendre lorsque l’on est jeune dans une petite entreprise et ne pas trop se spécialiser dans un domaine. En ce qui me concerne, je ne suis pas un expert marketing, je dois comprendre l’ensemble de la notion du business. Ensuite, je tiens le rôle d’un chef d’orchestre.

T. C. Actuellement, je suis en dernière année de formation ingénieur à HEI, spécialité «management industriel et logistique» et je fais en parallèle une formation relative à l’entrepreneuriat afin de comprendre les grandes étapes et de connaître les moyens mis à la disposition d’un porteur de projet. Je n’ai pas d’exemple d’entrepreneur au sein de mon entourage mais, après tout, pourquoi ne pas être le premier (rires)… Envisager un projet est important mais je ne souhaite pas créer mon entreprise à court terme, il me semble nécessaire d’acquérir au préalable une certaine expérience.

 Selon vous, M. Vielfaure, la jeunesse française a-t-elle une âme entrepreneuriale ?

D. F. Oui, les jeunes Français ont soif d’entreprendre, de porter des projets même si le contexte n’est pas très favorable.

 Seriez-vous tous les deux prêts à participer à une seconde journée « 1 étudiant, 1 entrepreneur » ?

D. F. Sans aucun doute, c’est une bonne façon d’apporter mes connaissances et de rendre ce que l’on m’a transmis, même si l’objectif n’est pas de donner des conseils tout au long de la journée mais plus de discuter.

T. C . Je le referais volontiers. C’est une expérience qui complète parfaitement ma formation secondaire.

 

Le mot d’Antoine Moittié, associé d’Ernst&Young

L’initiative de cette journée a été lancée à Lille par le comité qui organise le Prix de l’entrepreneur de l’année, l’objectif étant de faire bouger la culture entrepreneuriale. La première année, nous comptions 10 binômes, la deuxième, 50 binômes et l’an dernier, 90 binômes. Suite au vif succès des années précédentes, Ernst&Young a renouvelé sa démarche et a fait une progression de 35 binômes par rapport à 2011, avec au total 130 binômes pour cette 4e édition. Nous avons eu de très bons échos et nous recrutons de plus de plus de chefs d’entreprise. Certains réitèrent l’expérience chaque année et parfois nous avons quelques refus, dus principalement au planning du dirigeant qui ne permettrait pas de recevoir un étudiant à ce moment-là. A la fin de l’expérience, nous constatons généralement une grande satisfaction autant de la part des étudiants que celle des dirigeants. Ils ont tous les yeux qui pétillent. Cette journée est avant tout une rencontre, un échange. Cette année, le projet s’est étendu sur le territoire de Valenciennes. L’événement a d’ailleurs été relayé à Montpellier, Strasbourg et Nantes. D’ici peu il devrait se réaliser au niveau national.