Vers une mytiliculture franco-belge

Willy Versluys veut créer la « moule des bancs de Flandres »

Publié dans l'édition Nord N. 8512 par

Armateur à Ostende, Willy Versluys défend la filière halieutique de la côte belge qui ne compte plus aujourd’hui que quelque 450 pêcheurs. Après avoir fait la réputation de la crevette grise cuite à la flamande, en mer à bord de ses bateaux, le patron de Brevisco souhaite promouvoir une moule belge.

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D.R.

Invités à Boulogne-sur-Mer pour une journée consacrée à l’innovation, Willy Versluys (Ostende), à gauche, et Jean-Michel Facqueur (Dunkerque) ont plaidé en faveur d’une moule transfrontalière.

Véritable touche-à-tout inventif dès lors qu’il s’agit de produits de la mer, Willy Versluys a toujours essayé d’innover et d’inscrire ses pratiques de pêche ou d’élevage dans un cadre de développement durable. Il a ainsi ramené de Chine l’idée d’utiliser les impulsions électriques pour pêcher la crevette grise. A 64 ans, ce Flamand, « témoin du changement climatique » pour le réseau WWF, est aujourd’hui engagé dans un projet d’implantation d’aquaculture en Angola, mais aussi dans la promotion d’une moule de son pays. Il a réussi sa première récolte de moules Belgica en 2007. Mais, après quelques déboires, son mollusque bivalve est actuellement essentiellement français. Toutefois, son ambition est bien, dès 2013, de lancer une moule de pleine mer, élevée sur filières en pleine mer du Nord, au large de Dunkerque et de Nieuport, espacées d’à peine 15 kilomètres. Il s’agira d’une moule toujours immergée. « Pas de marée, pas de prédateur, pas de petit crabe nicheur, pas de sable… La moule, 24 heures sur 24, n’aura qu’une préoccupation : filtrer l’eau pour se nourrir, explique-t-il. A six mois, elle est déjà bonne à la consommation à Dunkerque, deux ou trois mois plus tard elle le sera en Belgique, car nous la souhaitons plus grosse. Avec ce produit, nous arrivons à des indices de teneur en chair supérieurs à 32 %. De quoi résister au tsunami des moules de Zélande. Récoltée plus tôt que la moule de bouchot, ou, en début de saison, avec un meilleur prix. »

Des solutions innovantes. Alors qu’elle constitue  une alternative moderne et durable à la mytiliculture dominante, la culture pendante est cependant encore expérimentale. Et, en dehors des baies où sont généralement implantés les élevages en mer, les contraintes mécaniques sont importantes : les tempêtes, la houle, la surcharge, la flottabilité… Depuis sa première récolte, Willy Versluys a accumulé les pépins. «On a d’abord testé des pontons flottants avec des cages en acier. Mais, reconnaît-il, on a dû tout retirer à la suite de défauts de construction. Aujourd’hui, avec la nouvelle plate-forme d’innovation ‘Nouvelles Vagues’ basée à Boulogne-sur-Mer, j’étudie d’autres solutions, en lien avec des Américains et des Ecossais. Et un constructeur à Bergen (Norvège) est en train de me concevoir un système résistant dont je souhaite être le promoteur.»

La Coopérative de Dunkerque intéressée. En attendant, le système de référence est celui adopté par des pêcheurs dunkerquois reconvertis en mytiliculteurs : « des filins de polypropylène de 80 à 150 mètres de long, explique Jean-Michel Facqueur, responsable criée de leur coopérative maritime, ancrés fermement aux deux extrémités et soutenus par des flotteurs placés à intervalles sur toute la longueur. Les collecteurs de naissains ou boudins sont fixés à la filière« . Le Belge Willy Versluys, l’un des principaux clients des moules dunkerquoises, rêve d’une appellation transfrontalière : «Moule des bancs de Flandres». «Il y a, assure-t-il, une réelle potentialité, à condition que l’on partage nos bonnes et nos mauvaises expériences.» Agé de 64 ans, ce pionnier enthousiaste a mis beaucoup d’argent dans ce projet qui lui tient à cœur.

D.R.

Les marins pêcheurs de la Coopérative maritime de Dunkerque sont intéressés par cette moule des bancs de Flandres.