Dunkerque Port affiche ses ambitions

La diversification prend forme peu à peu

Publié dans l'édition Nord N. 8518 par

L’année 2012 fut riche pour le port de Dunkerque : les faits marquants ont été nombreux et ils dévoilent un peu la stratégie de la direction portuaire. Pour sa conférence de presse annuelle de rentrée, le Grand Port maritime a affiché ses ambitions.

CAPresse 2013

La conférence de presse du Grand Port maritime de Dunkerque, le 9 janvier dernier à Lille. François Soulet de Brugière, vice-président du port, et Christine Cabau-Woerhel, directrice générale.

Le Grand Port maritime de Dunkerque poursuit sa mue vers une diversification qui doit l’abriter des aléas. Si son tonnage reste stable, ses activités des 12 derniers mois le désignent comme un opérateur offensif, aussi bien sur le transmanche que sur ses métiers plus traditionnels. François Soulet de Brugière, vice-président du GPM, s’est montré satisfait : «L’année s’est terminée d’une meilleure manière que nous ne l’espérions. C’est donc une bonne année.» Le trafic global s’est tassé : de 47,5 millions de tonnes transportées en 2011, le port passe à 47,2 millions de tonnes. Dans le contexte général des trafics mondiaux et d’une crise qui perdure, l’année 2012 n’est pas foncièrement mauvaise. A Dunkerque, l’année montre les transformations que vit le port depuis une petite décennie. En observant la répartition des trafics, on constate que Dunkerque trouve un nouveau point d’équilibre. En 2004, le port effectuait près de 80% de son trafic avec des vracs.  Quatre ans plus tard, cette part descendait à 72%. En 2012, elle ne représente plus que 66%, les vracs liquides perdant plus d’un tiers du trafic avec la fermeture de la Raffinerie des Flandres. La part des marchandises diverses s’est par contre accrue, passant de 23% en 2004 à 34% l’an dernier. Minerais, charbon et vracs liquides se sont un peu remis du creux de 2010. Seuls les conteneurs affichent un score encore trop peu important au regard des chiffres des concurrents belges et néerlandais. Le réconfort vient aussi du trafic roulier qui augmente régulièrement. Il a dépassé en 2012 les 13 millions de tonnes. Ses chiffres deviennent éloquents d’année en année : les 12 escales quotidiennes ont vu passer 2,5 millions de passagers et de chauffeurs. Plus d’un demi-million de camions et de remorques ont préféré Dunkerque au port de Calais ou au tunnel sous la Manche. Ce dernier a beau être fournisseur de client dunkerquois et gestionnaire de l’infrastructure ferroviaire, il reste un concurrent dans l’esprit du François Soulet de Brugière, interrogé sur la candidature d’Eurotunnel à la gestion des ports de Calais et de Boulogne-sur-Mer : «Ça  fait beaucoup de casquettes : opérateur de transports, aménageur, possible gestionnaire de port, loueur de navires à une compagnie de ferries… Mais dans nos métiers, on a l’habitude.» Christine Cabau-Woerhel, présidente du port, a quant à elle botté en touche : «Les offres de transport sur la Côte d’Opale  sont partagées et fonctionnent bien. Le marché est favorable à ces offres combinées. On est en complémentarité avec Calais. C’est important pour les acteurs du marché. Ce n’est pas une démarche de concurrence ou de compétitivité.»

2012, une année de transformation. L’Asie reste un objectif important pour le port de Dunkerque : une délégation a accompagné le ministre des Transports en mars dernier. Un mois plus tard, une reconfiguration du service Asie unissait CMA CGM et MSC par un accord global de mise en commun des moyens des deux armateurs, le premier ayant 50% de l’espace sur les bateaux du second sur la ligne Asie (Ningbao, Shanghai, Xiamen, Yantian, Chiwan, Sines, Le Havre, Rotterdam, Anvers, Dunkerque, Felixtone, Ningbao). Les deux compagnies peuvent transporter jusqu’à 13 800 conteneurs. Le printemps 2012 a aussi vu le retour des navires de croisière à Dunkerque. Les paquebots Costa Voyager et Discovery feront cinq escales sur la route de leurs circuits nordiques (Baltiques et îles britanniques). A chacune de ces escales, 4 000 personnes embarquent ou débarquent, laissant espérer un élan pour le commerce dunkerquois. L’été 2012 a permis au port de Dunkerque d’ouvrir un nouveau service en direction de l’Inde et du Pakistan. C’est encore CMA CGM qui s’est trouvé à la manœuvre en intégrant Dunkerque dans les rotations hebdomadaires de son service EPIC (Europe Pakistan India Consortium). Huit navires pouvant emporter 5 500 evp sont dédiés à cette ligne qui dessert la Méditerranée, le golfe Persique et le sous-continent indien. En juin toujours, le port a investi dans la réalisation d’un pont sur l’écluse des Dunes. Cet ouvrage de franchissement était une nécessité pour les travaux du terminal méthanier qui voisine avec l’écluse des Dunes. Les aménagements comprendront aussi deux ronds-points et un pont fixe (d’une hauteur de 7,20 m et long de 57 m en trois travées). L’ensemble permet de séparer les flux entrants et sortants vers le Clipon et la digue du Break. En juillet, le port Ouest a accueilli un nouveau trafic de pondéreux (du charbon à destination d’une centrale électrique en Moselle). Cette bonne nouvelle efface l’arrêt du trafic (fin 2012) à destination d’une centrale thermique du groupe énergétique EoN. Ce nouveau trafic mobilise quatre trains lourds par semaine. Sur les pondéreux toujours, le port a vu les volumes d’ArcelorMittal augmenter ces derniers mois. «L’objectif est d’atteindre a minima 1 million de tonnes, ce qui représente le double en termes de manutention pour l’opérateur du terminal qui, de son côté, a investi pour améliorer les cadences de rechargement», fait savoir le Grand Port maritime. Quelques minutes avant le début de la conférence de presse du port, une autre bonne nouvelle tombait : Arcelor redémarre son haut-fourneau n°3. Le volume des pondéreux devrait s’en ressentir.

De grands travaux. Dunkerque se positionne aussi sur le marché des fruits et légumes, secteur où il est devenu le premier port importateur de conteneurs en France. «Le groupe CMA CGM a mis en place une nouvelle ligne maritime, le Dunkrus Express qui relie Casablanca, Agadir, Dunkerque et Saint-Pétersbourg.» Pour la campagne 2012/2013, le transbordement vers la Russie s’opère de Dunkerque entre le dimanche soir et le lundi matin pour un départ vers la Baltique. Après l’été, les grands travaux ont commencé : la pose de la première pierre du terminal méthanier le 5 octobre dernier a lancé le compte à rebours pour une exploitation prévue fin 2015. Sa capacité sera de 13 milliards de mètres cubes par an, 20% de la consommation franco-belge… Le port se charge de réaliser la plate-forme et les équipements maritime. Le terminal en lui-même sera l’œuvre de l’opérateur Dunkerque LNG (filiale d’EDF). Les ouvrages de raccordement donneront du travail à GRDF gaz et Fluxys, également actionnaire de Dunkerque LNG. Grand travaux encore sur les terminaux. En novembre 2012, le port de Dunkerque a inauguré les terminaux TMV et DTM. Dédiés aux petits vracs solides, ceux-ci ont gagné des terre-pleins et 280 mètres de quai supplémentaires. Ce projet a commencé en 2008 et a coûté 13,1 millions d’euros. Près d’un million de tonnes supplémentaires peuvent être désormais déchargées à Dunkerque. Un nouveau quai a également été réalisé pour le terminal de DTM : 200 mètres de long et bénéficiant d’un terre-plein d’1,5 hectare ainsi que de nouveaux accès. Le port entend aussi soigner ses capacités multimodales : il y a trois mois, les acteurs portuaires assistaient au doublement de la navette ferroviaire Dunkerque/Ile-de-France, un an après son lancement. C’est encore un trafic symbolique avec 80 boîtes bihebdomadaires chargées. Ce volume rejoint les 10 millions de tonnes annuelles que le port fait passer à travers son réseau ferré de plus de 200 km de voies. Christine Cabau-Woerhel a également montré sa volonté de poursuivre les projets de creusement de deux bassins au port Ouest. Les études ont été lancées et la direction du port espère qu’un débat public aura lieu en 2013. Faramineux, ces chantiers pourraient représenter plus de 400 millions d’euros d’investissement. L’équivalent du projet Calais port 2015.

 

Le tour du monde des salons

L’année 2012 fut aussi celle des salons pour le Grand Port maritime de Dunkerque. Celui des transports en mars, de l’intermodal au Brésil en avril ; à Moscou pour le Transrussia le même mois. Birmingham pour de l’intermodal et Anvers en mai 2012. Puis la Chine début juin pour le transport logistique, les transports à Montpellier ou encore le SIFEL (fruits et légumes) au Maroc début décembre. De quoi assurer une visibilité mondiale pour un port en voie de diversification.