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Le mécénat s’organise dans les musées du département du Nord

Publié dans l'édition Nord N. 8514 par

La nécessité du mécénat étant devenue une évidence pour la vie des musées, ces derniers sont en train de s’organiser pour mieux trouver et accueillir des mécènes sous la houlette du département du Nord. Exemple concret au musée Matisse, au Cateau-Cambrésis.

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La dernière exposition de Dominique Szymusiak, l’emblématique conservatrice en chef du musée départemental Matisse avant son départ à la retraite en décembre dernier, est consacrée à un enfant du Nord, le peintre Auguste Herbin (1882-1960). La magnifique rétrospective montre le parcours artistique de l’un des fondateurs de l’abstraction en France en 1917, qui a aussi inventé dans les années 1940-1960 un alphabet plastique pour une correspondance entre les sons, les formes et les couleurs.

Auguste Herbin / © ADAGP. Paris.2012.

Paysage, 1908, H/t, 61 x 50 cm, Coll. Fondation Gandur pour l’art, photo S. Pointet.

Tisser des liens autour de valeurs communes. L’artiste et l’exposition ont séduit le Crédit du Nord, inhabituel mécène du musée Matisse (c’est surtout le CIC, pour les expositions autour de Matisse), mais soutien financier de bien d’autres expositions dans les musées de la région (LaM, palais des Beaux-Arts de Lille, musée de Bergues, etc.)  et événements organisés par l’Association des conservateurs des musées du Nord-Pas-de-Calais (« Feuilles à feuilles », « Dessiner/Tracer »). «Herbin est né à Quiévry et le musée Matisse est emblématique de la région en lui permettant de rayonner au-delà. Notre propre ancrage régional s’inscrit très bien dans cet ensemble», explique Eric Lhôte, directeur de la communication et responsable du mécénat au Crédit du Nord. «Plus que des mécènes qui nous apportent des financements ou du mécénat en nature, ce sont des partenaires que nous recherchons. Le but est surtout de partager un projet, sur des valeurs communes où chacun peut retrouver son identité», renchérit Patrice Deparpe, conservateur adjoint et responsable du mécénat du musée du Cateau. Avec un but partagé : toucher le plus de publics possibles. Pour les entreprises, les soirées organisées pour les clients – la plupart viennent au musée pour la première fois à cette occasion, aux dires des deux responsables −  participent largement à remplir cet objectif.

Mais le but premier pour le musée reste quand même le bouclage du budget d’une exposition. «Il a beaucoup augmenté ces dernières années, raconte Patrice Duparpe. Les tarifs de transports sont en hausse. Mais, surtout, de nouveaux frais liés à des prêts d’œuvres des musées ou des fondations étrangères sont apparus.» Aujourd’hui, il estime que le mécénat couvre 10% du budget, ce qui représente beaucoup et permet surtout de pouvoir le boucler ! Un chiffre confirmé par Régis Gournay, directeur général du développement territorial au département du Nord. Le conservateur adjoint n’oublie pas de mentionner aussi l’importance des mécènes pour des actions tout aussi importantes dans la vie des musées que sont l’édition d’un catalogue ou la restauration d’œuvres, par exemple. La Fondation BNP-Paribas a participé à l’édition du catalogue du musée par exemple.

D.R.

La deuxième partie de l'exposition, dédiée aux œuvres abstraites et géométriques d'Herbin, est un enchantement pour les yeux et l'esprit.

Développer un mécénat départemental. Au conseil général du Nord − dont dépend le musée Matisse −, la place évidente du mécénat dans la vie d’un musée a été (enfin !) actée lors de la délibération de décembre dernier, avec «l’adoption d’une politique d’ouverture aux donateurs et aux entreprises qui veulent participer au développement de la politique culturelle départementale», explique Régis Gournay. Le Département peut en effet s’appuyer sur l’incroyable et inattendu succès de l’achat public par souscription de l’œuvre en verre de Karen Lamonte grâce aux dons de 322 particuliers et de 21 entreprises en 2011. Citant les quatre musées départementaux (Matisse au Cateau-Cambrésis, le Forum à Bavay, le musée de Flandre à Cassel et le musée-atelier du Verre à Sars-Poteries) et les deux autres structures culturelles (le Forum départemental des sciences à Villeneuve-d’Ascq, la maison Marguerite-Yourcenar au mont Noir) en décrivant leur originalité et surtout leur vitalité, il insiste sur l’ambition plus large de cette nouvelle voie ouverte sur le mécénat, en proposant de nouvelles idées : «Nous travaillons à la création d’un club d’entreprises afin d’attirer les PME qui ont aussi toute leur place dans la vie de nos musées. Nous regardons aussi l’idée de créer un fonds de dotation pour financer des projets culturels au sens large, comme le prochain Nordmagnétic qui va avoir lieu au printemps prochain dans les Flandres», expose Régis Gournay. Le sujet est donc d’importance. Le responsable affirme aussi que les personnels des musées, comme ceux du département ont été formés, ou sont en cours de formation, pour pouvoir répondre aux problématiques du mécénat. Une entreprise peut donc s’adresser directement au musée ou au Département si besoin. 

«Certes, le mécénat permet de soulager les dépenses publiques, mais il permet surtout de ne plus séparer le monde de l’art et de l’entreprise. Il fait des musées des lieux qui ne sont plus réservés à des élites ou à des savoirs scientifiques, mais qui sont ouverts à tout le monde, à l’humanité dans toute sa diversité, comme au Louvre-Lens par exemple», insiste Pierre Gournay. Pour finir, s’il reconnaît que le mécénat «n’est pas encore très stable en France, il est une action de générosité et de beauté». Matisse n’aurait pas renié ces mots, pour l’art ! L’exposition Herbin en est un bel exemple.

 

Auguste Herbin / © ADAGP. Paris.2012

Le vitrail Joie, 1957, (105 x 65 cm, réalisation H Lhotellier), est installé au musée Matisse pour toujours.