Le label d’intérêt national pour «Une renaissance»

Publié dans l'édition Pas de Calais N. 8555 par

Marc Gil, maître de conférences à l’université Lille 3, et Christine Descatoire, conservatrice en chef du patrimoine au musée de Cluny (Paris), ont préparé depuis 2008 une exposition unique et superbe au musée Sandelin de Saint-Omer : «Une renaissance, l’art entre Flandre et Champagne 1150-1250».

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Ces deux érudits, en plus de la présentation d’œuvres uniques – bibles et livres d’heures aux délicates enluminures, sculptures sur pierre ou bois, joailleries chatoyantes, figurines religieuses en métal cuivré coulé… −, ont rappelé l’effervescence politique, religieuse, artistique et économique entre 1150 et 1250. La France, née de l’éclatement du Saint-Empire germanique en 843, est un pays émergent à l’aube du XIIe siècle. Ses monarques sont ambitieux et règnent longtemps. Trois rois seulement seront sur le trône pendant 115 ans : Louis VI (1108-1137), Louis VII (1137-1180) et Philippe-Auguste (1180-1223). Cette stabilité politique favorise les échanges commerciaux. Les foires fleurissent, les marchands et leurs corporations irriguent le pays. Les artistes sont jeunes et voyagent beaucoup d’abbaye en abbaye, de chantier en chantier. D’autres participent aux croisades dont la 4e verra la prise de Constantinople (1204) et l’afflux d’œuvres byzantines après le pillage de la ville par les croisés. L’art gothique peu à peu supplante le style roman….

Huit siècles plus tard… L’exposition, qui agite le microcosme artistique et politique local, est de dimension nationale. C’est très rare qu’un musée de la Réunion des musées nationaux comme Cluny s’associe à un musée territorial comme le musée Sandelin. C’est très rare qu’une exposition soit double, à Paris du 17 avril au 15 juillet et à Saint-Omer du 5 avril au 30 juin. Les décideurs espèrent que le label d’intérêt national, qui déclenche à la fois un soutien financier exceptionnel de l’Etat et une large diffusion de cet événement culturel (dans les sites et revues dédiés de tout l’Hexagone), va provoquer la venue dans l’Audomarois de nombreux visiteurs férus de l’art médiéval, qu’ils viennent de France, de Grande-Bretagne, de Belgique ou d’ailleurs.

Le Pays de Saint-Omer espère un autre label à l’été prochain, celui de « Pays d’art et d’histoire ». Plusieurs chantiers – la restauration de la chapelle des Jésuites, l’aménagement de la motte castrale… −et cette exposition1 attestent de la volonté politique d’inscrire plus fortement encore l’activité culturelle et artistique dans le paysage économique. Les retombées financières que cette activité génère participent à l’essor du territoire… comme huit siècles plus tôt !

1. Renseignements : 03 21 38 00 94 − musées-communication@ville-saint-omer.fr

ML

Christine Descatoire et Marc Gil, les deux commissaires.