Débats d'idées CJD

Le programme du Louvre-Lens, « c’est d’avoir le regard le plus différent possible »

Publié dans l'édition Nord N. 8560 par

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Y a-t-il  un financement identique du Louvre-Lens par rapport à celui de Paris ?

Xavier Dectot.  Non, ce sont deux éléments bien distincts. Nous ne sommes pas une filiale du Louvre. Un tiers de nos ressources (5 M€) sont propres, c’est-à-dire qu’elles viennent du mécénat et des entrées, et 10 M€ viennent à 80% de la Région Nord-Pas-de-Calais, 10% du Département du PasdeCalais et 10% de la communauté d’agglomération Lens-Liévin.

 D.R.

Peut-on comparer le Louvre d’Abu Dhabi avec celui de Lens ?

Ses conditions de création sont très différentes. Alors que pour Lens, les objectifs du Louvre sont d’aller vers des populations éloignées de la culture, comme à Bilbao, à Abu Dhabi le musée est un élément de développement des Emirats, comme peut l’être le Metropolitan à New York. Les Emirats ont acheté sous licence le nom de «Louvre» avec de l’ingénierie qui va les assister jusqu’à l’ouverture du musée et qui est ensuite vouée à disparaître. Autre différence : il n’y a pas de collection propre à Lens.

 

Y a-t-il une complémentarité ou une rivalité entre les musées de la région et le Louvre-Lens en matière de mécénat ?

Comme dans de nombreux domaines, la concurrence est saine. Qui plus est, la culture est addictive ! Des possibilités de mécénat plus nombreuses peuvent inciter de nouvelles entreprises à s’engager ou en conduire d’autres à soutenir plusieurs structures. Il n’y a pas de notion d’exclusivité. Par ailleurs, il n’y a pas d’autre musée d’art sur l’arrondissement de Lens, donc aucune concurrence en matière de mécénat sur le créneau des TPE et PME du territoire.

 

Quel est le montant de l’œuvre la plus chère ?

Il est très difficile de répondre à cette question. Une œuvre d’art est unique. Sa valeur n’est pas son prix, car elle échappe aux références habituelles de cotation de n’importe quel produit économique puisqu’elle n’est pas en vente ! Mais on peut dire que les œuvres les plus chères sont celles qui appartiennent au patrimoine national depuis longtemps. C’est le cas de la Sainte Anne de Léonard de Vinci et de La Liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix. Je peux néanmoins citer un record de vente effectif à 150 M€.

 

Quel est le programme du musée pour les mois et les années à venir ?

C’est d’avoir le regard le plus différent possible. A Paris, le Louvre insiste sur ce qui sépare, ce qui divise, dans des salles toutes différentes. A Lens, c’est l’inverse : on montre ce qui rapproche. C’était le projet des architectes de Sanaa, le seul à proposer cette vision. Il a repris la tradition française de la grande galerie, comme celle du Louvre d’ailleurs. Ici, nous en avons même deux ! La galerie du Temps accueille les œuvres pour cinq ans ; le pavillon de Verre est le seul à s’ouvrir sur le parc et accueille des œuvres des musées de la région sur des thèmes comme le temps, puis le sacré. L’exposition temporaire du moment est consacrée à Rubens (jusqu’au 23 septembre), et la suivante aux Etrusques.