L’ail fumé d’Arleux enfin protégé par l’IGP de l'Union européenne

Mieux qu’une reconnaissance, un nouveau départ !

Publié dans l'édition Nord N. 8580 par

Les grincheux diront «trop tard», les économistes et les gens de bons sens verront l’opportunité de se relancer et de conquérir de nouveaux marchés. La reconnaissance par l’Union européenne de l’ail fumé d’Arleux permet en effet la vente dans les grandes surfaces et va sanctionner les imitations.

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Mi-mai, l’Union européenne a accordé l’IGP (Indication géographique protégée) à l’ail fumé d’Arleux, protégeant des nombreuses imitations, dans 62 communes de l’Arleusis, les 20 derniers producteurs (au lieu des 130 vers 1983). Cinq d’entre eux se sont déjà placés dans un groupement, répondant, contrairement aux autres, à un cahier des charges strict mais nécessaire : huit ans minimum entre deux cultures d’ail sur une même parcelle, réglementation sur le tressage, des variétés définies et, surtout, le procédé de fumage. Un procédé qui doit rester à l’ancienne ainsi que l’a toujours préconisé le maire d’Arleux, Patrick Masclet, grand protecteur de cette culture, hélas pas toujours entendu par tous les producteurs locaux, d’où un individualisme qui a fini par nuire. Depuis 1804 − première mention de l’ail fumé d’Arleux −, la courbe est allée de plus en plus descendante mais certains cultivateurs ont réagi par des investissements (400 000 € pour un nouvel entrepôt de stockage) et un référencement porteur (le GlobalGap). Cet IGP arrive à point nommé même si, comment le nier, les reconnaissances européenne et même régionale ont traîné.

Un renouveau prometteur. Cet ail emblématique a des arguments justifiant un marketing offensif. En interne, des jeunes peuvent être intéressés par cette culture de terroir, bien d’autres redémarrent : pourquoi pas l’ail fumé d’Arleux, aujourd’hui estampillé et protégé ? Le retour à la qualité de vie se traduit dans notre région par une gastronomie renaissante. Il peut aussi y avoir place pour des formations professionnelles qualifiantes. L’ail alimentera enfin ces fameux circuits courts, nouveau phénomène de distribution en direct qui fait florès. La fiscalité sera éclaircie et la profession mieux structurée puisque, déjà historiquement, la culture de l’ail n’était qu’une activité d’appoint. Certes les investissements demandés par Bruxelles en bloqueront plus d’un à un moment où les banques assèchent leurs crédits. Mais face à l’opportunité d’avoir enfin accès aux grandes surfaces et à l’export, le jeu n’en vaut-il pas la chandelle ? D’autant que des organismes tels que le Centre régional des ressources génétiques et le Groupement qualité, sans oublier les institutionnels et les collectivités, sont là pour soutenir ce renouveau espéré et attendu.

La prochaine Foire à l’ail d’Arleux, le 31 août,se place d’ores et déjà sous ces auspices : comment relancer la profession, exploiter cet IGP, créer de nouvelles filières et valoriser le produit dont la qualité s’était dégradée, abandonnant les méthodes anciennes éprouvées… Au moment où Arleux et ses environs ne cessent de gagner en population jeune et entrent dans  un vaste programme de création de zones d’activité sous la houlette de la CAD, c’est d’un vrai rebond économique dont il est question. L’ironie veut qu’il s’appuie sur le plus vieux produit agricole qui soit, cet ail dont se nourrissent abondamment les centenaires ! 

 

(avec une photo)

 

 

D.R.

En plein Arleux, les célèbres tresses d'ail fumé trônent sur les étals, mais aujourd'hui, l'heure est à l'espoir !