Ce qu’il faut savoir

Les cinq piliers de la révolution : décryptage

Publié dans l'édition Nord N. 8602 par

1. Le passage aux énergies renouvelables. En choisissant de disposer d’un mix énergétique 100% renouvelable à horizon 2050, la Région va permettre à ses entreprises et à ses habitants de bénéficier d’une énergie propre et durable dont les coûts de production finiront par tendre vers zéro.

− Déployer l’énergie photovoltaïque et solaire par la création de coopératives afin de démultiplier les capacités d’installer, par la création d’un cadastre solaire accessible à tous (qui aidera les investisseurs et coopératives à identifier les espaces éventuellement exploitables) et par la simplification des démarches administratives.

− Exploiter le potentiel foncier et maritime disponible pour l’éolien. Estimé à 3 000 MWh/an, le potentiel régional constitue la première source d’énergie renouvelable techniquement exploitable sur place. En exploitant les sites en reconversion, on pourra atténuer le coût de construction et d’exploitation des installations.

− Exploiter le potentiel en biomasse. La production de biogaz dans les fermes agricoles, par méthanisation des déchets organiques non comestibles issus de l’agriculture et de la collecte des déchets ménagers ou de l’agro-industrie, pourrait à elle seule fournir 40% des besoins en gaz de la région d’ici 2050.

2.  Développer les bâtiments producteurs d’énergie. Terminé la production et la distribution des énergies fossiles ! Place aux micro-sites producteurs d’énergies vertes disséminés dans les bâtiments, qu’ils soient en rénovation, en reconversion ou en construction neuve, le Nord-Pas-de-Calais étant une bonne région test avec plusieurs milliers de friches industrielles à réhabiliter. L’objectif : 100 000 logements rénovés d’ici 2015 (1 400 000 à horizon 2050).

− Projet zen e-ville : emploi de matériaux issus de la biomasse de proximité, mobilité douce, mix énergétique, bâtiments commerciaux producteurs d’énergie…

− Reconquête des espaces dégradés au profit d’une vallée de la biosphère. Autrement dit, reconquérir d’anciennes friches industrielles pour régénérer la biodiversité, produire de la biomasse ou déployer des cultures de proximité.

3. Se doter d’une capacité de stockage et d’énergie. Démultiplier les sources d’énergies renouvelables pour déboucher sur une économie décarbonée implique une distribution intelligente (voir pilier 4) et une capacité de stockage susceptible de compenser les intermittences de production et les variations de consommation. Dans ce domaine, le Nord-Pas-de-Calais est plutôt bien loti : une infrastructure de distribution de gaz et d’électricité fortement développée, des industries automobiles et sidérurgiques capables de jouer un rôle moteur, un espace maritime considérable, etc. Jeremy Rifkin prévoit que le Nord-Pas-de-Calais couvre plus que ses propres besoins d’ici 2030.

4. Déployer un Internet de l’énergie. Le déploiement de réseaux intelligents sera basé sur des compteurs d’énergie dotés de capacité d’analyse et de communication, connectés via Internet à des plates-formes de régulation de l’offre et de la demande. Et nécessite un schéma novateur qui coordonne les consommateurs-producteurs, les distributeurs et les régulateurs-gestionnaires. La Région s’est fixé comme objectif d’être le premier territoire se nourrissant à 100% d’énergies renouvelables distribuées d’ici 2050.

− Partager les informations relatives à la consommation énergétique.

− Généraliser les compteurs intelligents – actuellement en phase de test chez les distributeurs d’électricité et de gaz – et les applications mobiles dédiées pour permettre à chacun, via son smartphone ou sa tablette, de gérer de manière pointue ses consommations. La généralisation de ces compteurs s’étalera sur la période 2014-2020 à l’échelle nationale.

 

 5. Réinventer la mobilité des personnes et des biens. 20% de la consommation d’énergie : c’est ce que représente la mobilité des personnes et des biens en région. Développer les moyens de transports propres (électricité, hydrogène ou biogaz), organiser le déplacement multimodal des personnes, déployer un Internet de la logistique constituent le 5e pilier. Réduire la demande énergétique liée au transport de 10% d’ici à 2020 et de 25% d’ici à 2030 réclamera autant d’innovation et de créativité que la conversion énergétique du parc de véhicules. Il faut donc s’appuyer sur des infrastructures existantes.

− Inventer l’Internet de la logistique et des déplacements. Un conseil consultatif détectera les innovations, leurs impacts, leur faisabilité et les mettra en œuvre. Jeremy Rifkin veut se baser sur une logistique de proximité : l’exemple des entreprises ou des chantiers urbains recevant cinq à dix livraisons à quelques minutes d’intervalle questionne la chaîne d’approvisionnement. Il s’agira de créer des plates-formes de distribution partagées. 

− Convertir les véhicules motorisés aux énergies renouvelables. C’est une des conditions sine qua non de l’objectif «zéro énergie fossile» fixé pour 2050. Notamment par la promotion de stations de recharge pour véhicules électriques. Mais aussi convertir les flottes d’autobus.

 

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 Décryptage 5 piliers 1

 

 

Qui financera la troisième révolution industrielle ?

− Les outils européens via le FEDER dans le cadre du programme opérationnel 2014-2020 ou via la banque européenne d’investissement.

− Les outils nationaux via le programme des investissements d’avenir, les 34 plans de reconquête industrielle, le contrat de plan Etat-Région, la Caisse des dépôts et consignations, bpifrance, ADEME…

− Les outils régionaux et locaux (Finorpa, Nord France amorçage, France active…)

 

Philippe Vasseur a également parlé de nouveaux outils financiers. Les investisseurs institutionnels pourront ainsi investir dans un fonds commun de titrisation dédié à cette troisième révolution industrielle. Le recours à l’épargne populaire (elle représente plus de 200 milliards d’euros) avec la mise en place d’un livret qui permettra aux épargnants de déposer leurs économies à destination de ces projets ou un fléchage d’une faible part des souscriptions de l’assurance-vie vers la troisième révolution industrielle dans le cadre d’un fonds «evergreen», c’est-à-dire sans échéance prédéfinie. Enfin, le crowdfunding à travers une plate-forme internet spécialisée, afin de financer les start up et PME, futurs leaders de la transition énergétique. 

 

 

La troisième révolution est déjà en marche !

 

Un milliard d’euros sera consacré chaque année au financement de la troisième révolution industrielle, soit 1% du PIB brut de la région. De nombreux projets et initiatives entrent déjà dans le cadre du Master Plan avec notamment des incubateurs du projet «zen e-ville» : à Lens avec le projet de rénovation de la cité 9 (entre le Louvre-Lens et le stade Bollaert) ; à Mouvaux avec le projet de requalification du quartier de l’Escalette ; les projets de La Lainière et du Grand-Rhodia ; l’écoquartier Les Hauts-d’Aulnoy à Valenciennes ; du Basroch à Grande-Synthe, etc. A côté des leaders de l’économie régionale engagés dans l’expérimentation de nouveaux concepts (Bonduelle, Roquette, Auchan, OVH…), une centaine de PME, coopératives, associations et clusters ont déjà planché sur le projet de Rifkin. Citons par exemple le projet GRHYD à Dunkerque pour le stockage de l’hydrogène (sous forme de carburant d’une flotte de bus ou comme énergie de chauffage résidentiel), mais aussi Ecodas pour la transformation des produits résiduels ou encore Rio Tinnto aluminium Dunkerque (procédés innovants, valorisation des énergies fatales, efficacité des parcs de moteurs électriques).