Industrie

A Calais, la dentelle soutenue à bout de bras

Publié dans l'édition Pas de Calais N. 8619 par

Alors que la plupart des dentelliers de la place accumulent les pertes, les pouvoirs publics tentent bon an mal an d’aider ceux qui semblent les plus fragilisés. Avec des résultats incertains. Chronique d’une industrie chancelante.

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CAPresse 2013

Desseilles a reçu les encouragements du tribunal de commerce de Boulogne-sur-Mer le 20 décembre dernier.

  Y en aura-t-il pour assez pour tout le monde ? Les aides publiques et le soutien de la justice consulaire ont donné de l’air au fabricant de dentelle Noyon au cours des dernières années. Le plus grand dentellier de la place (212 salariés pour près de 16 millions d’euros de chiffre d’affaires) a bénéficié de nombreux «coups de main» qui lui ont permis de faire face au plan de continuation issu de son redressement judiciaire. Bâtiments et foncier du célèbre dentellier sont venus agrandir le patrimoine de la Ville. «Noyon a récupéré environ 5 millions d’euros ces dernières années. Nous aussi, nous sommes en difficulté. Nos courriers et nos dossiers de 100 pages au maire de Calais ou au président de Cap Calaisis se sont visiblement perdus», philosophe Jean-Louis Dussart, dirigeant de Desseilles (7 millions de chiffre d’affaires pour 73 salariés). Noyon a déjà vendu des bâtiments (Darquer, rue des 4-Coins, hangar des Salines) à la Ville. Le conseil municipal du 18 décembre dernier a adopté un délibération permettant à la Ville d’acquérir aussi le site industriel de Noyon (pour 3 millions d’euros). Cette délibération avait été brutalement retirée de l’ordre du jour d’un précédent conseil… Le tribunal de commerce n’avait pas encore autorisé l’industriel à modifier son plan de continuation en vendant des actifs.

 Une mutualisation inédite. Il l’a fait le 5 décembre dernier, suite à une audience demandée par Olivier Noyon (qui ne donne pas suite à nos questions). Le tribunal l’a aussi autorisé à reporter ses dettes sociales et fiscales ainsi qu’à vendre des machines. De son côté, Desseilles a bénéficié d’un allongement de la durée de son redressement judiciaire : il a jusqu’au 30 juin pour redresser ses comptes. Un objectif qui devient de plus en plus probable suite à diverses opérations : le remplissage de son carnet de commandes pour 2014 (plus de 3 millions d’euros à fin décembre), l’autorisation (après plus de deux ans de procédures) de l’inspecteur du travail de licencier cinq salariés protégés (au total, Desseilles aura licencié neuf personnes), et le partenariat que Desseilles a commencé à tisser avec son confrère calaisien Dentelles Duhamel production, dont le gérant est aussi actionnaire majoritaire de Codentel. Le premier mettant des métiers Leavers à disposition du second qui fournit la main-d’œuvre, une mutualisation inédite à Calais. Mairie et Agglomération se défendent de favoriser un dentellier plutôt qu’un autre. Elles devront probablement le démontrer en justice si Desseilles ou des confrères caudrésiens estiment qu’il y a concurrence déloyale au profit de Noyon. Un impact sur les prix des uns et des autres au regard des aides distillées par la Ville. Pendant ce temps, les dentelliers caudrésiens achètent peu à peu les machines qui ont fait la gloire de la dentelle de Calais.