Nouveaux risques pour la sécurité nationale et internationale

Eric Denécé : «des menaces innombrables et atypiques»

Publié dans l'édition Nord N. 8620 par

Spécialiste mondial de la recherche sur le renseignement, Eric Denécé dresse un tableau apocalyptique de la situation de l’Europe et du monde en matière de menaces nouvelles. Le plus grave reste la criminalité mais gare à l’effet d’aimantation. La cible occidentale peine à faire face.

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D.R.

Eric Denécé s’est livré à un exercice de style particulièrement impressionnant sur la situation internationale et les menaces qui planent sur les populations.

Directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (Cf2R) , le professeur Eric Denécé a donné une conférence à Lille à l’initiative de la section ACORAM Lille de la Marine de Dunkerque et de Lille Métropole, Défense et Sécurité. La sécurité nationale et internationale est menacée depuis la fin de la guerre froide par des menaces nouvelles. Souterraines ou pas, coordonnées ou disparates, elles exploitent et amplifient un évident manque de repères du monde occidental qui est surtout depuis 2001, avec la création d’Al Qaïda, la cible principale d’attaques venues d’Orient et aujourd’hui d’Afrique. L’Occident n’est pas prêt, sur la défensive, pris de vitesse par l’imagination des agresseurs, faible à l’intérieur de ses frontières qui ont laissé passer «l’ennemi» et ses taupes, désuni et en panne d’organisation, désarçonné par des Américains qui jouent solo en fonction de leurs objectifs propres. Au bout du compte, la pertinence de l’agresseur et le manque de réactivité de l’Occident s’additionnent pour assombrir le futur. Les individus sont menacés essentiellement dans leur entreprise, rendant indispensable la connaissance de l’intelligence économique.

Eric Denécé recense plusieurs risques. 

Internationaux. Depuis 1992 et surtout 1995 (fin de la guerre froide), des Etats ne reçoivent plus d’argent des Américains et des Russes. Des groupes armés se tournent vers le crime, formant des «zones grises» instables, au nom de la «culpabilité de l’Occident», avec lavage de cerveau des populations. La «revanche» prédomine, le terrorisme s’installe dans nos villes. Al Qaïda veut couper l’Occident du monde musulman et réorienter par la violence les modérés vers un Islam radical, utilisant la finance internationale. Les «pseudo» révoltes arabes sont un épisode de ce combat où les USA jouent un rôle majeur pour contrer l’Islam radical et protéger Israël. Terrorisme, enlèvements, pressions et extorsions, conflits armés, sabotage pullulent depuis. 

 Criminels. La part du crime croît sans cesse dans l’économie mondiale : 2 000 milliards $, 7% du PIB mondial, 20% de la richesse privée mondiale. La mondialisation et les TIC (Internet) aggravent les choses avec les transferts (blanchiments) financiers dans l’économie légale. Armes, drogues, êtres humains, contrefaçon, contrebande spécialisée (œuvres d’art), tabac et alcool, voilà le contenu des trafics. C’est «l’activité la plus lucrative et dangereuse» pour Eric Denécé qui espère qu’à terme, «les grands groupes s’entre-déchireront entre eux mais dans un bain de sang. Tous les pays sont infectés, l’ultralibéralisme US aggravant le phénomène». 

 Concurrentiels. La course effrénée à l’innovation accroît l’intensité concurrentielle, les Etats interfèrent en aval des marchés dans la compétition économique, 30% de cadres quittent la CIA et travaillent dans le privé… Espionner pour déstabiliser l’entreprise, les USA le font et savent se protéger, pas nous ! Les enjeux économiques débordent du simple cadre entrepreneurial, les USA triomphent partout mais buttent sur la France. 

 Sectaires. «Le risque sociétal est le moins connu», remarque Eric Denécé. Scientologie, @dbusters, New Age, coaching, etc., les sectes visent des écocibles. «Le risque islamique existe dans l’entreprise, poursuit-il, via le prosélytisme, le parasitisme, le changement de règles internes, etc. La France est la plus fragile face à cet Islam-là avec 50% des activistes en Europe. Dans le gardiennage, la grande distribution et le transport, on cherche à reconstruire des groupes identitaires, tendance en forte hausse !» 

 Militants. De nouvelles valeurs liées à l’évolution de notre société, multiplication des mouvements de contestation sociétaux ou éthiques avec passage à l’action violente comme dans les groupes anti-avortement (on assassine le docteur qui pratique l’avortement), «tout est perte de repères» pour Eric Denécé, «même si à la base des motivations sont légitimes, on voit des actions d’illuminés !».

 En définitive, «si ces formes de menaces fusionnent, selon Eric Denécé, le niveau de menace augmente considérablement, la criminalité étant plus grave pour l’entreprise et l’individu que le terrorisme. Je citerai les dégâts que peut provoquer une massive contrefaçon organisée».