La région perd de sa ruralité

Menaces et déceptions dans le monde agricole

Publié dans l'édition Pas de Calais N. 8619 par

En hausse de 7% par rapport à 2012, le prix du lait aurait dû rassurer les agriculteurs. Mais une sourde colère gronde chez les ruraux régionaux en raison d’autres indicateurs et décisions récentes.

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CAPresse 2013

Les menaces sur le secteur agricole s'accumulent.

  Ils croyaient avoir gagné − temporairement − : les producteurs de lait avaient réussi avant l’été à ce que le ministre de l’Agriculture fasse payer davantage les grands distributeurs. Le prix du lait avait ainsi pris entre 2 et 4 centimes d’euros. De quoi arrêter de perdre de l’argent pour certains, de quoi retrouver un peu de marge pour d’autres. Avant même la rentrée scolaire, cette augmentation se trouvait cependant requalifiée par les distributeurs qui veulent désormais la récupérer… Et d’autres mauvaises nouvelles se sont profilées : le 6 novembre dernier, la commission des finances de l’Assemblée nationale votait le report d’un an de la majoration de la taxe foncière sur le non-bâti. Le nouveau calcul faisait monter, sur la valeur cadastrale des terres agricoles (dans les communes assujetties à la taxe sur les logements vacants), de 25% et de 5 euros/m (et de 10 euros en 2016). L’hectare prenait une majoration de 50 000 euros… «A titre d’exemple, un propriétaire qui paie aujourd’hui 24 euros de taxe foncière sera amené à payer plus de 13 000 euros en 2014 et plus de 26 000 en 2016», s’étrangle la Coordination rurale.

 Une urbanisation inquiétante. Le projet de loi «Avenir agricole» du ministre Stéphane Le Foll risque d’ajouter «encore une couche au mille-feuille du code rural et forestier». Le secteur connaît en effet sa cinquième loi en moins de 15 ans et les évolutions rendent nerveux les professionnels. Les craintes de télescopage avec la PAC ou les accords internationaux font craindre de sérieux contentieux. Le Parlement examinera cette proposition de loi émanant du gouvernement début janvier. Dans la région, la profession a aussi très mal pris «la trahison» de Lille Métropole Communauté urbaine (LMCU) qui a décidé d’ouvrir − malgré un avis défavorable du commissaire-enquêteur − à l’urbanisation la plaine des Prisseaux : les 266 hectares agricoles situés sur les communes de Faches-Thumesnil, Templemars, et Wattignies, classés depuis 2001 en zones agricoles, seront constructibles. La Coordination rurale promet du coup «d’occuper les terrains pour défendre un des derniers espaces agricoles de la Métropole». De fait, le Nord-Pas-de-Calais perd plus de 2 000 hectares agricoles (soit 35 exploitations) par an selon la Coordination rurale. De quoi mobiliser aussi dans le cadre de la révision du Plan local d’urbanisme intercommunal des cantons de Cambrin-Douvrin. La Commission départementale de la consommation des espaces agricoles (CDCEA) avait prévenu la préfecture en octobre dernier à Arras : l’amputation de 20 à 30% des surfaces agricoles de trois exploitations situées sur les deux cantons n’était pas la bienvenue. Le préfet a passé outre. Au-delà de la bonne nouvelle du prix du lait (+ 7% entre 2012 et 2013), les agriculteurs rappellent que les coûts de production (notamment dans l’alimentaire) ont explosé et renvoient les laiteries aux données des centres de gestion du Réseau d’information comptable agricole (Rica) et de l’Insee. Le prix du «lait spot» atteint 500 euros le millier de litres ; les Danois le vendent à 426 euros alors que les agriculteurs français sont payés 358 euros. Seule trouve grâce aux yeux de la Coordination l’avancée du projet de loi en cours qui introduit dans les coopératives agricoles la présence de tous les syndicats.