Reprise des garages Huret près d’Arras

«Une évaluation humaine de l’entreprise»

Publié dans l'édition Nord N. 8622 par

Bruno Madelaine et Tadek Lorek ont repris à Hervé Huret, agent Renault, ses deux garages situés à Beaurains et Achicourt. L’entreprise créée par le grand-père, Maurice Huret, vers 1925, est une institution arrageoise dans l’entretien et la réparation des véhicules automobiles. Nous avons rencontré ces deux repreneurs aux profils très différents.

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D.R.

Les propriétaires de voitures anciennes ou de rallye sont fidèles au garage depuis de nombreuses années.

 La Gazette. Quelles sont vos formations ? Et vos parcours professionnels ?

Bruno Madelaine. De formation supérieure commerciale, j’ai passé quinze ans dans un groupe bancaire puis cinq ans dans le capital-risque en charge de recherche de projets de transmission et d’accompagnement des repreneurs. C’est ainsi que j’ai repris en 2005 la société Clairvoie, spécialisée dans le commerce à domicile de produits alimentaires frais (avec une flotte de camions) dans la région nord de Paris. Je suis également enseignant en finances au sein de la Catho à Lille.

 Tadek Lorek. Polonais, je suis arrivé en France en 1972. Après un passage de trois mois dans une école parisienne, puis un an au collège Diderot à Arras, j’ai fait un essai de huit jours dans le garage de Maurice Huret à Beaurains… et j’y suis toujours. J’y ai tout appris, le français et la mécanique. Je me suis formé − CAP, BEP, école Renault, stage chez Alpine, etc. − et je suis devenu chef d’atelier au départ de Maurice qui a transmis le garage à son fils Hervé.

 Quel a été le facteur déclenchant votre volonté de reprendre cette entreprise ?

Bruno Madelaine. C’est une histoire de rencontre. En tant que client à titre personnel, très satisfait des prestations du garage Huret, je me suis posé la question de l’entretien de mes cinquante véhicules de Clairvoie. C’est ainsi que lors d’échanges avec Tadek, j’ai pris connaissance d’un projet de cession, a priori avec un repreneur par garage.

 Combien de temps s’est-il passé entre l’idée et la clôture du dossier ?

Mes premières discussions sur la reprise du garage de Beaurains avec Hervé Huret date de fin 2012-début 2013. A l’été 2013, le dossier était presque finalisé. Par ailleurs, la reprise du garage d’Achicourt n’ayant pas abouti, nous avons décidé de le reprendre également, retardant un peu le processus pour aboutir à une cession globale en une seule société au 1er septembre 2013.

 Pouvez-vous nous donner vos critères de choix et/ou sélection de l’entreprise reprise ?

C’est une opportunité. Tadek Lorek possède une compétence technique reconnue dans le domaine automobile, une des richesses du garage. L’établissement est, sans prétention, une référence technologique dans l’Arrageois et bien au-delà. Il a d’ailleurs été dans son temps la seule concession Alpine de France. Mon profil personnel − plutôt finances, spécialisé en accompagnement de reprise d’entreprise, également enseignant − me prédestinait à envisager une association de compétences à partir du moment où je comprendrai le métier de l’entreprise.

 Quels ont été vos partenaires durant la reprise ?

Depuis deux ans, le secteur de l’automobile est en difficulté. Je profite de vos colonnes pour remercier les deux banques qui nous ont fait confiance pour le financement de la reprise. Le groupe CIC, à travers Pierre-Philippe Gronier de l’agence d’Arras, a pris en charge le financement du fonds de commerce, la Société générale s’est occupée de la partie immobilière de Beaurains, les murs du garage d’Achicourt restant la propriété d’Hervé Huret. Arnaud L’Hermine, du cabinet d’expertise-comptable BDL à Valenciennes, nous a également apporté son expertise lors de la négociation du prix de cession. En effet, il est difficile dans ce type de reprise d’utiliser des ratios standard pour définir une juste valorisation intégrant du non-matériel (des compétences techniques et humaines, une réputation qui est de nature volatile, etc.).

 Que vous a-t-il manqué le plus durant la durée de la transmission ?

La complicité et la confiance totale établies entre nous, le fait que chacun a besoin de l’autre, tous ces ingrédients réunis ont en fait permis une transmission soft dans un formidable esprit d’échanges et de construction permanente. Avec Tadek, j’ai eu la chance d’avoir accès aux personnes qui tiennent le métier, ce qui n’est pas donné dans toutes les transmissions.

 Quelques mois après la reprise, quel premier bilan pouvez-vous faire sur la reprise elle-même et l’activité ?

Nous avons organisé une soirée d’inauguration et un week-end portes ouvertes du 11 au 13 octobre 2013, avec une exposition d’une vingtaine de voitures anciennes. Ce fut un grand moment d’émotion pour Hervé Huret. Nous sommes très satisfaits de l’accueil réservé par nos clients et également du chemin déjà parcouru, ML automobile ayant bien remplacé Hervé Huret. La nouvelle dynamique que nous souhaitons impulser se traduit d’ores et déjà par une activité soutenue tant pour la vente de véhicules neufs que pour les ateliers, malgré un contact général peu favorable.

 Que pourriez-vous donner comme conseils à de futurs repreneurs ?

Il me semble que l’évaluation d’une entreprise doit se faire sur la prise de connaissance des collaborateurs − qui ils sont − et de leurs compétences, et sur la clientèle, plutôt qu’uniquement sur des chiffres, carte d’identité de l’entreprise. C’est toute la difficulté de l’évaluation. Par ailleurs, Il est important de bien comprendre le métier dans lequel on va s’investir, sans en être obligatoirement un spécialiste.

 Quels sont les projets dont vous pouvez parler pour l’entreprise ?

L’entreprise a bâti sa réputation sur le haut niveau de compétences techniques acquis par son équipe. Les plus anciens ont vécu l’époque Alpine Renault qui a fait rêver tant de Français. L’esprit de l’époque est encore dans les gènes du garage. Nous souhaitons avec Tadek réactiver cette image sous deux ans. Il est certain que la clientèle a évolué et semble moins fidèle, quoique que nous ayons de nombreux clients sur plusieurs générations. Notre approche simple sur «la confiance réciproque et le client satisfait», comme l’exprime avec passion Tadek, a encore de beaux jours.

D.R.

Les propriétaires de voitures anciennes ou de rallye sont fidèles au garage depuis de nombreuses années.

 Infos clés

Entreprise : ML automobile

Ville : garages à Beaurains et Achicourt

Chiffre d’affaires prévisionnel: 1,4 M€

Effectif : 10 salariés

Dirigeants associés: Bruno Madelaine (gérant) et Tadek Lorek

Date de création : vers 1925 par Emile Huret (reprise au 1er septembre 2013)

Siret : 794 594 929 00018

NAF : 4520A (entretien et réparation de véhicules automobiles légers)