Le groupe a annoncé deux acquisitions

Les ambitions de croissance de Lesaffre : de la panification à la nutrition-santé

Publié dans l'édition Nord N. 8636 par

Entretenir le secret. Dans ce domaine, Lesaffre est aussi bien placée que sur la production de levure. Pour la première fois, l’entreprise a ouvert ses portes à la presse pour afficher sa volonté de croissance. De la panification aux ingrédients biosourcés en passant par la chimie verte, Lesaffre utilise son métier de base pour élargir ses activités. Tout en conservant sa place de leader mondial.

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Levure sèche, levure fraîche, pain à croûte, pain vapeur… La direction du groupe est intarissable sur les différentes facettes de son métier. Il faut dire que depuis la création du groupe en 1853, Lesaffre a connu de nombreuses évolutions… C’est d’abord avec la construction d’une distillerie que Lesaffre se fait une place dans le paysage régional. 20 ans après, la levure utilisée pour l’alcool sert pour le pain. C’est la naissance du groupe tel qu’on le connaît aujourd’hui : un levurier pour la panification. Avec pour métier modèle, la boulangerie. Un pain sur trois consommé dans le monde est fabriqué à partir de la levure Lesaffre. «Nous essayons d’être un boulanger parmi les boulangers, au profit des artisans comme des industriels » explique Antoine Baule, directeur général de Lesaffre depuis un an et demi et présent dans le groupe depuis de nombreuses années. De la conception des produits jusqu’à leur commercialisation, le géant marcquois fait pousser la levure, la cultive et la récolte dans le respect de l’environnement et de la sécurité alimentaire. Liquide, pressée, émiettée ou encore surgelée, la levure se commercialise sous différentes formes. Et si elle permet de gonfler la pâte à pain, de fermenter la bière, elle peut aussi renforcer les défenses immunitaires. Un nouvel axe sur lequel le groupe mise beaucoup : la nutrition-santé. En témoigne la récente acquisition de la société italienne Omniabios, spécialisée entre autres dans la purification d’une molécule − la S-adénosyl-L-méthionine − naturellement produite dans le corps. Utilisée comme complément alimentaire, elle est surtout proposée pour soulager l’arthrose et la dépression. « La nutrition-santé représente 20% de notre chiffre d’affaires » détaille Antoine Baule. Le constat est simple : la classe moyenne croît partout dans le monde, la consommation alimentaire augmente, celle du pain aussi. « Nos activités en nutrition-santé apportent des réponses en optimisant la production des ressources alimentaires et en les préservant. Le pain, c’est la base de l’alimentation humaine, c’est universel.» Naturellement, l’entreprise est membre fondateur du pôle de compétitivité Nutrition-Santé-Longévité.

 160 ans de recherche et d’innovations. Puisqu’il y a 1001 façons de consommer du pain, l’entreprise marcquoise se doit d’être à la pointe en matière d’innovation. Même si la direction reste discrète sur le pourcentage du chiffre d’affaires consacrée à la recherche et développement, on comprend bien que c’est sans conteste son point fort. 180 chercheurs travaillent avec 60 centres et universités à travers le monde pour réinventer la tradition. En 2003 par exemple, Lesaffre lance Kastalia, une levure liquide, véritable révolution !

Les Baking Center™ : au cœur de l’innovation. Ce concept unique et propre à Lesaffre fête ses 40 ans en 2014. C’est dans ces « laboratoires d’idées » que les boulangers peuvent bénéficier d’assistance technique sur le développement de produits et process, d’ajustements des paramètres de fabrication ou encore de formations sur mesure. A Marquette-lez-Lille, Etienne Maillard coordonne les six boulangeries du Baking Center™ : « Les processus de fabrication et les consommations diffèrent d’un pays à l’autre. Dans certains pays, on fait du pain en 1h, dans un autre cela prend 8 fois plus du temps. Le Baking Center™ répond aux demandes originales de nos clients ». Et des idées farfelues, il y en a une dont Etienne Maillard se souvient tout particulièrement : « En 1988, le CNES1 voulait produire du pain pour Jean-Louis Chrétien qui partait en mission à bord du Soyouz. Mais avec un cahier des charges draconien : pas de miette pour éviter les risques d’ingestion en apesanteur et une longue durée de conservation. » Science, technologie, créativité… les salariés des 30 Baking Center™ mondiaux se coupent en quatre pour leurs clients et passent près de 15 000 jours tous les ans chez les boulangers du monde entier.

 Chimie verte. Lesaffre étend aussi sa présence dans le domaine de la bio-protection des plantes et de la chimie verte, avec notamment le développement du bioéthanol de 2ème génération. Un métier loin de la levure ? Pas du tout selon Antoine Baule : « Il va falloir garder des rendements élevés pour nourrir la population croissante, tout en améliorant les incidences environnementales. Nous utilisons la base de notre métier de boulanger pour développer d’autres compétences.» Et pour cela, le groupe vient d’acquérir la start-up angevine Agrauxine. Spécialiste du bio-contrôle et de la bio-nutrition des plantes, Agrauxine développe des produits à partir de micro-organismes, champignons et bactéries pour la nutrition des cultures dans le respect de l’environnement. Des solutions utilisées par exemple dans les maladies du bois de la vigne. Dix salariés de chez Lesaffre seront affectés au développement de ce secteur émergent. Quant au bioéthanol deuxième génération – fabriqué à partir de déchets de feuilles de canne –, les chercheurs du groupe sont aujourd’hui capables d’industrialiser des souches de levure conçues en laboratoire. D’où la participation au projet français Futurol qui vise à mettre sur le marché des enzymes et des levures pouvant assurer la production d’éthanol de deuxième génération, à partir de plantes, de résidus verts ou de biomasse. « La concurrence dans notre domaine est très forte, nous devons garder une âme de conquérant » poursuit Antoine Baule. Une stratégie gagnante que le groupe entreprend depuis plusieurs centaines d’années et qui lui vaut aujourd’hui sa place de leader.

  1. Centre National d’Etudes Spatiales

 Ce qu’il faut retenir

1,56 milliards d’euros de chiffre d’affaires (prévisionnel 2013)

7 700 collaborateurs dans le monde (dont 800 sur les deux sites de Marcq-en-Barœul et de Marquette)

Plus de 60% du CA réalisé hors Europe

70 filiales implantées dans plus de 40 pays

45 sites de production

Des produits et services commercialisés dans plus de 180 pays

Chaque jour, plus d’un milliard de personnes se nourrissent avec des aliments fabriqués avec des produits Lesaffre

Objectif : 5% de croissance

 Visite guidée dans l’univers Lesaffre !

 « La plus grande levurerie du monde ». C’est ainsi que Patrick Vallée, directeur industriel de la SIL (Société Industrielle Lesaffre) qualifie l’usine. A Marcq-en-Barœul, il s’agit essentiellement de la production de levure sèche pour l’exportation vers l’Afrique, le Moyen-Orient, la Chine etc. Le site s’étend sur 7 hectares pour 380 salariés (280 en production, 100 en maintenance et administration). « Pour produire de la levure, la SIL utilise le glucose, élaboré à partir de la mélasse de betterave, achetée auprès des sucreries. Un tiers des mélasses sont approvisionnées par voie fluviale, grâce à quatre péniches qui naviguent sur la Marque » détaille Patrick Vallée. Sous sa marque L’Hirondelle, Lesaffre revend ses produits aux artisans-boulangers ou aux particuliers, conditionnés dans des paquets de 125 g, 500 g voire même, pour le plus gros, 15 kilos. L’usine produit jusqu’à 3 000 kg de levure par heure. L’espace de stockage, long de 110 m2 et haut de 26 mètres peut accueillir jusqu’à 7 400 emplacements palette, sur dix niveaux.

D.R.

Antoine Baule, directeur général.

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Quatre péniches acheminent l’usine sur les bords de la Marque.

D.R.

Lesaffre compte 1 600 salariés en France dont 280 en production.