L’auto-entreprise oui, mais pour combien de temps ?

Publié dans l'édition Nord N. 8690 par

Créé en janvier 2009, le régime de l’auto-entrepreneur s’applique aux personnes physiques désireuses d’exercer une activité commerciale, artisanale ou libérale à titre principal ou complémentaire. Avec pour avantages principaux une simplification administrative ainsi qu’un faible engagement financier. Mais pour autant, attention à ne pas s’enfermer dans ce régime sous peine de ne jamais voir grandir son entreprise…

Fin février 2014, le réseau des URSSAF dénombrait près de 974 000 autoentrepreneurs administrativement actifs, soit 154 900 de plus qu’en fin d’année 2012, même si le flux d’immatriculations semble se stabiliser1. Après un nombre particulièrement important de cessations d’activité fin 2012 (60 000), le rythme des radiations en 2013 devient plus modéré. Autre donnée : parmi les auto-entrepreneurs administrativement actifs, 53% dégagent un chiffre d’affaires pour un montant global de plus d’1,5 million d’euros au quatrième trimestre 2013. «A la création du régime, seuls 15% des auto-entrepreneurs généraient du chiffre d’affaires. Ce modèle simplifie la création et a boosté les statistiques. Créer sous un autre statut coûte plus cher en charges. Mais le seuil de rentabilité des auto-entrepreneurs est pour l’instant toujours inconnu», précise Willy Bourlet, chargé de développement économique à la Chambre de métiers et de l’artisanat. Parfois perçus comme des «casseurs de prix» vis-à-vis des entreprises dites classiques, les auto-entrepreneurs ont souvent eu la vie rude. Depuis 2012, le RSI (Régime social des indépendants) surveille d’ailleurs de près les déclarations et les éventuels dépassements de seuil.

Idéal pour débuter. «C’est un bon tremplin pour démarrer. Si les personnes veulent rester salariées, ce régime est efficace. Mais changer de statut apporte plus de crédibilité. Quand un auto-entrepreneur vient à la CCI, on lui demande de préparer son plan d’affaires. Peut-il travailler seul ? Va-t-il embaucher ? Quels sont ses besoins pour démarrer l’activité ? Ensuite seulement, on décide du statut à adopter», précise Rébecca Helleputte, conseillère création/reprise et suivi jeune entreprise à la CCI Grand-Lille. Quid alors de la sortie de ce régime ? «Il ne faut pas en sortir n’importe quand. Quand on dépasse les seuils de chiffre d’affaires, il est obligatoire de changer de statut. Et garder à l’esprit que c’est un régime temporaire si vous souhaitez vous développer car il a ses limites – par exemple, pas de TVA déductible sur vos investissements !», poursuit-elle. En région, 17% d’auto-entrepreneurs changent de statut au bout d’un an.

Vous voulez en savoir plus ? Rendez-vous lundi 15 septembre, Agora 5, de 10h30 à 11h15 pour l’atelier «Quand et comment sortir du statut d’auto-entrepreneur pour se développer ?». Intervenants : Rébecca Helleputte, CCI Grand-Lille, Willy Bourlet, CMA de région Nord-Pas-de-Calais, et Franck Hugonnot, ordre des experts-comptables.

1. Source ACOSS-URSSAF

De l’auto-entrepreneur à l’EIRL

Une gamme de bijoux authentiques, avec des matières naturelles.

Une gamme de bijoux authentiques, avec des matières naturelles.

Bijoutière joaillière de métier, diplômée de l’école Boulle (Paris), Julie Lambert est directement passée de la case étudiante à auto-entrepreneur en créant L’Artisan créateur à Arras. «Je propose mes propres créations à base de corne de zébu et j’y associe d’autres matières comme l’argent, le bronze, les pierres fines…», explique-t-elle. Après trois années en auto-entrepreneuriat, la jeune créatrice décide de passer un cap en janvier dernier. «J’avais choisi ce régime, facile d’un point de vue administratif. Pour démarrer, c’est l’idéal. Mais pour réinvestir les bénéfices, ce n’est pas ce qu’il y a de mieux.» En effet, il est impossible de récupérer la TVA payée sur les dépenses. Depuis janvier 2014, Julie Lambert quitte le statut fiscal d’auto-entrepreneur et en profite pour passer sous le statut juridique EIRL, lui permettant ainsi de protéger son patrimoine personnel et de se développer «deux fois plus vite et de passer de la troisième à la dixième marche». Et surtout de s’ouvrir à des aides comme celles de la Chambre des métiers ou de la Coface, inaccessibles aux auto-entrepreneurs. Elle a aussi dû faire face aux suspicions de ses fournisseurs. «Je travaillais beaucoup à l’étranger et le statut d’auto-entrepreneur n’existe pas ailleurs qu’en France, donc c’est compliqué en termes de visibilité.» Prochaine étape : un showroom en métropole lilloise avec son associé, William Levret de l’Abbaye, ébéniste marqueteur, et le souhait de s’orienter vers une SARL. Le site internet, www.lartisan-createur.com, compte déjà 300 références avec deux collections permanentes et deux collections été et hiver.