Conseil régional de l’ordre des experts-comptables

L’économie régionale en attente d’un redémarrage

Publié dans l'édition Pas de Calais N. 8689 par

Hubert Tondeur, président du Conseil régional de l’ordre des experts-comptables, nous livre sa vision de la situation économique du Nord-Pas-de-Calais et nous parle de son évolution. Si les secteurs traditionnels (commerce, bâtiment, industrie) sont largement en recul, d’autres sortent du lot. C’est le cas notamment de l’industrie high-tech ou encore du tourisme.
Il n’en reste pas moins que l’économie du Nord-Pas-de-Calais fonctionne au ralenti et que les chefs d’entreprise restent très pessimistes quant à une réelle reprise. La trésorerie des entreprises est en berne et rien ne laisse présager une amélioration à court terme, tant en termes de trésorerie que d’emplois.

Jean-Luc Decaestecker

Hubert Tondeur, le président du Conseil régional des experts-comptables, évoque les difficultés rencontrées par les entreprises et dresse une analyse de la situation économique régionale.

La Gazette. Pouvez-vous nous dresser un état des lieux de la situation économique de la région à fin juin 2014 ?

Hubert Tondeur. De façon claire et directe, la situation n’est pas favorable. A titre d’éclairage, quelques chiffres. Les chefs d’entreprise de la région annoncent des baisses de chiffre d’affaires sur les six premiers mois de l’année, ce qui n’est pas pécher par pessimisme, car les rentrées fiscales, notamment en matière de TVA, diminuent alors même que le taux de TVA a très légèrement augmenté en début d’année. Ce qui est bien le signe d’un volume d’activité en baisse et non en stagnation. Les défaillances d’entreprises, même si elles concernent deux fois moins de salariés sur ce début d’année par rapport à une période comparable en 2013, sont de plus en plus nombreuses et concernent maintenant les TPE. Les défaillances augmentent en région de 9% sur une période de douze mois, à comparer avec douze mois n-1. Le taux national est de 5%. C’est à la fois le signe d’importantes difficultés en région, mais également la conséquence de l’importance de la création d’entreprise depuis trois ans en Nord-Pas-de-Calais.

Quelles sont les grandes tendances pour le deuxième semestre 2014 ? 
Certains disent que la relance sera là au second semestre. Rappelons qu’elle ne fut pas là au premier. Alors sur quelle base ? Pour certains, celle de l’exportation et de la demande de la zone euro. Cela ne s’adresse évidemment qu’à ceux qui exportent et à leurs sous-traitants dès lors qu’ils produisent en France. Et encore faut-il que cette reprise de la consommation européenne ne se fasse que sur des produits ou des services « made in France »

Y a-t-il des secteurs d’activité qui s’en sortent plus mal que d’autres et d’autres qui sortent du lot ?
Les secteurs les plus touchés sont le bâtiment, le commerce, la papeterie, les transports, le nettoyage. Et de façon très générale, l’industrie, à l’exception de l’industrie high-tech, des nouvelles technologies et de l’aéronautique. Notre région n’est pas la plus présente dans ces trois secteurs, même si certains lieux comme EuraTechnologies y sont consacrés.
Un secteur qui est toujours en développement est celui du tourisme et notre région a certains atouts et y investit énormément.

Peut-on s’attendre à une situation économique meilleure pour 2015 ? Si oui, dans quels secteurs ? Si non pourquoi ? 
Toutes les enquêtes d’opinion nationale et régionale montrent que les chefs d’entreprise ne sont pas optimistes et n’ont pas de vision quant à l’accroissement de leur chiffre d’affaires pour les mois à venir. Certainement que la situation restera atone pendant encore quelques mois. En ce début d’année 2014, certains bassins régionaux ont connu des taux d’évolution d’emploi positifs. Mais, globalement, sur la région l’emploi a diminué de près de 0,5% au 1er trimestre 2014 sur un an. Le chemin est encore long vers la réduction du chômage.

ACT'Presse

Les nouvelles technologies, l’innovation et le tourisme sont des secteurs qui évoluent et créent des emplois. Pour les autres secteurs, le chemin est encore long pour retrouver une sérénité en termes de trésorerie et d’emploi.

Depuis deux ans, bon nombre d’experts disent que la crise est derrière nous, pourtant les défaillances d’entreprises sont plus nombreuses. Qu’en pensez-vous ? 
Comme le disait Pierre Dac, « mon avenir est devant moi, mais dès que je me retourne, il est derrière« . C’est donc une question de point de vue.
En effet, les défaillances sont toujours de plus en plus nombreuses. Il y a d’abord eu les grandes entreprises ou les ETI, puis les PME, maintenant les TPE. Cela va naturellement crescendo en nombre, car les TPE sont plus nombreuses que les ETI ou les grandes entreprises. Par contre, cela joue decrescendo sur l’emploi, car les TPE sont souvent des entreprises de moins de cinq salariés autour du chef d’entreprise. Mais c’est un tissu économique important, notamment avec toutes les activités commerciales et artisanales. C’est un facteur de socialisation important pour notre économie et nous avons tendance à le négliger, notamment du point de vue des jeunes quant à l’intérêt à suivre les formations aux métiers de l’artisanat.

La trésorerie, c’est le nerf de la guerre pour nos entreprises. Comment se porte-t-elle actuellement ?
Très mal. Une entreprise, c’est du chiffre d’affaires, des marges, et donc de la trésorerie résiduelle.
Nous avons connu une baisse d’activité et maintenant une activité qui ne redémarre pas, voire qui continue à légèrement diminuer. Dans cet environnement, les entreprises ont souvent baissé leurs marges pour tenter de conserver des parts de marchés et ont injecté une partie de leurs réserves ou celles des dirigeants. Mais, au fil du temps, avec des chiffres d’affaires qui ne repartent pas à la hausse, des marges faibles, voire nulles, les entreprises ne régénèrent pas leur trésorerie.
In fine, baisse du chiffre d’affaires, baisse des marges, dégradation de la trésorerie, puis disparition de la trésorerie.
Si nous considérons que structurellement les entreprises françaises avaient un financement basé sur le décalage entre les encaissements et les décaissements, cette spirale infernale conduit à un nombre toujours croissant de défaillances. D’abord les entreprises qui emploient le plus de personnel, car elles ont des échéances mensuelles importantes − les salaires −, puis peu à peu les plus petites qui finissent par ne plus avoir de trésorerie après avoir réduit leurs marges.
Et nous aurons beau tenter d’injecter des liquidités dans l’économie, la viabilité d’une entreprise c’est du chiffre d’affaires générant des marges réalisées sur la base d’une demande solvable et la croissance de l’économie et plus généralement de notre société. C’est de l’emploi, donc du chiffre d’affaires réalisé directement ou indirectement par des emplois en France.