La transmission sur le territoire de la CCI Grand-Hainaut

Stéphane Laforce : «Les banques freinent la transmission.»

Publié dans l'édition Nord N. 8690 par

Comment vit-on la transmission dans le Hainaut ? Pas trop mal malgré des ralentisseurs parmi lesquels la banque. La régionalisation de l’action des CCI permet néanmoins d’informer efficacement les apprentis repreneurs.

 

A Vieux-Condé, la société AJP a été reprise par un entrepreneur lillois, M. Jonglez. Exemple même de l’attractivité du Hainaut.

A Vieux-Condé, la société AJP a été reprise par un entrepreneur lillois, M. Jonglez. Exemple même de l’attractivité du Hainaut.

Responsable du service industrie et des services aux entreprises en CCI Grand-Hainaut1, Stéphane Laforce vit au quotidien la cession de PME essentiellement. Y existe-t-il des particularismes ? «Oui, répond-il. Le Hainaut est diversifié mais équilibré. Entre l’agriculture, l’industrie et les services, puis un secteur commercial important puisque nous attirons le consommateur belge grâce à de nombreuses voies de communication, le Hainaut est une vraie région marchande même si l’industrie prédomine. Le tissu de PME est très dense dans l’industrie, avec une grande activité ferroviaire et de construction automobile, mais la métallurgie y est vivace. Il existe potentiellement un vaste turn-over d’entreprises, surtout à l’heure du départ à la retraite de toute une génération. Depuis 2012, nous faisons face à un grand besoin d’information sur la transmission des cédants et repreneurs grâce à la régionalisation de nos activités dans les différentes CCI.»

 Le Grand-Hainaut a été précurseur. «Ici, on a vite compris, au vu de la pyramide des âges, que la transmission était un vrai sujet économique, explique-t-il. Et on a constaté qu’il y avait un gros effort à faire face à une situation bloquée.»

Beaucoup de chefs d’entreprise ne se sentaient ni concernés ni intéressés, en tout cas pas préparés. L’entreprise familiale ne trouvait pas preneur, la descendance regardait ailleurs et de toute façon les difficultés financières se manifestaient déjà. «Nos CCI ont dû débloquer nombre de situations et ça continue, se souvient Stéphane Laforce. On a fait levier en faveur du chef d’entreprise de 60 ans qui était perdu dans le dédale des dispositifs et des établissements bancaires qui, les questions de crédit mises à part, voyaient d’un mauvais œil la transmission et sa nécessité2 finale.» Dommage, puisque le Hainaut recèle beaucoup de niches innovantes et diversifiées, même si l’impérieuse nécessité de compétences pointues peut freiner la cession. Stéphane Laforce a été aussi désagréablement surpris par le manque de reprises opérées par le repreneur comme personne morale : activité économique peu favorable, difficultés financières, peur des risques liés à l’aspect social…

 Tabou ! Une constante vérifiée : la transmission, il ne faut pas en parler, c’est tabou ! L’extrême confidentialité de la cession n’arrange rien, la CCI doit se battre pour savoir qui veut transmettre et en informer l’éventuel acheteur. Cédant/repreneur, le dialogue ne prend pas. Les CCI se sont organisées au niveau de la Région : fichiers de cédants potentiels de 55 ans, campagnes de phoning, ateliers répétitifs de simulation en présence de cédants volontaires et de repreneurs, témoignages avec dix chefs par réunion trois fois par mois. 60% acceptent de faire un diagnostic d’évaluation, 5% des 2 500 dirigeants qui, pendant deux ans, ont été approchés ont accepté de discuter de la transmission éventuelle de leur PME.

 De quoi espérer… La valorisation de l’entreprise est un point capital pour Stéphane Laforce : «On milite en CCI pour une évaluation objective et indépendante, éviter surtout l’intrusion de l’expert-comptable, mais la banque complique tout en sous-évaluant et en sous-prêtant : ‘je peux prêter 70% de la somme, dit-elle, donc l’entreprise vaut 70 et pas 100’…»

Heureusement, il y a de l’espoir. Dû à la très bonne connaissance de tous ces mécanismes par les experts des CCI, des gens de terrain avant tout, qui maîtrisent aussi les dossiers des sous-traitants. Le Hainaut a du foncier et des voies d’accès partout, fluviales, ferroviaires avec son Pôle européen, trois autoroutes à flux européens. Conséquence ? «Les repreneurs de la métropole lilloise achètent de plus en plus chez nous, sourit M. Laforce. La valorisation y est moindre et, par ces temps difficiles, c’est un bon investissement d’attente.»

 1. Valenciennois, Val de Sambre, Avesnois, Cambrésis.

2. Lire «L’enjeu économique de la transmission des PME» dans Les Echos du 31 juillet 2014.

 Statistiques sur l’action des CCI en Région : transmission@norddefrance.cci.fr