A Calais, la recherche appliquée de Desseilles

Pour se démarquer, Desseilles innove

Publié dans l'édition Pas de Calais N. 9512 par

Jamais à cours d’inventivité, Desseilles Laces a réussi à «paramétrer» ses métiers à tricoter de façon à ce qu’ils sortent une dentelle flexible dans les deux sens. Histoire d’une innovation…

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CAPresse 2014

L'entreprise Desseilles Laces rebondit grâce à l'innovation.

C’était il y a 30 ans. Dans les ateliers des Salines de Noyon, Gérard Dezoteux passe ses nuits sur un métier Leavers que la direction de l’époque lui a permis de modifier. Aux Etats-Unis, des dentelliers tissent alors un fil flexible et cartonnent sur le marché de la lingerie. En Europe, personne ne réussit à faire ce fil. Gérard Dezoteux a commencé en 1966 à se former à l’Institut Jacquard, sous le patronage de Léon Gatel à qui l’on doit la nomenclature des dessins de dentelle : une légende dans le métier. Deux ans plus tard, il commence chez Noyon au bureau de dessin. Il travaille sous le regard de Roland Crébouw, ancien directeur technique et autorité incontestable en la matière sur la place de Calais. Gérard Dezoteux tâtonne sur les tensions des fils et sort des mètres et des mètres de dentelle, sous le regard amusé des tullistes de l’atelier. Personne n’imagine encore que le jeune dessinateur va changer la destinée de Noyon en réussissant à force de réglages à tisser le Lycra. Trois ans plus tard, Noyon ne parvient d’ailleurs plus à servir ses clients lingers-corsetiers et fait même tourner ses concurrents. Toute la place se met au Lycra et la dentelle de Calais reprend une courbe ascensionnelle, et ce, pendant 20 ans.

CAPresse 2014

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Un produit unique au monde et un dessin à la main. Pourtant, 45 ans après avoir commencé sa carrière «sur un vieux tabouret où je regardais les autres dessinateurs faire», Gérard Dezoteux revisite encore ce que les anciens faisaient. Il sait mieux que personne qu’un essai de dentelle flexible sur Leavers était sorti d’un métier dans les années 30. Il sait aussi qu’une dentelle flexible a été réalisée par Marmantin (aujourd’hui disparu) qui ne l’a jamais vendue : c’était trop tôt. Dans les années 60, les frères Galler (disparus eux aussi) sortent une dentelle tricotée flexible : le produit ne « prend » pas.

L’avancée de Desseilles est d’avoir réussi à tricoter et à tisser de la dentelle flexible dans les deux sens… Le confort de la femme s’en trouve considérablement renforcé. Les grandes marques (La Perla, Lise Charmel, Aubade…) en raffolent. «C’est simple, on est les seuls à savoir faire cela dans le monde», résume Jean-Louis Dussart, dirigeant de Desseilles Laces. Gérard Dezoteux a trouvé les points de tension sur les fils qui permettent à la machine de sortir la dentelle. Mieux : derrière l’innovation, le créateur a réimposé le geste à la main : «on fait nos dessins à la main, on doit garder une patte. L’informatique ne vient qu’ensuite, pour traduire le geste esthétique. C’est plus long, mais le client sait ce qu’il a dans la main» explique l’homme. Et 46 ans après avoir commencé, Gérard Dezoteux passe encore de nombreuses soirées à l’atelier avec quelques-uns. Comment améliorer cette machine ? Peut-on la faire fonctionner avec moins d’un demi-jeu de chariot-bobines ? Et si on introduisait du fil métallique pour voir ce que ça donne ? «Nous, on ne comprend plus bien ce qu’il nous dit au niveau technique, mais ce qu’il sort des machines rend fous les stylistes», explique Michel Berrier, coactionnaire et directeur commercial. Le mystère de la création…