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Artisanat, atouts et faiblesses d’un poumon de l’économie

Publié dans l'édition Nord N. 8714 par

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79 % des entreprises artisanales permettent une desserte communale en matière de services à la population.

79 % des entreprises artisanales permettent une desserte communale en matière de services à la population.

L’artisanat regroupe une pluralité de métiers, de savoir-faire et de traditions. Derrière les 1,1 million d’entreprises, quelle est la réalité économique de cet ensemble hétéroclite ? C’est ce qu’a cherché à savoir le premier Tableau économique de l’artisanat 1 , élaboré par l’Institut supérieur des métiers. Ce statut reste attractif. Exemple : depuis décembre 2014, cuisiniers et crémiers-fromagers peuvent être reconnus comme entreprises artisanales, un changement validé par Carole Delga, secrétaire d’Etat en charge de l’Artisanat, suite à leurs demandes. Mais pourquoi une telle attractivité ?

Une dynamique proche de la population. L’étude met en avant l’atout majeur de l’artisanat : un maillage dense des territoires ruraux et urbains. Ces entreprises sont présentes dans les communes rurales, une sur quatre y est implantée, alors même que 23 % de la population y réside. De plus, elles produisent directement pour les habitants du territoire où elles se trouvent : 79 % des entreprises permettent une desserte communale en matière de services à la population. L’artisanat n’est pas qu’un réseau vivant et produisant au plus près des habitants, c’est aussi un ensemble en pleine croissance. Depuis 2000, ce tissu d’entreprises est en forte hausse : 240 000 sociétés supplémentaires entre 2000 et 2010, soit 400 000 emplois. Un monde de métiers dynamiques pas seulement composé de micro-entreprises : même si 96 % d’entre elles comptent moins de 10 salariés2 , il existe aussi une réelle capacité à structurer de petites PME. En effet, 55 000 sociétés artisanales emploient plus de 10 salariés, soit 37 % des entreprises de 10 à 19 salariés du secteur marchand. Et l’artisanat attire divers profils, des dirigeants de plus en plus diplômés (un quart issu de l’enseignement supérieur), des porteurs de projet composés à 21 % de femmes et à 21 % de seniors entrepreneurs de plus de 50 ans. Le secteur se développe : il accueille près de 30 % des créations annuelles d’entreprises. Elles étaient 60 000 en 2000, 92 000 huit ans plus tard, pour atteindre 173 000 en 2013. Une montée en puissance due à la création du régime de l’auto-entrepreneur. Ce statut est analysé par l’étude, pointant un dynamisme de façade dans l’artisanat, où il existe en fait de fortes disparités.

Dynamisme économique, miracle ou mirage ?

Avec le statut de l’auto-entrepreneur, les immatriculations explosent : près d’une sur deux ont opté pour ce régime, la proportion atteint même 70 % dans les travaux de finition du bâtiment ou la photographie.

Problème, comme le confirme l’analyse, environ un auto-entrepreneur sur deux n’est pas actif économiquement. Cette réalité vient donc nuancer les 173 000 créations d’entreprises enregistrées en 2013. Cependant, la multiplication des entreprises et des emplois durant la décennie 2000-2010 a été réelle dans les soins à la personne, les services de nettoyage, les transports ou encore la fabrication de plats à emporter et la restauration mobile. Les pratiques évoluent et l’artisanat s’y adapte, bénéficiant de la forte croissance du marché de la consommation nomade. Cependant, les nombreux secteurs regroupés dans l’artisanat vivent fréquemment des réalités différentes. Ainsi, l’imprimerie, la fabrication de meubles, de machines et d’équipements sont durement impactées par la crise. En effet, malgré un nombre d’entreprises globalement stable, l’artisanat de fabrication a perdu un quart de ses emplois salariés entre 2000 et 2013, selon l’étude. Toutes activités confondues, l’artisanat a perdu 113 000 emplois salariés, mais principalement dans le BTP (71 000) et les activités de fabrication (42 000).

Le risque de ce ralentissement d’activité dans certains secteurs ? La perte d’un savoir-faire, car l’artisanat, avec ses 170 000 apprentis, est le gardien de traditions. Ces compétences rares de spécialité sont souvent nécessaires au bon fonctionnement des filières, comme le souligne l’étude, précisant même que plus d’une centaine d’activités de fabrication sont exercées par moins d’une centaine d’entreprises. Alliant croissance, emplois et traditions, l’artisanat reste un atout indéniable de notre tissu économique mais l’hétérogénéité de ce groupe le rend difficile à analyser et à soutenir efficacement.

1. En lien avec la Direction générale des entreprises
(DGE), l’Union professionnelle artisanale (UPA) et l’Assemblée permanente des chambres de métiers et de l’artisanat (APCMA).
2. Ce poids des micro-entreprises s’explique par le fait que la création d’entreprises artisanales est soumise à un critère de taille. Voir loi n°96-603 du 5 juillet 1996 relative au développement et à la promotion du commerce et de l’artisanat.