Le Nord-Pas-de Calais, première région européenne de la méthanisation ?

Des opportunités pour le monde industriel

Publié dans l'édition Pas de Calais N. 9522 par

A l’heure de la transition énergétique et de la troisième révolution industrielle, les énergies renouvelables sont identifiées comme étant nos sources d’énergie de demain : hydraulique, photovoltaïque, éolien, mais aussi méthanisation. Actuellement en émergence, la méthanisation est méconnue du monde industriel. Pourtant les opportunités sont là et les métiers liés, relativement classiques (tuyauterie, électricité, cuves, […]

De gauche à droite, les intervenants lors de la présentation du programme Méthania : Olivier Durteste, directeur du pôle d’excellence régional Mécanique - Mecanov’, Olivier Hutin, son président, Philippe Vasseur, président de la CCI région Nord de France, Thierry Dhainaut, président du pôle d’excellence régionale Energie 2020, et Edouard Magnaval, président de la CCI Artois.

De gauche à droite, les intervenants lors de la présentation du programme Méthania : Olivier Durteste, directeur du pôle d’excellence régional Mécanique - Mecanov’, Olivier Hutin, son président, Philippe Vasseur, président de la CCI région Nord de France, Thierry Dhainaut, président du pôle d’excellence régionale Energie 2020, et Edouard Magnaval, président de la CCI Artois.

A l’heure de la transition énergétique et de la troisième révolution industrielle, les énergies renouvelables sont identifiées comme étant nos sources d’énergie de demain : hydraulique, photovoltaïque, éolien, mais aussi méthanisation. Actuellement en émergence, la méthanisation est méconnue du monde industriel. Pourtant les opportunités sont là et les métiers liés, relativement classiques (tuyauterie, électricité, cuves, maintenance, etc.).

Energie avec un très fort potentiel de développement, le biométhane est une ressource prometteuse. Sous le patronage de Philipe Vasseur, président de la CCI région Nord de France, les entreprises concernées, notamment du BTP, de la mécanique, de l’électricité, des services ou de la logistique, étaient invitées à venir découvrir les opportunités d’affaires au cours d’une journée d’échanges et de partage le 12 février à la CCI Artois à Arras.

 

Près de 150 participants ont assisté à cette journée très dense.

Près de 150 participants ont assisté à cette journée très dense.

Un contexte.  Fin 2014, l’objectif a été posé de faire du Nord-Pas-de-Calais une région pionnière de la méthanisation. Comme l’exprime Philippe Vasseur, « par sa capacité à accélérer les projets d’envergure régionaux, la troisième révolution industrielle concourra à atteindre ce but« . Reposant sur les principes de l’économie circulaire, cette énergie renouvelable est une brique d’un mix énergétique plus respectueux de l’environnement. Son développement génère des emplois non délocalisables et repose sur une matière première locale.

Outre une ambition régionale, les perspectives à l’échelle nationale sont prometteuses : GRDF s’est fixé comme objectif de distribuer, d’ici à 2050, 73 % de biométhane sur son réseau. A plus courte échéance, un appel à projets du gouvernement fixe le nombre de 1 500 nouveaux méthaniseurs sur trois ans. Conscients des enjeux, les acteurs régionaux se fédèrent : l’Adème, la Chambre d’agriculture, les CCI, le Conseil régional, les pôles d’excellence et les industriels tels GRDF. Une partie du travail menée par ce groupe concerne la structuration de la filière industrielle régionale, sous le nom de Méthania.

La méthanisation en région. Actuellement, une quarantaine d’unités de méthanisation sont implantées dans la région. Elles peuvent être adossées à une industrie agroalimentaire qui y valorise ses déchets, à une ou plusieurs exploitations agricoles produisant du biogaz avec leur lisier d’élevage ou leurs coproduits d’exploitation, ou encore gérées par une collectivité. Une vingtaine de projets sont en phase d’étude ou de réalisation. Le Nord-Pas-de-Calais est une région agricole forte, où l’industrie agroalimentaire joue un rôle important. Côté valorisation du biogaz, par les réseaux de chaleur, de distribution du gaz ou de l’électricité, les infrastructures permettent d’envisager un maillage relativement dense, à condition d’un gisement suffisant. La région dispose donc de tous les atouts pour devenir la première région européenne productrice de biométhane réinjecté.

Des opportunités pour les  industriels régionaux. Après un travail d’analyse mené par le pôle d’excellence Energie 2020, le service innovation de la CCI régionale, et grâce à l’apport du pôle d’excellence mécanique Mecanov’, la stratégie retenue n’est pas de se positionner sur l’ensemble de la chaîne de fabrication du biométhane mais sur certains domaines forts en valeurs ajoutées ou nécessitant la proximité. Des groupes thématiques (traitement du digestat, traitement du biogaz et injection sur le réseau, travaux de BTP, sous-traitance/maintenance, nouveaux modèles économiques) constituent le socle du programme Méthania.

Cinq groupes de travail. Le digestat est le produit résidu de la méthanisation. Il peut être valorisé par épandage, à condition de répondre aux normes sanitaires en vigueur. Il est donc souvent soumis à un traitement (hygénisation) avant son utilisation. Des compétences industrielles sont présentes en région. La valorisation du digestat est un aspect important, car elle peut rendre plus rentable l’exploitation d’une unité et donc sécuriser son modèle économique.

Le gaz issu du processus de méthanisation est composé de méthane, mais aussi de vapeur d’eau, de dioxyde de carbone et d’hydrogène sulfuré. Avant son utilisation, le biogaz subit donc une étape de condensation de la vapeur d’eau et de désulfuration. Le retrait du CO2 peut également être une étape nécessaire, notamment en cas d’injection sur le réseau. La région dispose déjà de compétences dans ce domaine, où des innovations sont encore à venir. En profitant des compétences déjà acquises par nos industriels et de celles reconnues des acteurs de la recherche, ce groupe de travail explorera les pistes pour un traitement optimisé et à moindre coût du biogaz.

Que ce soit pour la construction du digesteur, des bâtiments de stockage ou toutes les opérations de terrassement, le BTP représente une part importante du coût d’une unité de méthanisation. Ces travaux étant essentiellement menés localement, l’industrie régionale du bâtiment doit étudier cette piste de développement.

Une unité de méthanisation est aussi constituée de réseaux de tuyauterie, de robinets, de pompes et de moteurs. La maintenance de ces constituants, secteur pour lequel la région est reconnue, ne peut se faire qu’avec des acteurs locaux. L’objectif est d’informer les entreprises des opportunités et de partager les bonnes pratiques. Sécurisation du gisement, réflexions autour de la valorisation du biogaz, nouveaux services à développer, le modèle économique de la méthanisation reste encore à construire.

Le programme Méthania. Les entreprises concernées sont les PME-PMI régionales. Méthania propose d’accompagner dans leur développement les entreprises déjà présentes sur ce marché et d’aider également les novices du secteur. Le programme d’action consiste à contribuer à positionner la région comme pionnière en matière de production de biométhane réinjecté, par le recensement des entreprises régionales identifiées pour leurs compétences et leurs technologies particulièrement performantes, le contact avec les donneurs d’ordre du secteur (développeurs, exploitants et constructeurs), et des relations étroites avec les dispositifs régionaux et nationaux de promotion de la méthanisation.

Il s’agit également de faire connaître aux entreprises les opportunités des marchés de la méthanisation par la tenue de groupes de travail animés par des acteurs du secteur, la mise en place d’un site internet (www.methania.fr) contenant une partie privée ouverte aux entreprises régionales (avec des dossiers thématiques et des actualités les concernant, comme les nouvelles installations, et un suivi des évolutions réglementaires, comme le coût de rachat du gaz ou de l’électricité ou la législation liée aux déchets). Cet espace sécurisé constituera également un espace de discussion pour les membres des groupes de travail.

Il convient de faciliter l’obtention de marchés pour les PME régionales en les mettant en contact avec les donneurs d’ordre (rendez-vous d’affaires) par l’organisation de rendez-vous d’affaires (première cession prévue en septembre avec le cluster national Biogaz Vallée), de mettre à disposition des donneurs d’ordre des informations recueillies sur les entreprises via un annuaire notamment présent sur le site internet.

Comme on le constate, un vaste programme qui intéresse également la région Picardie, « l’Université de technologie de Compiègne étant disposée  à collaborer« .

Les acteurs de la  journée Méthania

Interventions
. Introduction :
Philippe Vasseur, président de la CCI région Nord de France
. Pôle d’excellence régionale Energie 2020 :
Thierry Dhainaut, président
. Mecanov’, pôle d’excellence mécanique Nord-Pas-de-Calais :
Olivier Hutin, président
. La méthanisation en Nord-Pas-de-Calais, retour d’expérience :
Christophe Bogaert (Adème), Arnault Etienne (chambre d’agriculture du Nord-Pas-de-Calais)
. La chaîne de valeur de la méthanisation :
François Dusannier (Agriopale)

 Groupes de travail
.
Traitement du biogaz et injection sur le réseau :
Rémy Rochard (Chaumeca) et Emilie Mallard (GRDF)
. Traitement du digestat :
Timothée Rohart (France évaporation)
. Travaux de BTP (dont cuve) ;
Sébastien Drouart (INOTEP) et Laurent Ramelot (GECITEC, Groupe SADE)
. Sous-traitance (pompe, tuyauterie, moteur, électricité, câblage…) :
François Dusannier (Agriopale), Nathalie Lebrun (groupe Tiru) et Claude Pruvot (AES Dana)
. Nouveaux modèles économiques :
Christophe Bogaert (Adème) et Nicolas Brozek (CCI région Nord de France)