Ruche d’entreprises de Tourcoing

Dooderm, le refuge des peaux fragilisées

Publié dans l'édition Nord N. 8714 par
Françoise Raverdy présente une partie de sa collection.

Françoise Raverdy présente une partie de sa collection.

« La moitié de ces personnes ne consulte plus, car les traitements à long terme – UV, cortisone – ne font plus d’effets. Elles sont à la recherche de nouvelles solutions qu’elles trouvent chez Dooderm« , explique Françoise Raverdy, fondatrice et présidente. Femme entreprenante, elle accumule plus de 40 ans d’expérience professionnelle dans le médico-social – notamment dans un service de dermatologie – et dans le textile. « J’ai été licenciée à 53 ans. L’eczéma et le psoriasis ont en commun d’être déclenchés à la suite d’un gros choc psychologique. J’ai voulu rassembler mes compétences pour imaginer des produits capables de soulager. Souffrir de ces maladies touche à l’image de soi. J’avais lu une bibliographie sur le pansement à l’argent qui, avec ses propriétés anti-inflammatoires et antibactériennes, cicatrise les plaies. J’ai donc rencontré un ingénieur textile pour imaginer un vêtement qui allierait argent et coton« , détaille la lauréate de Femmes chef d’entreprise, de Lille Métropole innovation et de bpifrance. Si l’entreprise est aujourd’hui reconnue, le projet a mis plusieurs années à voir le jour : dépôt d’une enveloppe soleau1 à l’INPI en 2007, mais création de Dooderm en janvier 2014… Le chemin a été long. « J’avais peu de preuves de l’efficacité du procédé. J’ai pu être découragée, mais je suis extrêmement persévérante. Le soutien de la Ruche m’a permis d’avancer et surtout de rencontrer un organisme bancaire, ainsi qu’Initiative Métropole Nord qui m’ont respectivement accordé des prêts de 7 000 et 20 000 euros. » Elle présente également son projet à Innotex et passe trois ans dans l’incubateur pour y créer ses prototypes avec l’aide d’un ingénieur de l’ENSAIT (Ecole nationale supérieure des arts et industries textiles).

Etablissements Lemahieu. Françoise Raverdy s’est adossée à l’expertise des établissements Lemahieu à Saint-André. « Ils tricotent mon fil, l’apprêtent et le confectionnent. Ils se chargent aussi de la logistique. C’est un partenaire précieux« , poursuit-elle. Elle dispose aussi d’un corner dans leur magasin ainsi qu’au sein d’une autre boutique, A l’air libre (Douai). Autre partenaire, Prestamed, un grossiste en distribution de dispositifs médicaux en hospitalisation à domicile, référencé dans 1 500 pharmacies régionales.

Produits phares. Avec une vingtaine de produits et 108 références allant de 28 à 75 euros, Françoise Raverdy a su trouver la solution à des problèmes quotidiens : « Les démangeaisons sont souvent localisées sur les coudes et les genoux. Le caleçon long et le tee-shirt manches longues pour homme, ainsi que le legging et le tee-shirt femme sont des produits qui plaisent. C’est un cercle vertueux : moins on se gratte, moins on abîme la peau et plus elle est belle. Il faut savoir que la peau d’une personne souffrant de psoriasis est renouvelée toutes les semaines alors que la nôtre l’est tous les 21 jours » précise la créatrice, tout en ajoutant : « Je ne me situe pas au même niveau qu’un traitement thérapeutique à la cortisone ou aux UV, mais Dooderm permet d’améliorer le confort.« 

Projets. « Nous allons mettre en place une étude opérationnelle avec dix dermatologues de France qui vont suivre cinq patients avec des dermatites atopiques et des psoriasis. » A la clé, le retour d’une cinquantaine de patients et la possibilité, si les conclusions sont concluantes, d’argumenter auprès de la Sécurité sociale pour un remboursement des produits. Françoise Raverdy a également passé un contrat de collaboration avec un faiseur régional de draps pour présenter une ligne de literie dans les six mois. Dooderm compte désormais trois salariés et réalise 50 % de ses ventes en B to C, 30 en pharmacie et 20 % via ses distributeurs Lemahieu et Prestamed. « Pour 2015, j’espère être présente dans 2 000 pharmacies (contre 370 aujourd’hui). Mais aussi de travailler sur des marchés de proximité comme la Belgique« , conclut la créatrice.

1. Sans être un titre de propriété industrielle, donc moins onéreuse qu’un brevet, l’enveloppe Soleau permet de dater de façon certaine une œuvre et d’identifier le créateur comme auteur. Elle garde le secret des projets ou innovations en cours.