Un poisson exploité par l'armement boulonnais Le Garrec

Légine, l’or blanc des quarantièmes rugissants

Publié dans l'édition Pas de Calais N. 9520 par

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Le Cap Horn I sera remplacé en fin d'année par le Cap Kersaint.

Le Cap Horn I sera remplacé en fin d'année par le Cap Kersaint.

Pour ravitailler sa table, Tony Lestienne, le chef étoilé, a noué un partenariat avec Cap Bourbon (groupe Le Garrec) qui exploite le palangrier Cap-Horn I du côté des quarantièmes rugissants, afin de faire découvrir aux gastronomes cette espèce servie dans les restaurants huppés de Tokyo, Shanghai ou New York. Mis à part les équipages de sept navires français, pas un humain ne vit à moins de 3 000 kilomètres du lieu de pêche de la légine australe, hameçonnée à 1 200 mètres de fond. A raison de 8 à 10 000 hameçons, espacés d’1m20, par ligne.

« Les qualités exceptionnelles de ce poisson proviennent de son adaptation à des mers froides, explique le directeur de Cap-Bourbon, Jean-Pierre Kinoo. Son sang contient une protéine antigel. Dépourvu de vessie natatoire, il assure sa flottabilité en produisant beaucoup d’huile. L’analyse nutritionnelle révèle une base sur laquelle le cuisinier peut délivrer tout son art. »

De même, pas une pêcherie ne fait plus d’effort pour être « durable ». On estime à 140 000 tonnes le stock actuel à Kerguelen, une zone où la France est souveraine, sans être liée à l’Union Européenne : pour préserver cet « or blanc », les sept bateaux français ne sont autorisés à en pêcher qu’un total annuel de 5 150 tonnes, dont 985 tonnes pour le Cap Horn I. Labellisée MSC et Mr. Goodfish, la légine fait l’objet de toutes les attentions : évaluation scientifique de la ressource, octroi de quotas très limités à de rares bateaux, utilisation exclusive de palangres adaptées, surveillance pour éviter toute pêche illicite, observateur assermenté à bord, suivi statistique quotidien des captures. « Tous les cartons de légine sont rangés dans les cales scellées jusqu’à la débarque, assure Jean-Pierre Kinoo. Pas un poisson ne peut sortir en douce. » Ecolo, le palangrier en construction pour remplacer l’actuel sera le premier à être équipé d’une rampe arrière dissimulée à la vue des oiseaux marins pour supprimer toute mortalité aviaire.

Un nouveau palangrier fin 2015. Car l’armateur Jean-Marc Le Garrec a engagé la construction du Cap Kersaint. La première tôle a été découpée le 7 octobre 2014 sur le site vietnamien du chantier Piriou. Il sera livré à la fin de l’année 2015. Il sera construit sur un design conçu par le bureau d’études norvégien Skipstekniks. Destiné à une exploitation dans les mers difficiles de la ZEE des Terres australes et antarctiques françaises, il bénéficiera d’une propulsion de type diesel électrique (avec des moteurs semi-rapides) permettant une souplesse dans la gestion de l’énergie, une maintenance simplifiée et une économie en carburant, tandis que deux propulseurs orientables à haut rendement garantiront une meilleure manœuvrabilité. Il contiendra trois cales à poisson (à -25°C) d’une capacité totale de 935 m3. « Un système Moonpool de récupération centrale des palangres au moyen d’un puits, précise Jean-Pierre Kinoo, assurera la sécurité du personnel et une meilleure protection de l’environnement.«