Dans l'Audomarois, quelle alternative à l'incinérateur ?

Flamoval : changement de route ?

Publié dans l'édition Pas de Calais N. 9534 par

La vie de l’incinérateur de Flamoval va très probablement connaître des soubresauts : le coût de fonctionnement, la circonspection des équipes municipales élues en 2014 (notamment à Saint-Omer et Arques) et la probable décrue des déchets issus des ménages pourrait bien rendre insoutenable le financement d’un équipement «surdimensionné» selon le docteur Richard, président de l’APHS. Retour sur un dossier qui perdure.

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CAPresse 2015

Le docteur Philippe Richard, président de l'APHS.

Le docteur Richard n’a pas changé de discours, mais l’angle est clairement différent dans ses propos qu’il a livrés à la presse, le 5 mai dernier, à son cabinet médical de Saint-Omer. Si les risques sanitaires de l’incinérateur sont toujours dénoncés (cadmium, mercure, plomb, chrome, arsenic, nickel, dioxines…), l’argument développé est aussi économique. Ainsi, le docteur Richard s’appuie sur un «coût réel de traitement des déchets» pris dans une communauté de communes d’Alsace et le compare avec celui de Flamoval dont le périmètre repose sur le territoire de la communauté d’agglomération de Saint-Omer. Avec 56 euros par an et par habitant, le coût du traitement des déchets de cette communauté de communes est exactement deux fois moindre que celui de Flamoval et ses 112 euros/an/hab. selon les chiffres du syndicat mixte qui le pilote. Si, comme le stipule le dossier concernant l’incinérateur, l’équipement doit durer 30 ans, le coût total atteindrait 32 millions d’euros par an. Soit 960 millions sur la durée de vie de l’incinérateur : un chiffre à faire perdre toutes les majorités municipales qui seraient contraintes à lever l’impôt pour absorber le coût de l’incinérateur… Quatre communes sur les huit qui ont délibéré sur le projet de Flamoval ont d’ailleurs rendu un avis défavorable.

L’incinérateur de Flamoval est situé sur le parc d’activité de la Porte-Multimodale-de-l’Aa à Arques..

L’incinérateur de Flamoval est situé sur le parc d’activité de la Porte-Multimodale-de-l’Aa à Arques.

Un coût insupportable pour la fiscalité du territoire. 

En 2014, le coût de l’incinération de la tonne de déchets est passé à 122 euros. «Avec la maintenance et le surdimensionnement de l’équipement, ces coûts sont amenés à croître» alerte le docteur Richard, président de l’association qui lutte contre le projet de l’incinérateur depuis une décennie. Entre 2009 et 2013, Flamoval a subi par trois fois les foudres de la justice qui a annulé l’autorisation préfectorale d’exploitation.(en décembre 2012), mais un arrêté provisoire a été pris par la préfecture du Pas-de-Calais en février 2013. Un an plus tard, une nouvelle enquête publique (la première en 2007, «favorable», avait néanmoins émis des réserves dont la plupart n’ont pas été respectées, d’où le recours de l’APHS) rendait un avis favorable, légitimant a posteriori l’arrêté préfectoral de septembre 2014. Lequel vient d’être attaqué par l’APHS le 30 avril dernier… Le combat judiciaire est loin d’être terminé et le combat politique est en train de reprendre. Quelques heures avant sa conférence de presse, le docteur Richard a été appelé par François Decoster, nouveau maire de Saint-Omer et président du syndicat mixte gestionnaire de l’équipement, pour un rendez-vous le 30 mai prochain. Un nouveau projet n’est plus à exclure pour le traitement des déchets du territoire. Mais il faudra que les élus se montrent particulièrement imaginatifs pour faire muter un incinérateur dans la nouvelle économie durable. «Cela fait huit ans qu’on nous promet un centre de valorisation des ordures. Et pendant ce temps-là on continue de brûler des déchets composés à 90% d’eau… Une réserve foncière existe déjà, une étude a été faite. Aujourd’hui, Flamoval est surdimensionné avec 82 000 tonnes traitées contre 92 000 tonnes attendues. Si on enlève les 15 000 tonnes de déchets organiques, on passe sous la barre des 70% de ses capacités et le seuil de fonctionnement explose», explique le médecin. Le syndicat mixte a rallongé le remboursement de sa dette concernant l’équipement à 2036, alourdissant alors la facture de 4,8 millions d’euros