Le CESER promeut l'innovation

« Les entreprises doivent se rapprocher de la recherche publique »

Publié dans l'édition Nord N. 8724 par

Le 22 avril, le CESER organisait une rencontre autour de la recherche publique et privée au siège de Région. L’occasion de discuter des enjeux de la recherche et du développement dans la région.

 

Le rendez-vous du CESER s’est tenu le 22 avril au siège de Région. La recherche y était à l’honneur.

Le rendez-vous du CESER s’est tenu le 22 avril au siège de Région. La recherche y était à l’honneur.

« L’entreprise et la recherche publique sont deux mondes qui se côtoient, mais qui échangent peu, annonce Jean-Pierre Sternheim, président du bureau de la commission du CESER. Il faut mettre en exergue les réussites consécutives à ces rencontres. » Pour le président du CESER, les entrepreneurs ont toutes les raisons d’innover : pour créer (leurs entreprises, des emplois), pour diversifier l’activité de l’entreprise, pour la développer, ou pour continuer d’exister.

Pourtant, dans le Nord-Pas-de-Calais, la recherche est en retard. Elle est deux fois moins développée que dans le reste du pays : 2,3 % des étudiants s’inscrivent en cursus doctorat dans le Nord-Pas-de-Calais, contre 4,5 % dans le reste de la France, et la région compte uniquement 3,3 % des doctorants du pays.

Les deux pieds sur l’accélérateur. Il existe quelques freins à la collaboration des entreprises et de la recherche privée. D’une part, le décalage entre le temps de la recherche (trois ans pour une thèse, plus quelques mois pour la publication) et le temps de l’entreprise, bien plus court. « Généralement, dans le privé on a besoin de résultats pour demain dans le meilleur des cas, souligne Jean-Pierre Sternheim. La plupart du temps , c’est pour avant-hier. » D’autre part, le but du chercheur est avant tout de publier, alors que l’entreprise a surtout besoin de résultats, de solutions. Il existe une centaine de laboratoires dans les universités de Lille. En comptant les grandes écoles, il y a environ 200 labos à Lille. Les entreprises pourraient compter dessus, mais un détail freine le rapprochement : il n’existe pas de liste de ces structures. Ainsi, il devient difficile de rapprocher la recherche privée de la recherche publique…

Toutefois, certaines circonstances sont bel et bien présentes pour favoriser la recherche : « Les pôles de compétitivité, les ruches sont autant de moteurs pour l’innovation. » Le crédit impôt recherche, outil « envié en Europe », est un autre catalyseur qui fait que nombre d’entreprises mondiales choisissent la France pour installer leurs pôles de recherche, même si « le contrôle fiscal automatique et la complexité de la constitution du dossier » restent plutôt dissuasifs, surtout pour les PME.

Une rencontre improbable. Pour le CESER, il s’agit d’unir les universités et les entreprises : « C’est l’histoire de la rencontre improbable entre un chef d’entreprise, qui cherchait de l’aide pour le développement d’une idée, et un universitaire. Ce dernier a aidé le chef d’entreprise à trouver une solution à son problème. Nous voulons que ce type de rencontre improbable arrive de plus en plus.« 

« Les chefs d’entreprise doivent avoir la culture de la recherche. C’est un des points les plus importants, ajoute le président de la commission développement économique et social, entrepreneuriat et recherche du CESER. On ne peut forcer personne à faire de la recherche, c’est la raison pour laquelle il faut promouvoir les réussites qui y sont liées. » D’un autre côté, Jean-Pierre Sternheim voudrait que « les patrons de startups [viennent] du monde académique » et que les universités recrutent d’anciens cadres industriels afin de rapprocher les mondes de la recherche publique et de l’entreprise de façon plus efficace. Reste à voir si la recherche publique a envie de s’allier à des entreprises…

Le cas de l’industrie pharmaceutique : le duo SATT/Bioversys

L’industrie pharmaceutique est un des secteurs qui s’appuie sur la collaboration entre privé et public : la SATT Nord a collaboré avec une entreprise suisse, Bioversys, autour d’un médicament contre la tuberculose multirésistante. La SATT a constaté que Bioversys avait déposé des brevets similaires aux siens et a décidé en 2013 de s’allier à la PME plutôt que de lui faire concurrence, et ainsi être tous deux plus productifs. Quelque temps plus tard, en 2014, le binôme commence à collaborer avec GlaxoSmithKline (GSK) pour prolonger leurs recherches…