À Dunkerque, on pousse le bouchon sur la vapeur

Déploiement de tuyau à suivre ?

Publié dans l'édition Nord N. 8747 par

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CAPresse 2015

Patrice Vergriete, président de la CUD, et Bruno Lechevin, directeur de projet auprès de l'ADEME.

« Ce n’est pas à Dunkerque qu’on va expliquer la transition énergétique« , a souligné Bruno Lechevin, chef de projet à l’ADEME. La ville-centre a en effet été à l’origine des Assises nationales de l’énergie sous les deux derniers mandats de Michel Delebarre en 1999. À cette période, l’agglomération commençait à bénéficier d’un système de récupération de chaleur : 1 600 foyers étaient alors reliés.

Terre industrielle, le Dunkerquois regorge de gisements de la chaleur dite « fatale » et « 90 % de la ressource est potentiellement disponible » selon Bruno Lechevin. Avec Patrice Vergriete, président de la Communauté urbaine (CUD) et maire de Dunkerque, il a signé une convention qui lance une étude de faisabilité sur l’aspect industriel, tertiaire et résidentiel de l’équation énergétique territoriale. Arcelor seule produit 30% du CO2 régional et 1% du CO2 national. Mais l’augmentation de la production de l’aciériste (qui passerait de 6,6 à 7 millions de tonnes produites annuellement) représenterait également un surcroît de chaleur à capter. « Cette génération supplémentaire de gaz est torché à 7%. (…) L’écologie industrielle et circulaire est une chance« , appuie le maire de Grande-Synthe, Damiens Carême.

Doubler ou tripler l’utilisation du fonds « chaleur » dans la régionL’ADEME apporte de plus une bonne nouvelle aux collectivités : « nos budgets sont intégralement maintenus par l’État. Et notre fonds ‘chaleur’ est majoré de 10%« , glisse Hervé Pignon, directeur régional de l’ADEME. « Nous ne doutons pas de votre amour pour ce territoire1, répond Patrice Vergriete. De notre côté, on doit réussir à mailler les opportunités publiques et privées dans un contexte particulier où les territoires industriels sont encore plus touchés par la baisse des dotations. Je compte sur l’ADEME pour faire passer les messages. » Et il en faudra des entreprises pour investir dans les 31 km de tuyaux pour parfaire le réseau de captation de chaleur actuellement opérationnel, même si « le fonds ‘chaleur’ financera les extensions du réseau local » selon Hervé Pignon… Aller chercher la chaleur est une chose, croire qu’elle sera gratuite en est une autre. « Connecter les entreprises au territoire via cette captation est une raison supplémentaire pour elles de rester là. Un fonds de compensation viendra garantir les aléas du départ des entreprises« , explique Bruno Lechevin.

L’opportunité énergétique du territoire est réelle : le fonds « chaleur » pèse 220 millions au niveau national ; il est en voie de doublement… Le Nord-Pas-de-Calais n’en consomme qu’une dizaine de millions. « Il faut doubler ou tripler cette utilisation« , estime Hervé Pignon. Le Dunkerquois veut y prendre sa part et financer les 31 km qu’il ambitionne de construire pour connecter une dizaine d’entreprises. Des corrections périmétriques sont en cours ; la piscine intercommunale de Saint-Pol-sur-Mer est sur le tracé de la future voie ; des communes réfléchissent pour lotir au plus près de la source ou de son passage… Et le gisement semble énorme. « Il y a 37 térawatts de chaleur fatale à récupérer dans le Dunkerquois, précise Damiens Carême. Aux Pays-Bas, ils chauffent les maisons avec de l’eau à 30 degrés. » Début novembre, l’Agglomération votera son plan climat territorial, quelques jours après la venue de Ségolène Royal et d’un commissaire européen. L’ambition est donc orientée vers l’énergétique, mais les résultats devront se montrer à la hauteur… et les tarifs, ressentir les effets bénéfiques d’un gisement abondant.

1. L’ADEME a investi 10 millions d’euros dans le Dunkerquois depuis quelques années.