Forgital Dembiermont à Hautmont

Sans doute la dernière du genre en France

Publié dans l'édition Nord N. 8746 par

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Jean-François Bedu, président de la SAS Forgital Dembiermont à Hautmont, table sur un développement du trafic aérien et les programmes Ariane.

Jean-François Bedu, président de la SAS Forgital Dembiermont à Hautmont, table sur un développement du trafic aérien et les programmes Ariane.

Le site d’Hautmont, en bordure de la Sambre, revient de loin. Plus de 130 ans d’histoire industrielle, des «faits d’armes» comme l’arbre de transmission du paquebot France, des couronnes destinées au tunnelier qui a creusé sous la Manche, d’autres pour les fusées des différents programmes spatiaux français. Mais, surtout, l’usine est toujours là, malgré la faillite de la sidérurgie et la crise financière de 2008 qui a vu son chiffre d’affaires passer de 110 millions d’euros à 40 millions en 2010. L’an dernier, il était remonté à 50 millions.

Dirigée par la famille Dembiermont de 1881 à 1987, l’entreprise a été vendue à l’Italien Forgital en 2002. Avec ses 180 salariés, elle fait partie des trois sites de production du groupe qui totalise environ 1 000 personnes. 

Investissements lourds et efforts. Président de la SAS depuis mars 2011, Jean-François Bedu, auparavant directeur financier, explique que les investissements réalisés depuis 2002 − de l’ordre de 80 millions en tout − ont contribué à consolider l’usine hautmontoise en la modernisant et en l’équipant. «Encore en 2015, dit-il, 2,5 millions ont été consacrés à un atelier de meulage robotisé qui va nous ouvrir à des fabrications inédites comme des pièces complexes destinées à l’Airbus A350.»

Depuis la crise, précise-t-il, de gros efforts ont été demandés aux salariés : chômage partiel et «hyper-flexibilité».

Dans les ateliers, deux exemples de couronnes : l’une destinée à un sous-marin nucléaire, l’autre à la fusée Ariane.

Dans les ateliers, deux exemples de couronnes : l’une destinée à un sous-marin nucléaire, l’autre à la fusée Ariane.

Forge libre industrielle. Aujourd’hui, le site industriel comprend 100 000 m2, dont la moitié sont construits. Forgital Dembiermont dispose d’une presse de 8 000 tonnes de puissance, la seule du groupe (un investissement de 7 millions fait en 2004) et d’une autre de 2 300 tonnes. Dans les vastes ateliers, on pratique de la «forge libre industrielle». À partir d’une matière première en lingots (acier, aluminium, titane…), les opérations se succèdent − découpage, chauffage au four, pressage, laminage, traitements thermiques pour rendre au métal ses propriétés, usinage − jusqu’à obtenir ces couronnes de divers diamètres, de 40 cm à 8 mètres de diamètre, sans soudures.

 Reine des couronnes. «Ces couronnes, précise Jean-François Bedu, on les trouve dans des tunneliers, des fours de cimenterie, aux extrémités des sous-marins, dans les lanceurs Ariane, dans les réacteurs d’avion… Des éléments de bascule installés au stade Pierre-Mauroy ont été fabriqués ici.» Il précise que ces couronnes laminées à chaud sont des pièces de structure, de jonction, soumises à des conditions extrêmes et qui doivent donc répondre à des critères et à des propriétés très sévères.

«Aujourd’hui, environ 50% de notre chiffre d’affaires se fait avec le spatial et l’aéronautique et le reste, avec le secteur de la mécanique industrielle, comme par exemple des roulements utilisés par les grues de chantier, les engins et installations minières, les plates-formes offshore intermédiaires, là où les supertankers doivent s’amarrer.» À la liste, il ajoute des pièces destinées à des engins militaires terrestres de l’armée américaine.

 Marchés prometteurs ?  Jean-François Bedu explique que l’entrée dans le groupe Forgital a impulsé les investissements et permis aussi de développer l’activité «moteurs d’avion» : «Aujourd’hui, on table sur l’accroissement des vols longs-courriers, mais aussi des vols en général, tant en Europe, qu’en Afrique.» L’usine hautmontoise attend aussi beaucoup du spatial avec Ariane 6 à l’horizon 2020 et s’y prépare. «On a participé à tous les programmes français depuis le lanceur Diamant sous le général de Gaulle», précise-t-il, confiant.

« Le problème, souligne-t-il, c’est qu’il peut s’écouler plusieurs années entre la fabrication des premières pièces et l’entrée en service d’un sous-marin, d’un avion ou d’une fusée.» Ce qui implique de suivre de près l’évolution de tous les marchés existants ou potentiels à plus ou moins court terme. Il cite ceux des centrales nucléaires, des éoliennes, des centrales à gaz, et précise que le groupe surveille de près les marchés liés aux décisions géopolitiques ou aux tensions internationales, comme ceux de l’Iran ou de la Russie.