Une banque sociale et solidaire au service de son territoire

Un nouveau siège pour le Crédit municipal de Boulogne-sur-Mer

Publié dans l'édition Pas de Calais N. 9556 par

Bientôt bicentenaire, le Crédit municipal de Boulogne a inauguré ses nouveaux locaux, en cœur de ville, en bordure de la nouvelle place Jean-Febvay. Si le Nord compte deux établissements à faire du prêt sur gage (Lille et Roubaix), c’est le seul dans le Pas-de-Calais.

 

D.R.

L'opération immobilière a été menée en partenariat avec le bailleur Logis 62.

Situé en face de ses anciens locaux (qui hébergeaient également la salle des ventes avant son déménagement à Saint-Martin-Boulogne), le nouveau siège est moins imposant (700 m² au lieu de 2 000 m²), mais beaucoup plus fonctionnel et conforme aux nouvelles normes de qualité environnementale et d’accessibilité aux personnes à mobilité réduite. Il faut dire que cette banque n’emploie, en tout et pour tout, que treize salariés, dont le directeur, Marc Lefevre.

Comme l’a rappelé son président, Frédéric Cuvillier, député-maire, cet établissement bancaire a un rôle très important dans une agglomération. Car le Crédit municipal n’est pas une banque comme les autres. Sa mission est bien sûr économique, mais surtout sociale avec les prêts sur gage ou encore le micro-crédit mis en place en 2007. Ces dispositifs apportent une aide précieuse à ceux qui ne peuvent pas contracter des prêts classiques. En 2014, 2 700 prêts sur gage ont été octroyés. La moyenne des prêts est de 500 € − la plus basse de France −, pour une durée comprise entre 24 heures et six mois. « Concrètement, explique Marc Lefevre, le micro-crédit, comme le prêt étudiant, répond à des besoins variés : remplacement d’un bien de première nécessité, financement d’une formation ou d’un permis de conduire, achat d’un véhicule, caution pour un logement, dépenses de santé ou d’obsèques… » Quelque 1 800 dossiers ont été ouverts en 2014 pour un montant de 300 000 €.

Bientôt deux siècles de rôle social. L’histoire de cette banque boulonnaise remonte au mont-de-piété. Il est inspiré en France par Théophraste Renaudot, l’un des précurseurs de la presse écrite avec La Gazette, première du nom, en 1631. S’inspirant de l’expérience italienne, le journaliste philanthrope ouvre à Paris le premier établissement de ce type en 1637.

En 1822, le maire de Boulogne-sur-Mer, Jean-Pierre Vasseur, décide la création d’un mont-de-piété dans sa ville, officialisée par une ordonnance royale de Louis XVIII le 22 novembre, pour combattre les usuriers de l’époque et leurs taux d’intérêt astronomiques. « Son constat est simple : un jour ou l’autre, de petits commerçants, de petits employés, de petits bourgeois ont un besoin urgent d’argent liquide pour payer une échéance, survivre à la perte d’emploi, boucler une fin de mois, raconte le directeur. D’abord, ils s’adressent à la famille, aux amis. Et devant les défections, les fins de non-recevoir ou l’impossibilité de faire davantage que ce qui a été fait, il faut bien avoir finalement recours aux prêteurs sur gage, aux usuriers. Évidemment, les transactions sont réalisées chez le plus discret, à celui prêtant sous le manteau, ne tenant aucun livre où votre nom figurerait. Échappant à toute surveillance des autorités, le taux réclamé est usuraire : 20% d’intérêt par semaine. C’est l’engrenage, le cercle infernal dont on ne peut sortir. Les premières victimes sont les pendules de nos grand-mères, les montres, les bijoux, puis on en vient à l’argenterie, aux tableaux, aux objets d’art si l’on en possède. Ensuite ce sont les nappes, draps, serviettes, torchons s’ils sont neufs et même les matelas, puis vient le tour de la vaisselle, des manteaux, des étoles. Tout y passe jusqu’aux cannes à pêche. » Le 24 juin 1851, les monts-de-piété français deviennent des établissements reconnus d’utilité publique.

Plus d’un siècle plus tard, en 1984, la loi bancaire place formellement les caisses de Crédit municipal au sein de la communauté bancaire en confirmant leur champ d’activité. À savoir l’attribution aux particuliers de prêts personnels, la collecte des dépôts et les services bancaires, en sus de l’activité dont elles détiennent toujours le monopole : le prêt sur gages. Ainsi, ces Caisses ont à la fois le statut d’Établissement public communal de crédit et d’aide sociale, dont la mission est de combattre l’usure, et le statut d’Établissement bancaire. www.credit-municipal-boulognesmer.fr