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La fièvre jaune va‑t‑elle toucher le reste du monde économique ?

Publié dans l'édition Nord N. 8766 par

Le ralentissement de son activité, les turbulences sur ses marchés financiers et la dépréciation de sa monnaie confirment que la Chine s’enfonce dans une grave crise qui aura de lourdes conséquences pour le reste du monde… Le début de l’année 2016 a été marqué par de fortes turbulences sur les marchés financiers chinois, qui se […]

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D.R.

La Chine a du mal à rééquilibrer son modèle de croissance, basé encore essentiellement sur les exportations.

Le ralentissement de son activité, les turbulences sur ses marchés financiers et la dépréciation de sa monnaie confirment que la Chine s’enfonce dans une grave crise qui aura de lourdes conséquences pour le reste du monde…

Le début de l’année 2016 a été marqué par de fortes turbulences sur les marchés financiers chinois, qui se sont transmises aux principales places financières mondiales. Mais au-delà de la bulle financière qui a pris le relais de la bulle immobilière, c’est à une nette dégradation de son économie que la Chine fait face, tant de l’activité manufacturière que des exportations, pourtant à la base du miracle chinois depuis deux décennies.

Un difficile changement de modèle économique. Le fond du problème économique est que la Chine a beaucoup de mal à rééquilibrer son modèle de croissance, pour l’instant basé encore essentiellement sur les exportations, et qui devrait, à terme, donner plus d’importance à la demande intérieure, en particulier la consommation des ménages, qui reste l’une des plus faibles au monde. D’où les augmentations de salaires, l’ébauche d’un système de protection sociale et les diverses incitations à monter en gamme, afin de ne plus dépendre de la seule compétitivité-coût, qui s’est beaucoup dégradée ces dernières années. Pour autant, la demande intérieure est encore loin de se substituer aux exportations. Des doutes se font donc jour sur la capacité de la Chine à effectuer cette transition économique sans heurts. Et ce, d’autant plus que, bien que la croissance de l’économie chinoise soit officiellement de 7%, il est fort probable que celle-ci ne dépasse pas en réalité 3%, comme le laisser penser le recul de la production d’électricité, la chute du fret ferroviaire et la faiblesse des importations.

Le commerce mondial à la peine. La Malaisie, Taïwan, la Thaïlande, le Viêtnam et l’Australie, pour ne citer qu’eux, subissent de plein fouet le recul marqué des importations de leur grand voisin chinois, ce qui déstabilise la plupart des économies de l’Asie et du Pacifique. La zone euro ne
pourra, du reste, pas non plus échapper à ce ralentissement, puisque, par exemple, les exportations de l’Allemagne vers la Chine représentent 2,5% du PIB outre-Rhin. Par ailleurs, le commerce entre la zone euro et les régions du monde très dépendantes de la croissance chinoise subira inévitablement un affaiblissement. Ainsi, à terme, c’est l’ensemble du commerce mondial qui sera à la peine.

Une baisse des cours des matières premières. De plus, le ralentissement de l’activité en Chine réduit sa demande de matières premières, avec pour conséquence, eu égard à son poids dans la demande mondiale, une baisse des prix de la plupart des matières premières. Avec d’un côté, pour conséquence positive, la baisse du coût des importations de matières premières comme le pétrole, mais de l’autre un effet négatif sur les pays exportateurs, qui s’enfoncent dès lors eux aussi dans une crise. C’est pourquoi la crise chinoise se conjugue désormais à celle des pays émergents,
d’où une croissance mondiale en berne.

Le danger d’une dévaluation du renminbi. Face à un atterrissage difficile de son économie, caractérisée par une compétitivité-coût en berne et un recul des exportations et de l’investissement, la Chine fait appel à son remède favori : la dévaluation du renminbi. Cependant, si celui-ci peut temporairement améliorer les exportations et, toutes choses égales par ailleurs, la balance commerciale de la Chine, il n’en demeure pas moins qu’une telle politique de change charrie de nombreux effets néfastes. Tout d’abord, elle décourage la montée en gamme des entreprises chinoises et pénalise la consommation, au moment même où le pays cherche désespérément à rééquilibrer les composantes de sa croissance vers la demande intérieure. De plus, elle amplifiera les sorties de capitaux, qui conduisent, dans le contexte actuel, à une baisse des réserves de change. En outre, un renminbi faible conduit à une baisse de la rentabilité pour les entreprises étrangères qui exportent vers la Chine (la valeur en devises de leurs ventes diminue), avec pour corollaire un recul des marchés boursiers mondiaux. Et la déflation chinoise sera dès lors exportée à tous ses partenaires commerciaux en raison de la baisse des prix des produits chinois. En définitive, en raison du poids de son économie, la Chine a, qu’on le veuille ou non, une influence notable sur les autres pays, d’où un risque de dépression économique mondiale si la crise chinoise n’est pas jugulée rapidement. Or, il semble qu’à défaut de trouver le remède idéal à la crise, les autorités chinoises aient décidé de décrocher la lune, puisqu’elles viennent d’annoncer le lancement d’une mission pour se poser sur la face cachée de l’astre d’ici deux ans !

Raphaël DIDIER