MÉDIATEUR NATIONAL DU CRÉDIT

Un bon accès au crédit pour les entreprises, plus de difficultés pour les TPE

Publié dans l'édition Nord N. 8765 par

Lors d’une conférence organisée par Lille Place financière fin janvier, Fabrice Pesin, le médiateur national du crédit aux entreprises, a fait le point sur l’accès au crédit des entreprises françaises. Une situation pas si critique que l’on pourrait croire.

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Fabrice Pesin.

Fabrice Pesin.

Créée dès la fin 2008, en pleine crise financière, la médiation du crédit est destinée à épauler toutes les entreprises, quels que soient leur taille et leur domaine d’activité, dès que se présente une difficulté de financement, refus de crédit ou d’aménagement de dette. Les services de médiation, dont l’aide est gratuite et confidentielle, examinent le dossier et, s’il est retenu, jouent les intermédiaires entre l’entreprise et la banque pour trouver un terrain d’entente. Depuis 2008 en France, les services de la médiation ont reçu environ 48 400 dossiers, dont 79% ont été acceptés. Le nombre de dossiers déposés semble peu à peu diminuer. “La médiation du crédit est un bon observatoire pour analyser les conditions d’accès au crédit des entreprises et les effets des nouvelles règles prudentielles mises en place après la crise de 2008. On a demandé aux banques de prendre moins de risques et donc, par conséquent, de durcir les conditions d’accès pour les entreprises. Et en effet, on a pu constater  que Bâle 3 a eu un effet sur le financement de l’économie”, explique Fabrice Pesin.

De nouvelles sources de financement. En particulier, beaucoup de grandes entreprises préfèrent désormais se financer sur les marchés plutôt que par le crédit, et ce, malgré des taux d’intérêt historiquement faibles. Ces dernières années ont ainsi vu l’émergence de nouveaux modes de financement, comme le recours à la titrisation de crédits, aux placements privés, aux prêts non garantis auprès des assureurs ou au crowdfunding, très en vogue. Pourtant, souligne Fabrice Pesin, l’accès au crédit a rarement été aussi facile qu’aujourd’hui. Si seulement deux tiers des TPE obtiennent un prêt pour leur trésorerie, et 82% pour l’investissement, 84% des PME de plus de dix salariés ne rencontrent pas de difficulté à emprunter pour leur trésorerie ; et 94%, pour investir. Et pour cause : elles sont de moins en moins nombreuses à demander des prêts, explique le médiateur. Dans une économie atone, les perspectives sont moroses et les commandes en baisse : les entreprises retardent leurs projets d’investissements. “C’est un problème d’offre et de demande, qui va se révéler quand l’économie va redémarrer, estime Fabrice Pesin. Quand les besoins en crédits vont à nouveau augmenter, on va mesurer l’ampleur de l’impact des nouvelles règles prudentielles, dont une partie est aujourd’hui masquée par la politique menée par la BCE, et on risque de découvrir des frictions.”

Les TPE : les plus fragiles. “Les TPE sont les entreprises qui sont le plus fragilisées face aux banques. Ce sont celles qui sont généralement les moins bien structurées et qui présentent le plus fort taux de mortalité, explique Fabrice Pesin. Un tiers des TPE ont un fonds propre nul, viré négatif. Le dirigeant est souvent seul, il n’est pas ou est mal conseillé, pas toujours bien formé… il a du mal à déceler les signaux d’alerte dans ses comptes, et les TPE ont massivement recours au découvert pour leurs besoins de trésorerie. C’est un moyen de financement facile et souple, mais aussi coûteux. Cela leur reviendrait moins cher d’avoir recours à un crédit classique, mais souvent les dirigeants ont peur d’essuyer un refus, alors même que leur situation leur permettrait d’obtenir un prêt.” Et le médiateur de souligner le phénomène “d’autocensure” qu’il constate chez beaucoup de dirigeants qui ne demandent pas de prêts bancaires par crainte d’essuyer un refus ou d’une caution personnelle trop élevée. Autant d’investissements qui sont ajournés ou autofinancés, et donc retardés, ce qui n’est pas sans conséquence sur la croissance. 

D.R.

Jeanne MAGNIEN