CONJONCTURE

2015, une année en demi-teinte pour les Hauts-de-France

Publié dans l'édition Nord N. 8771 par

La Banque de France et la CCI de région Nord de France ont livré les résultats de deux enquêtes menées en parallèle auprès des entreprises de la grande Région. Il en ressort que, même si l’année 2015 s’est révélée plus difficile que prévu pour les entreprises, elles se montrent relativement optimistes pour 2016.  Baisse du […]

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La Banque de France et la CCI de région Nord de France ont livré les résultats de deux enquêtes menées en parallèle auprès des entreprises de la grande Région. Il en ressort que, même si l’année 2015 s’est révélée plus difficile que prévu pour les entreprises, elles se montrent relativement optimistes pour 2016. 

Baisse du chiffre d’affaires, recul des exportations, tassement des effectifs et des investissements… L’année 2015 n’a pas été toute rose pour les entreprises de la région, selon deux études rendues publiques conjointement par la Banque de France et la CCI de Région. Deux études qui vont dans le même sens malgré deux approches différentes : l’une s’appuie sur les chiffres, l’autre, sur le ressenti des dirigeants. Du côté de l’étude de la Banque de France, les résultats sur l’année 2015 sont “assez contrastés”, explique Stéphane Latouche, le dirigeant de la BDF à Lille. “La plupart des filières confortent leur rentabilité, notamment grâce à la baisse des coûts des matières premières et à un effet CICE, qui est palpable.” Au global, en effet, les 2 200 entreprises régionales sondées ont enregistré une hausse de 2,5% de leur chiffre d’affaires, qui s’est accompagnée d’un renforcement des effectifs (+1,7%) et d’une amélioration de la rentabilité. L’investissement, en revanche, reste atone ou négatif dans tous les secteurs. Mais ces résultats corrects masquent de grandes disparités selon les secteurs. On peut noter, d’un côté, la belle progression des services marchands, qui affichent un chiffre d’affaires à +2,5% et des effectifs à +1,7% en 2015, mais dont les investissements ont en revanche marqué une forte baisse, à -6,3%. Cette progression est largement contrebalancée par les résultats très faibles, cette année encore, de la construction, qui affiche une production totale à -3,4%, des effectifs à -3,1%, et des investissements, déjà faibles, tombés à -17,9%. Un tunnel dont la sortie n’est pas encore en vue : si 2016 devrait marquer un léger mieux pour le secteur grâce à la relance des projets privés, les travaux publics resteront encore largement sinistrés l’an prochain. Entre les deux, l’industrie a connu une année en demi-teinte, avec une perte de chiffre d’affaire global de -1%, des effectifs en baisse de -0,8%, mais des investissements en hausse d’un petit 0,6%. Une hausse qui devrait largement se confirmer cette année, avec +10,3% prévus en 2016. Dans le détail, les bonnes nouvelles à retenir, c’est la belle santé du secteur du matériel de transport, dont le chiffre d’affaires et les investissements sont en hausse en 2015 (+5,5% et +13,2%), même si cette embellie ne s’accompagne pas pour le moment d’un renforcement des effectifs, en baisse de 0,7% sur l’année. A contrario, la chimie et la plasturgie s’affichent particulièrement à la traîne, avec chacune une chute de 6% du chiffre d’affaires en 2015. A noter aussi la chute impressionnante des investissements dans l’agroalimentaire, qui baissent de près de 28%. Mais 2014 avait été une année de très fort investissement dans le secteur, tempère Stéphane Latouche.

L’optimisme des dirigeants. 2016 devrait apporter un mieux, selon les prévisions de la Banque de France – qui avait cependant déjà prévu une reprise pour 2015. Tous les secteurs devraient être à la hausse, dans les chiffres d’affaires comme dans l’investissement, sans pour autant que cela se traduise par une hausse des effectifs, avec même un moindre recours à l’intérim prévu. En effet, 16% des dirigeants seulement ont un projet de recrutement en 2016, et 28% d’entre eux déclarent rencontrer des difficultés de recrutement. Malgré tout, ces perspectives améliorées se ressentent sur le moral des chefs d’entreprise selon la CCI, qui en a interrogé plus de 5 000 dans la grande Région. Malgré des résultats 2015 en demi-teinte, individuellement les dirigeants se disent plutôt satisfaits de l’année écoulée. Tous secteurs confondus, le solde d’opinion sur le chiffre d’affaires passe au positif, à +6% contre -5% en 2014. De la même façon, sur les ventes en France, le solde d’opinion des dirigeants passe à +13% en 2015 contre -5% en 2014. Et la confiance des dirigeants semble devoir se maintenir pour 2016 : les chefs d’entreprise tablent sur une petite hausse de leur chiffre d’affaires et de leurs ventes en France comme à l’étranger. 43% des entreprises parient au moins sur une certaine stabilité de leur activité cette année, selon la CCI. Et ce, même s’ils ne sont que 4% à estimer que le contexte économique général est “bon”, contre 61% qui le jugent “mauvais”. Les indicateurs ne sont décidément pas au vert dans la région : 39% des entreprises et 44% des TPE n’ont pas investi en 2015, souligne Philippe Vasseur, qui pointe la faible présence des entreprises régionales à l’international : seules 20% des entreprises interrogées signalent une activité à l’export. “Il faudrait qu’on arrive à 25, 30% d’entreprises exportatrices, c’est là qu’on fait du chiffre aujourd’hui”, estime le président de la CCI. La CCI et la Banque de France relèvent enfin deux points d’inquiétude pour 2016 : le nombre d’emplois menacés, qui reste haut (la grande Région a perdu près de 80 000 emplois depuis 2008) et le fait que l’industrie régionale, en petite forme, marque le pas par rapport à la moyenne nationale. Un écart qu’il ne faudrait pas laisser se creuser.

Jeanne MAGNIEN