À PARIS, LES RÉSULTATS D’EUROTUNNEL

Les hausses se poursuivent

Publié dans l'édition Pas de Calais N. 9575 par

Vous devez être connectés pour visualiser cet article

D.R.

“L’entrée du Tunnel pourrait être couverte sur une distance de plusieurs centaines de mètres pour sécuriser la tranchée de Beussent, point d’intrusion de migrants l’an dernier”.

La quasi totalité des voyants sont au vert pour le Groupe EuroTunnel (GET) ; ses résultats annoncés à Paris le 18 février dernier sont la plus belle nouvelle économique du Calaisis. GET croit encore de 5 %, multiplie les croissances de trafics, augmente le versement de ses dividendes et dispose d’une trésorerie de plus d’un quart de son CA… Fétant le 30ème anniversaire du traité de Canterbury, l’entreprise entreprend de nouveaux projets et investissements. Compte-rendu. 

Il avait de quoi être fier et même d’en faire un peu de fausse modestie, le président de Groupe EuroTunnel Jacques Gounon… Depuis 2010, le groupe se développe sur tous les secteurs d’activités qu’il creuse. Même sur ceux dont il finit par se désengager comme le maritime (Cf : nos précédentes éditions sur les démélées judiciaires britanniques de sa filiale MyFerryLink) : “nous avions dit que nous trouverions l’équilibre en 2016 sur le maritime. Si on ne nous avait pas fermé cette porte (la Cour suprême britannqiue a confirmé l’interdiction de la compétition commission sur le droit d’Eurotunnel a faire naviguer des navires sur le détroit), nous y serions” a lancé le dirigeant. Plus important, les résultats des trafics, de la filiale logistique Europorte – “qui fait désormais un quart de notre chiffre d’affaire” – et de nouveaux projets donne une image du Calaisis inverse de l’activité économique de ce territoire. S’il a souffert l’an dernier d’intrusions multiples sur son périmètre, le tunnel n’en a pas moins poursuivi une croissance qui chemine régulièrement depuis quelques années : + 5 % d’activité globale en 2015 avec 1,2 milliards d’euros de chiffre d’affaire ; un Ebitda à 542 milions d’euros ; un résultat net à 3 chiffres (100 millions d’euros contre 74 en 2014). Une trésorerie disponible de 406 millions d’euros à fin 2015 contre 385 en 2014. Même si l’étanchéité est compète depuis le 23 octobre, Eurotunnel réclame aux autorités françaises et britanniques 29 millions d’euros, “pour la période comprise entre le 1er janvier et le 23 octobre 2015” précise Jacques Gounon ; la somme correspondant à une perte d’activité et à un surcoût dans la sécurité du site. Deux points sont encore à traiter : la gare toute proche de Frethun où des trains de marchandises à l’arrêt sont autant d’occasion pour les migrants. Et le trou de Beussent aujourd’hui largement grillagé et sous surveillance constante. “Nous étudions de prés la possibilité de couvrir toute la zone qui précède aujourd’hui l’entrée physique du Tunnel” a annoncé Jacques Gounon. L’activité croissante pourrait absorber un tel investissement.

D.R.

“La filiale MyFerryLink à l’arrêt depuis l’été 2015, la coopérative des ex-SeaFrance en liquidation judiciaire, les navires loués à DFDS et à vendre, Eurotunnel quitte le monde maritime”.

De bons résultats globaux. L’an dernier, 21 millions de personnes sont passées par le Tunnel sur 120 000 convois ferroviaires (dont 95 000 navettes), et 6 800 camions. À ceux là, il faut ajouter 260 000 animaux domestiques (soit une augmentation de 13%) pour qui un bâtiment spécifique a été construit l’an dernier. Dans le détail, les résultats sont stables sur les voitures transportées (2,6 millions de véhicules contre 2,7 en 2014) mais baissent sur les autocars (- 7% du aux impacts aprés les attentats explique la direction). Sur ce secteur d’activité, Eurotunnel augmente sa part de marché (52,6 % du trafic transmanche des véhicules légers) et améliore ses ventes. Côté camions, la hausse du trafic est de 3 % avec 1,48 millions de camions transportés dans un marché qui croit globalement de 4 %. Eurotunnel détient 37,3 % de parts du marchés et a profité des problèmes liés à l’arrêt des rotations de MyFerryLink au début de l’été. Le port de Calais s’est retrouvé avec 5 navires de moins au plus fort de la crise avec les ex-marins de SeaFrance (MFL et DFDS). Le fret ferroviaire a cru de 4 % rien qu’au premier semestre 2015 même si sur l’ensemble de l’année, le nombre de train a déccru de 17 %. L’avenir, Eurotunnel le voit en confiance : si l’entreprise emploie aujourd’hui 3 992 salariés dont 76 % en CDI, elle prévoit d’enrecruter 353 autres cette année. Inscrite depuis deux décennies sur le territoire, Eurotunnel prépare sa première vague de départ à la retraite. 165 jeunes en alternance sont dans l’entreprisee fin 2015. Les objectifs de la direction de GET ne changent pas : 2 millions de camions, 3 millions de véhicules et 13 millions de passagers d’ici 2020. Pour ce faire, l’entreprise franco-britannique soigne sa RH à travers sa RSE : elle distribuera 75 actions gratuites à ses salariés (contre plus de 150 en 2014) et ajoutera un “plan participatif” dixit Jacques Gounon.

Une respiration financière totalement retrouvée. Profitant de son infrastructure hors-norme, Eurotunnel cherche à valoriser
toujours plus son outil. Avec l’interconnexion eléctrique franco-britannqiue, l’entreprisee a trouvé un nouveau marché : depuis 2013, les études se sont succédées et la phase concrète va commencer à la fin de l’année. C’est un chantier de 7,2 millions d’euros que devront mener les trois fournisseurs selectionnés ; Siemens AG, Balfour Beatty et Prysmian doivent en effet construire deux stations de conversion et assumer le passage du câble dans le tunnel. Eurotunnel conserve la carte formation dans son jeu : son centre de formation à Coquelles prépare à 26 métiers pour des clients français et européens. Plus de 10 000 jours de formation ont été dispensés en 2015. Ultime volet du tableau annuel, la dette est maîtrisée à 3,6 milliards d’euros (contre 3,54 en 2014) ; prés de 40 millions sont allés à son remboursement en 2015. La direction ne s’interdit pas une nouvelle restructuration : “on peut toujours restructurer un peu la dette, il y a toujours quelque chose à gagner” sourit le dirigeant. “Il y a des investisseurs qui nous recommandent de nous endetter aujourd’hui…” ajoute son dirigeant. Avec une solide trésorerie, un coût de l’argent très bon marché et un ration Dette/Ebitda autour de 7, la confiance gagne du terrain. Fin 2015, Eurotunnel a conclu un accord avec ses créanciers visant à simplifier la strucutre de l’emprunt à long terme. Elle y a gagné une économie des charges d’intérêt et un simplification des garants. L’action GET a cru de 27 % depuis le 1er janvier 2014. Son assemblée générale aura lieu à Lille le 27 avril prochain.

 Morgan RAILANE