SURPRODUCTION ET CHUTE DES PRIX SUR LES MARCHÉS DU PÉTROLE ET DU GAZ

Vallourec et le Hainaut dans la tourmente

Publié dans l'édition Nord N. 8769 par

Les prévisions sur les marchés de l’énergie étant mauvaises, la réorganisation annoncée pourrait être plus sévère… Pour l’Europe, une baisse de 50% des capacités est prévue. Une recapitalisation d’un milliard est engagée.  Le groupe Vallourec se présente comme un “leader mondial des solutions tubulaires premium destinées principalement aux marchés de l’énergie ainsi qu’à d’autres applications […]

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D.R.

L’agrandissement du centre de tests prévu à Aulnoye-Aymeries n’était pas remis en cause début mars mais mis en attente de décision. La R&D figure cependant dans les priorités.

Les prévisions sur les marchés de l’énergie étant mauvaises, la réorganisation annoncée pourrait être plus sévère… Pour l’Europe, une baisse de 50% des capacités est prévue. Une recapitalisation d’un milliard est engagée. 

Le groupe Vallourec se présente comme un “leader mondial des solutions tubulaires premium destinées principalement aux marchés de l’énergie ainsi qu’à d’autres applications industrielles”. Il est connu pour fabriquer des tubes sans soudure (avec filetage et connexions) destinés au forage, à l’extraction, à l’acheminement du pétrole et du gaz… Le mot “premium” désigne un produit, ou service, à haute valeur ajoutée, de haut de gamme. Les difficultés du groupe se lisent dans les chiffres 2015 : 67,5% de son chiffre d’affaires provenait du secteur “pétrole, gaz et pétrochimie” mais accusait une baisse de 37,8% par rapport à 2014. En cause notamment la surproduction mondiale de pétrole qui engendre des réactions en chaîne et des effets de surcapacité. En ce début 2016, les prévisions du groupe, côté commandes et pressions sur les prix, ne sont pas bonnes. À court terme du moins. L’heure est donc à la restructuration et à l’inquiétude, en particulier dans le Hainaut. Ainsi, le 5 mars à Aulnoye-Aymeries, plusieurs centaines de personnes ont une nouvelle fois manifesté pour la défense des emplois. Ceux du groupe, des filiales et des sous-traitants. Ici, on craint une nouvelle désindustrialisation dans la métallurgie… Si le siège de Vallourec est à Boulogne-Billancourt, l’histoire et l’actualité du groupe sont en grande
partie ancrées dans le Nord. Le nom Vallourec vient, rappelons-le, de Valenciennes, Louvroil et Recquignies.

Crainte d’une désindustrialisastion. Les salariés des unités d’Aulnoye-Aymeries et de Saint-Saulve sont inquiets. Mais il n’y a pas qu’eux. On peut citer ceux de CEREC (Compagnie d’emboutissage de Recquignies, 105 salariés), une ex-filiale de Vallourec, rachetéepar le groupe français Aryes il y a deux ans : elle fabrique des fonds de cuve pour l’industrie du pétrole et de l’énergie. Ou encore ceux d’Akers, de Berlaimont (usinage de cylindres pour laminoirs,  90 salariés), qui attendent l’audience du 17 mars prévue au tribunal de commerce de Thionville. Sur le front industriel, de la métallurgie et de la chaudronnerie, les nouvelles ne sont pas bonnes depuis plusieurs mois dans le Hainaut…

Réorganisation en cours. Où en est le groupe Vallourec ? En juin 2014, il y avait eu la sortie du Cac 40. Mauvais signe. Au printemps 2015, c’était l’annonce d’un plan industriel pour les années 2016 et 2017 avec, pour le Hainaut, 150 postes supprimés (100 à la tuberie d’Aulnoye-Aymeries et 50 à celle de Saint-Saulve) et la mise en vente de l’aciérie de Saint-Saulve (350 salariés). “Partenaire” pressenti pour celle-ci : Ascométal. Les négociations étaient toujours en cours début mars. Les communiqués diffusés par le groupe en février fixent des orientations qui n’ont rien de rassurantes. Des “initiatives majeures” sont en effet annoncées, notamment pour l’Europe. On y découvre une réorganisation des activités avec réduction de 50% des capacités installées (par rapport à 2014), une spécialisation des unités allemandes sur le laminage et des unités françaises sur la finition et la R&D. Par ailleurs, on indique la création d’un pôle de production unique au Brésil (par fusion) et l’acquisition d’un producteur de tubes en Chine afin d’ouvrir la production. L’intention du groupe est d’atteindre 50% de cet objectif en 2018 (le reste à l’horizon 2020). Côté effectifs, un millier de postes devraient être supprimés encore en Europe. Selon quelle répartition ? Les décisions sont attendues. Mais la fermeture du laminoir de Saint-Saulve est écrite.

À propos de la R&D. Côté investissements, l’an dernier, le projet de doubler à l’horizon 2017 la capacité (50 millions d’investissements et 95 postes créés) du centre d’essais d’Aulnoye-Aymeries était jugé stratégique dans un contexte de concurrence mondiale où la haute valeur ajoutée peut faire la différence. Ce centre réalise en effet les tests de résistance des tubes et connexions dans des conditions extrêmes puisqu’il faut explorer, forer et exploiter toujours plus profondément. Début mars, le projet n’était pas remis en cause mais mis en attente. La R&D figure
cependant dans les orientations.

Situation financière. Le 18 février dernier, le groupe a publié ses résultats globaux 2015. On y lit que les volumes sont en baisse de 39,3%, que les effectifs ont reculé de 1% (3 500 ETP supprimés), que le groupe vise un “endettement net inférieur à 1,5 milliard d’euros à fin 2016”. Rappelons que l’Etat français est partie prenante au capital de Vallourec, à hauteur de 7,77%, par le biais de la banque publique d’investissement, filiale du groupe Caisse des dépôts. D’où les venues dans le Hainaut d’Emmanuel Macron, ministre de l’Economie. Côté finances, Vallourec a annoncé une augmentation de capital d’un milliard, avec le concours de l’Etat et du groupe japonais NSSMC (Nippon Steel Sumitomo), autre actionnaire (avec 1,5% du capital). Une assemblée générale des actionnaires du groupe, prévue le 6 avril, permettra peut-être d’avoir des précisions sur ce qui se prépare.

Bernard KRIEGER