ENTRETIEN AVEC FABIENNE DULAC, DIRECTRICE ORANGE FRANCE

“Les start-up ont besoin du soutien logistique de grandes entreprises pour se développer”

Publié dans l'édition Pas de Calais N. 9581 par

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D.R.

Fabienne Dulac évolue depuis plus de vingt ans dans le secteur des télécommunications.

Sociologue de formation, Fabienne Dulac dirige une entreprise de 97 000 salariés. La directrice France d’Orange évoque ici la stratégie de son groupe en matière d’innovation, les évolutions technologiques qui attendent les abonnés de l’opérateur – dont la nouvelle LiveBox – le nouveau réseau LoRa®, les partenariats industriels via Datavenue et la politique de soutien à l’innovation des start-up avec les Orange FabLabs et le fonds de 100 millions d’euros Orange Digital Ventures. Un entretien 100 % Fibre… 

Orange vient de présenter des nouveautés en termes de réseaux, d’équipements et d’usages. Comment innover sans se déconnecter de l’usager? Notre objectif est d’être une entreprise d’ingénieurs qui fasse oublier la technologie au client. La technologie ne doit pas être visible. Seul l’usage domine, et seul au final ce que le consommateur vit, reçoit et perçoit est important. C’est pour cela que nous avons radicalement changé notre mode de fonctionnement, notamment pour la conception de la nouvelle LiveBox. C’est en partant des consommateurs – des clients que nous avons écoutés – que nous avons construit le projet. Durant deux ans, nos équipes ont mené des “test and learn” pour valider l’appropriation client, tout en concevant un équipement en adéquation avec l’évolution des usages et qui corresponde complètement à ce que chacun a envie de vivre et de toucher au quotidien. Je ne suis pas ingénieur, mais sociologue de formation. J’aime à dire que pour rencontrer le consommateur, il faut la rencontre à la fois d’ingénieurs et de sociologues.

Comment votre stratégie Innovation se traduit-elle ? Chez Orange, nous développons trois grands axes d’innovation. D’abord le réseau (la Fibre, la 4G et bientôt la 5G). Puis la connectivité, qui est le socle sur lequel vous pouvez développer des équipements et répondre aux usages, comme avec la nouvelle LiveBox. Le troisième axe, qui est pour moi très important, et je remets ma casquette de sociologue en disant cela, c’est celui de l’accompagnement client. Les deux premiers ne servent à rien si le troisième n’est pas performant. Même si la technologie est transparente, l’appropriation ne l’est pas. D’où la volonté d’Orange de travailler sur de nouvelles fonctionnalités pour la nouvelle Box. D’abord avec une installation simple (plug and play), une appli malivebox qui vous accompagne pas à pas dans l’utilisation de l’équipement, une connexion automatique et en toute sécurité de tous les équipements situés autour de la box et que vous voulez rendre compatibles, une box intelligente qui s’autodiagnostique et, en parallèle, des applications que nous mettons en place pour optimiser l’ensemble de sa configuration. À partir de votre smartphone, vous pourrez ainsi vérifier pièce par pièce la qualité de votre Wi-Fi, et changer de bande et de fréquence pour obtenir une réception plus efficace. L’accompagnement, c’est au final la rencontre d’un réseau, d’un équipement mais aussi d’une surcouche d’intelligence qui fait que l’on accompagne le client au maximum. Et pas seulement les geeks et les ingénieurs, mais tous les abonnés.

Quelles sont les évolutions d’usages dominantes ? Aujourd’hui, nous connaissons une révolution numérique qui est à la fois technologique, industrielle et sociétale. Sociétale parce que l’on revient toujours au consommateur et à ce qu’il fait de la technologie. Deux grands usages dominent aujourd’hui. Le premier est le multi-écran à domicile : 6,2 écrans sont en moyenne connectés en simultané à la maison. D’où le besoin de s’adapter à cette demande. C’est pourquoi la nouvelle LiveBox embarque entre autres un Wi-Fi surpuissant qui correspond bien à ce besoin. Le deuxième usage, un peu tautologique, est porté par la fibre. C’est celui de la télévision, de la vidéo, de l’image. C’est la deuxième révolution de la nouvelle box, qui intègre l’UltraHD (4K) et l’ensemble des services qui vont autour de l’image. Ceci pour un divertissement et un plaisir que l’on doit vivre au quotidien sans contraintes et avec une qualité optimale.

Pourquoi lancer un nouveau réseau dédié aux objets connectés ? Les objets connectés ne demandent pas la même bande passante que les smartphones, les box, le Wi-Fi ou autres… Orange a fait le choix d’investir dans un autre réseau. Les réseaux se superposent mais correspondent à des usages spécifiques. LoRa® est un réseau dédié à l’usage des objets connectés. Nous le lançons dans un premier temps dans 17 agglomérations à partir du mois d’avril, avec l’objectif d’avoir couvert l’ensemble de la France fin 2016. Le déploiement de LoRa® n’a rien à voir avec un déploiement 4G ou Fibre. Sa mise en place est plus rapide. Nous avons besoin de peu d’antennes pour la couverture réseau. C’est un sujet d’importance pour Orange. Il s’agit de rester le plus alerte possible pour apporter le meilleur réseau à l’ensemble des usages. Il existe aujourd’hui l’ADSL, la VDSL, la fibre, LoRa®… La connectivité est au cœur de l’usage, et ce sera toujours à nous de trouver le meilleur réseau pour répondre à la multiplicité des usages et à la multiplicité des attentes des consommateurs.

Quels sont vos objectifs de développement pour la Fibre ? Nous avons à ce jour en France 5 millions de clients raccordables, dont 1 million de clients effectivement connectés et qui bénéficient déjà de la fibre. Nous avons un objectif de 7 millions de clients raccordables à la fin de l’année 2016, avec une accélération dans le raccordement des foyers et la poursuite de notre dynamique commerciale. Aujourd’hui, lorsque le client a le choix entre la fibre, l’ADSL et même le câble, le choix de la fibre s’impose naturellement. Je rappelle que la révolution technologique sur laquelle nous évoluons englobe les réseaux, les équipements, les services et les usages. La fibre est à ce jour le réseau optimal pour la diffusion de ces nouveaux usages et services.

A travers vous « Fablabs  » et Datavenue  vous vous intéressez à la fois aux start-up et aux géants industriels… Notre positionnement a toujours été d’être fédérateur et intégrateurs. Avec cette nouvelle étape de la révolution technologique qu’est la Data, nous avons choisi de transposer ce rôle au monde des Data. Datavenue et Orange Lab résultent de cette logique. Celle de dire que ce monde est fait de grands acteurs et de petits acteurs et que l’innovation vient tout autant des deux, voire peut-être plus des petits en ce moment. Orange a besoin de se nourrir de ces deux dynamiques parce qu’elles sont complémentaires et qu’au final, c’est la proposition de valeurs la plus riche que nous pourrons proposer en associant ces deux logiques. Datavenue est une plate-forme qui doit servir de point de fédération, en y adossant le savoirfaire technologique et sécurité d’Orange et les grands acteurs économiques, que ce soient, dans le cas des innovations présentées au Hello Show, Axa, Harmonie Mutuelle, Seb ou Schneider… Mais nous sommes aussi à l’écoute des petites startup. Les start-up ont besoin d’un soutien financier mais aussi du soutien logistique de grandes entreprises pour se développer, sans les étouffer… Comme Stéphane Richard, notre PDG, l’a rappelé au Hello Show, nous connaissons avec les start-up une vraie dynamique qui porte sur deux axes. D’abord, avec les incubateurs Orange Fab présents dans 10 pays et 4 continents, nous cherchons à accompagner ces petites entreprises en leur transmettant un savoir-faire, une expertise, une vision marketing et distribution. Un soutien qui n’est donc pas seulement financier. L’autre approche est plus financière, celle de l’investissement via notre fonds Orange Digital Ventures. 

Propos recueillis par Daniel CROCI