ENTRETIEN AVEC MAUD COLLYN-D’HOOGHE, DIRECTRICE DE L’INSTITUT POUR LA RECHERCHE SUR LE CANCER DE LILLE

Un métier et une passion au service de la recherche sur le cancer

Publié dans l'édition Nord N. 8773 par

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D.R.

Maud Collyn-d’Hooghe, directrice de l’IRCL depuis 2012.

Créée en 1936 à partir de fonds américains, l’IRCL, fondation reconnue d’utilité publique, est la seule au nord de Paris à héberger des équipes de recherches fondamentales et appliquées, spécialisées en cancérologie. Depuis 2012, celle‑ci est dirigée par Maud Collyn‑d’Hooghe qui met au quotidien toute son énergie pour notamment récolter les fonds nécessaires à son développement. Présentation de son parcours, des missions de l’IRCL et des enjeux actuels. 

Le destin ne tient qu’à un stage parfois ! Nous sommes en 1968, quand Maud Collyn-d’Hooghe, titulaire d’une maîtrise de biologie animale, effectue un stage au sein de l’Institut pour la recherche sur le cancer de Lille (IRCL). Ce fut pour sa future directrice une révélation. “Je me dirigeai vers l’enseignement, mais, ici, j’ai contracté le virus de la recherche !” s’exclame la directrice de l’IRCL. À partir de cette expérience, Maud Collyn-d’Hooghe n’a plus quitté le secteur de la recherche. “Ma thèse de doctorat ès sciences obtenue, j’ai poursuivi ma carrière à l’Inserm pour devenir directrice de recherche”, préciset-elle. Officiellement à la retraite en 2010, notre passionnée ne souhaite pas abandonner ses principales occupations et poursuit ainsi durant deux ans la direction de l’Institut de médecine prédictive et de recherche thérapeutique. Depuis 2012, Maud Collyn-d’Hooghe dirige l’IRCL bénévolement et forme un duo complémentaire et efficace avec Michel d’Orgeval, président de l’Institut depuis 2013. Située au cœur du Centre hospitalier régional universitaire, la Fondation, qui constitue un pôle de recherche, accueille des équipes de recherche pluridisciplinaires (scientifiques, médecins, pharmaciens) de l’Inserm, du Centre de lutte contre le cancer, du CHRU, de l’université Lille 2 et de l’université de Tokyo, ainsi que des plates-formes technologiques de haut niveau. “Ces équipes qui travaillent dans des laboratoires aux normes réglementaires et plates-formes sont toutes labellisées et assurent le transfert des résultats de la recherche au lit du malade”, explique-t-elle.

Des actions d’envergure. La Fondation, qui reverse 80% des fonds récoltés directement aux équipes, permet de soutenir la recherche sur le cancer à travers l’achat d’équipements scientifiques de haut niveau, la prise en charge de CDD, d’ingénieurs, de doctorants et post-doctorants, ou
encore le soutien financier sur des projets émergents. Face aux demandes de plus en plus importantes des chercheurs et de l’inflation des coûts de la recherche, Maud Collynd’Hooghe doit, à défaut d’obtenir des subventions, trouver des solutions de financement alternatives. “Annuellement, je gère un budget de 1 million d’euros. Chaque année, je connais mes charges, mais les recettes me sont inconnues”, souligne-t-elle. Pour mener à bien cette mission impérieuse, Maud Collynd’Hooghe part à la chasse de ces différents subsides, constitués de dons, de legs, d’assurancesvie mais aussi d’opérations de mécénat.

Communiquer, puis récolter, pour ensuite innover et développer. Depuis maintenant quatre ans, l’objectif principal de Maud Collyn-d’Hooghe est d’augmenter la visibilité de la Fondation en multipliant les actions de communication et ainsi doubler à terme le nombre de donateurs afin que la recherche sur le cancer en France puisse se développer et rester à la pointe. Aujourd’hui, l’IRCL peut compter dans ses rangs l’une des rares équipes au monde menée par le professeur Bruno Quesnel, qui étudie les facteurs de persistance de cellules tumorales “dormantes” dans les hémopathies malignes. “Grâce au progrès de la recherche, nous pouvons offrir maintenant des traitements ciblés et adaptés aux caractéristiques de la tumeur. Ces traitements assurent une meilleure qualité de vie pendant et après la maladie et pourraient dans certains cas transformer le cancer en une maladie chronique”, explique la directrice. Quant à l’avenir, l’IRCL prendra bien sûr part au projet CPER de regroupement de toutes les unités de recherche sur le cancer au sein de la Métropole européenne de Lille, dont la livraison effective est prévue pour 2020.

Romain MILLET