À Calais, un jeune entrepreneur dresse le bilan d'un an d'installation

Romain Thomas, la création graphique par passion

Publié dans l'édition Pas de Calais N. 9627 par

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Voici une trentaine d’années, une poignée de Calaisiens amateurs de cyclisme ont goûté durant quelques saisons un plaisir particulier : observer dans leur téléviseur, à chaque arrivée d’étape du Tour de France, leur concitoyen Michel Thomas, vêtu du maillot de l’un des sponsors de l’épreuve, courir à perdre haleine aux abords de l’arrivée pour rapatrier un des coureurs distingués du jour vers le podium protocolaire. Tous constataient combien Michel Thomas était habité par la passion pour remplir ce rôle. Une passion qu’il a transmise à son fils Romain, nouveau-né à l’époque. Pas forcément pour le cyclisme mais pour l’amour du travail bien fait.

«Je levais le doigt». Romain Thomas ne fait pas de mystère pour dire qu’il fut un écolier moyen. Moyen, mais bachelier à un âge raisonnable. Il se lance alors dans la conquête d’un BTS en alternance dans les métiers de l’imprimerie. Son cursus l’amène à fréquenter l’institut lillois Amigraph. «Au cours de cette année, raconte-t-il, je me suis surpris à lever le doigt et à donner les bonnes réponses, ce qui ne m’arrivait jamais du temps de l’école.» Pas de doute, il a la passion de l’imprimerie et ressent «une certaine aisance» à évoluer dans le milieu. Il bluffera l’un de ses futurs employeurs en se plantant au milieu de l’atelier et en énumérant les machines présentes autour de lui par leur nom, leur type et leurs capacités. Ses meilleurs souvenirs, il les puisera chez un professionnel d’Abbeville qui travaille le haut de gamme, notamment dans ce qu’il est convenu d’appeler «les beaux livres». Mais même dans le haut de gamme, la concurrence est rude et l’aventure abbevilloise s’arrête pour Romain en 2013.

En passant par la couveuse. Romain Thomas est désarçonné. «J’étais prêt à me tourner vers la mécanique, une autre de mes passions», note-t-il. Un bilan de compétences s’impose, qui ne fournit pas d’orientation précise. Un imprimeur boulonnais le convainc de rester dans le métier, même si Romain Thomas n’intégrera pas son équipe. Un «copain illustrateur-graphiste» le sollicite. Voilà le jeune homme remis en selle dans la création graphique. Les deux compères ont travaillé et travaillent encore en partenariat, mais, à l’aube de sa trentaine et après dix ans de salariat, Romain veut créer sa propre structure. Il passe par la BGE et se retrouve au sein de l’antenne calaisienne de la couveuse d’entreprise, sous la férule de l’inévitable Elodie Muys. Le test grandeur nature dure un an et l’ancien pensionnaire de la couveuse tire cette conclusion : «Je remercie Elodie.»

Solutions nouvelles. Le 8 février 2016, jour de ses 31 ans, il crée l’EIRL Thomas Romain. D’emblée, le Musée de la guerre d’Ambleteuse lui fait confiance. D’autres clients suivent, comme le bowling de Calais. Même si son entreprise est modeste, Romain Thomas cherche aussi à s’assurer la clientèle des grands comptes, domaine que son passé de commercial dans l’imprimerie lui a permis d’aborder. «Mais pour cela, il faut que je renforce ma propre communication», constate-t-il. En attendant, Romain Thomas s’attache à rechercher des solutions nouvelles par les supports. Il a ainsi revisité le classique prospectus trois volets. Et a permis à Arnaud Deparis, boucher de centre-ville, de faire face à l’interdiction des sacs en plastique en floquant son nom sur un élégant sac réutilisable en fibres naturelles. En ajoutant la création graphique à la gestion de l’impression, Romain Thomas est resté sur la même ligne de conduite : le respect des impératifs techniques. Par passion, bien sûr.     

 

 

Hervé Morcrette

Romain Thomas découvre comme graphiste la clientèle calaisienne qu’il n’avait jamais abordée comme commercial en imprimerie.