Échos du Royaume-Uni

De l’autre côté du Channel…

Publié dans l'édition Pas de Calais N. 9630 par

Le Parlement valide le déclenchement du Brexit. La Chambre des lords a approuvé le texte de loi destiné à déclencher l’article 50 de la Constitution européenne (concernant la procédure de sortie de l’Union européenne) sans l’amender. La Chambre des communes a rejeté les deux amendements qui avaient été proposés par la Chambre des lords. Le […]

Vous devez être connectés pour visualiser cet article

Le Parlement valide le déclenchement du Brexit. La Chambre des lords a approuvé le texte de loi destiné à déclencher l’article 50 de la Constitution européenne (concernant la procédure de sortie de l’Union européenne) sans l’amender. La Chambre des communes a rejeté les deux amendements qui avaient été proposés par la Chambre des lords. Le premier prévoyait de protéger les droits des citoyens européens présents sur le territoire britannique (rejeté à 335 voix contre 287), le second prévoyait un vote ultime du Parlement une fois les conditions de sortie négociées (rejeté à 331 voix contre 286). David Davies, le chancelier de l’Échiquier, avait prié le Parlement de ne pas «lier les mains» de Theresa May pendant la négociation. Cette dernière semble d’ailleurs marcher sur l’eau au vu de toutes les embûches qui se sont posées sur la route vers le déclenchement de l’article 50, qui est prévu pour la fin du mois.

 

Entre Theresa May et Nicola Sturgeon, la guerre est ouverte. Voilà qui pourrait mettre des bâtons dans les roues du Premier ministre May. Cette dernière, déterminée à déclencher l’article 50 avant la fin du mois, a vu son homologue écossaise annoncer un référendum pour l’indépendance de l’Ecosse. L’édile écossaise a donc l’intention de demander à son Parlement de voter l’établissement de cette votation populaire dans le même calendrier que le Brexit. Theresa May se retrouve donc profondément affaiblie dans ses positions entre, d’un côté, une Union européenne, qui veut un divorce douloureux pour passer à d’autres pays l’envie de partir et qui est prête à accueillir les principaux acteurs de l’économie britannique à Francfort ou à Paris, et d’un autre, Nicola Sturgeon, dont le peuple a majoritairement voté pour le maintien dans l’Union à 62% – mais aussi pour le maintien dans le Royaume-Uni il y a quelques années, à plus de 55%. Les derniers sondages ne donnent pas raison à Nicola Sturgeon pour l’heure, puisque 52% des Ecossais seraient en faveur d’un maintien dans le Royaume-Uni. En revanche, l’avance des pro-Royaume-Uni est de plus en plus maigre et le Premier ministre écossais pourrait jouer autour de l’incertitude au bout du Brexit pour que l’indépendantisme gagne du terrain. De son côté, Theresa May sait qu’un tel référendum ne pourrait pas avoir lieu sans l’aval de Londres et s’oppose à une telle votation… pour l’instant.

 

En Irlande, on se prépare… Si le Brexit est loin de réjouir tout le monde en Irlande, l’annonce d’une date pour le début des négociations est de nature à rassurer quelque peu : le brouillard à couper au couteau que constituent les conséquences du Brexit va pouvoir se dissiper peu à peu au fil des négociations. Le commerce a pâti de la baisse du cours de la livre sterling et le Brexit a occasionné quelques faillites dans le secteur de l’agroalimentaire. Enda Kerry, le Premier ministre irlandais, dit du Brexit qu’il ne s’agit pas d’une bonne nouvelle, mais qu’il faut «faire avec». Le gouvernement a déjà programmé plusieurs dispositifs afin de contrer les effets néfastes du Brexit : des compensations pour les entreprises particulièrement touchées par la sortie de l’Union européenne, des mesures prises pour venir en aide à l’investissement et à l’emploi… Des décisions qui témoignent d’une véritable volonté de l’Irlande de prévenir les aléas de la sortie de l’UE. L’autre problème est d’ordre politique : l’Irlande risque de voir une frontière traverser son cœur, entre l’Irlande du Nord et du Sud. Difficile de concevoir qu’un Royaume-Uni sorti de l’union douanière laisse cette frontière ouverte. D’aucuns en appellent même à une réunification.

 

L’immobilier peine à trouver des investisseurs. L’an dernier, l’investissement dans l’immobilier a perdu entre 25% et 30% de son volume. Opération séduction à organiser, donc : si en France et en Allemagne, ces investissements sont aussi en baisse, le phénomène est d’une ampleur moindre. Le Brexit a complètement freiné les investisseurs tentés de spéculer sur les valeurs immobilières. «Aujourd’hui, les promoteurs et les développeurs sont plus prudents»,explique Anne Tolédano, responsable à Londres des activités de financement immobilier pour le Crédit agricole CIB à nos confrères du Figaro. Encore une conséquence néfaste de l’incertitude autour du Brexit.