Échos du Royaume-Uni

De l’autre côté du Channel…

Publié dans l'édition Pas de Calais N. 9628 par

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UKIP divisé après le Brexit. Le parti d’extrême droite d’outre-Manche subit de profondes divisions après le Brexit. Le leader du United Kingdom Independent Party, Nigel Farage, est en conflit avec Douglas Carswell, le seul député du parti ayant quitté le parti conservateur pour UKIP en 2014. Nigel Farage accuse même son rival d’être «dévoré par la jalousie et obsédé par la volonté de [lui] nuire » et d’être un élément infiltré des Tories dans le but de détruire le parti. Il faut dire que suite au Brexit, le parti est subitement en mal de combats. Comptant sur une victoire de UKIP aux législatives partielles de Stoke-on-Stent pour rebondir, l’échec qui s’en est suivi a provoqué de nouvelles querelles au sein du parti entre son nouveau leader, Paul Nuttal, qui s’était présenté à ces élections, et un millionnaire qui est le principal donateur du parti, Aaron Banks. Selon ce dernier, il faudrait «faire le ménage» en «virant des benêts comme Douglas Carswell». Avant de conclure : « Soit je deviens le président du parti, soit je m’en vais.« 

 

Écosse : la volonté séparatiste se fait entendre…  Après avoir voté le maintien de la nation dans le Royaume à 55%, les Écossais ont voté le Bremain à 62%. À l’époque du vote sur l’indépendance de l’Ecosse, c’est la peur d’être expulsé de l’Union européenne qui avait refroidi le vote séparatiste. Mme Nicola Sturgeon, le Premier ministre écossais, a déclaré, après le 23 juin dernier, vouloir que la volonté du peuple écossais de rester dans l’UE soit entendue, quitte à imposer un nouveau référendum autour de l’indépendance… Sturgeon a même été confortée dans son idée par le discours de Theresa May en janvier, dans lequel cette dernière expliquait préférer un hard Brexit avec des frontières renforcées, plutôt qu’une solution en demi-teinte avec un accès potentiel au marché unique européen. La colère du SNP a même été amplifiée au moment où la Cour suprême a décidé que la décision du déclenchement de l’article 50 ne se ferait pas au parlement d’Édimbourg, mais à celui de Westminster.

 

… mais à Londres, la question est plus difficile. Theresa May n’acceptera pas de deuxième référendum autour d’un «Scottexit», puisque le Premier ministre estime que le vote de 2014 était «clair, décisif et légal». «Les deux parties ont accepté de reconnaître le résultat de ce référendum», a déclaré celle pour qui Brexit is Brexit, soutenue par le chef de l’opposition travailliste, Jeremy Corbyn. Reste donc comme solution au Premier ministre écossais de se plier à la volonté du Royaume-Uni et de Theresa May, ou d’organiser un référendum unilatéral qui ne sera pas reconnu par le Royaume, avec assez peu de chances d’être vu d’un œil différent par les autres États européens. Cependant, Nicola Sturgeon ne parle pas d’un deuxième référendum mais d’un nouveau référendum, puisqu’elle estime que les conditions en sont différentes : «C’est un nouveau référendum parce qu’il s’agit d’une question de déficit démocratique et de sortir contre notre volonté de l’UE.» Le risque, paradoxal : une trop faible participation des opposants à la sortie du Royaume-Uni, ce qui ferait perdre sa légitimité au scrutin…

 

Un milliardaire américain à la manœuvre ? L’information est révélée par le Guardian : Robert Mercer, homme d’affaires américain entre autres propriétaire du site d’extrême droite Breibart, aurait été d’une grande aide sur l’aspect technologique de la campagne du camp favorable au Brexit. Grâce à Strategic Communication Laboratories, une filière britannique de Cambridge Analytica (en bref, une société d’analyse de données très précises, comme le temps mis par chacun pour décrocher son téléphone ou la fréquence du changement de photo de profil), le camp du « leave » aurait eu de précieuses informations pour mener sa campagne.

 

Les produits artisanaux menacés par le Brexit ? Le Royaume-Uni ne dispose en effet pas de dispositif national d’Appellation nationale protégée (AOP) ou contrôlée (AOC) comme la France. Seule l’Union européenne peut offrir un dispositif de contrôle, que ce soit au niveau du processus de fabrication ou de la provenance des produits. Des producteurs anglais de fromage, par exemple, s’inquiètent de voir d’autres producteurs à l’international produire les mêmes produits. Demain, la sortie du Royaume-Uni pourrait poser question à bien des producteurs britanniques si le pays ne s’attelle pas au problème avant la sortie de l’UE.