Les Rencontres régionales de l'économie 2017

Le mieux constaté en 2016 conforté en 2017 ?

Publié dans l'édition Nord N. 8822 par

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D.R.

De g. à dr., Sylvie Duchassaing, directrice des études CCIR Hauts-de-France, Philippe Hourdain, président de la CCIR Hauts-de-France, Stéphane Latouche, directeur régional de la Banque de France, et David Brusselle, directeur général CCIR Hauts-de-France.

 

Cela fait quelques années que les Rencontres régionales de l’économie, «rendez-vous habituel en début d’année de l’état de l’économie et de la confiance des entrepreneurs« , n’avaient pas présenté, «pour une fois, des résultats qui sont peut-être encourageants», à en croire le président de la CCIR Hauts-de-France. C’est en tout cas le message global que l’on peut retenir de la présentation du bilan économique dressé par la succursale lilloise de la Banque de France à partir des données financières de plus de 2 200 entités économiques et des perspectives économiques collectées par la CCI de Région à partir des opinions de 4 000 entreprises régionales représentatives du tissu économique.

Quelques mots de rappel du contexte 2016 : une reprise lente et progressive de la croissance mondiale, mais sans atteindre le rythme du début des années 2000 (de 4 à 5%), assortie d’une lente reprise de l’inflation tirée par les prix des matières premières ; une croissance positive de tous les pays de la zone euro, mais avec «une panne de l’investissement (qui) est un point d’inquiétude autour de 20% du PIB» ; une croissance en France à 1,1% «lente et au ralenti, inférieure à la moyenne européenne (1,7%) et à 2015 (1,2%)», tirée par «un moteur consommation des ménages toujours dynamique en dépit d’un coup de froid aux 2e et 3e trimestres, un investissement erratique qui repart au 4e trimestre et un vrai souci sur le commerce extérieur (…) qui souligne un réel problème de compétitivité externe de l’économie française». Au total, «un cadre général plutôt porteur, mais une croissance en France un peu au ralenti», a conclu Stéphane Latouche avant de détailler les résultats de l’enquête annuelle Banque de France.

Industrie : «plutôt encourageant». « La bonne nouvelle, c’est que l’indicateur du climat des affaires est passé au 2e trimestre au-dessus de la moyenne de longue période et que tout au long de l’année nous avons pu constaté ce redressement du moral des chefs d’entreprise et des indicateurs régionaux tirés très clairement par l’industrie automobile. » On retiendra le léger redressement des chiffres d’affaires (0,3%) et des exportations (02%, à l’inverse de la tendance nationale), des effectifs toujours ajustés à la baisse (-0,4%), des dépenses d’investissement reparties à la baisse (-0,6%) et une deuxième année d’amélioration de la rentabilité d’exploitation (jugée positive par 43,8% des entreprises). Les secteurs moteurs sont les matériels de transport (CA en progression de 1,9%) et les IAA (+1,2%), alors que les industries électriques et électroniques sont stables et que les autres produits industriels sont en baisse de 0,6%, tirés vers le bas par la chimie et le textile. Contrepartie du recul «préoccupant» de l’investissement, les entreprises ont atteint des taux d’épargne historiquement élevés et déclarent une rentabilité en progression et consolidation. Pour 2017, deux bonnes nouvelles escomptées avec une accélération de la hausse de CA (3,7%) et de la rentabilité, mais aussi deux «moins bonnes» avec des effectifs orientés à la baisse (-0,7%), tout comme l’investissement (-2,8%), «du fait probablement du contexte électoral».

Services marchands : un dynamisme qui se confirme. «A +3,6 % du chiffre d’affaires, c’est une forte croissance, tirée pat l’export (+2,7%) avec des effectifs qui en profitent (+3,8%). Ces chiffres confirment que la tertiarisation de l’économique régionale se poursuit.» Par secteurs, 2016 a confirmé et amplifié la tendance haussière : +1,2% pour le transport et entreposage, +4,0% pour l’information-communication et +5,5% pour les activités spécialisées (services aux entreprises, intérim…) L’investissement a fait un bond à +15,6%, tiré par le secteur du transport-logistique à +35%. Pour autant, l’évolution de la rentabilité ne semble pas avoir suivi la même courbe avec seulement 43,8% des entreprises qui la jugent positive, du fait notamment de marges plus faibles, de concurrence forte… 2017 est escomptée sur le même trend de croissance que 2016, mais à un rythme en retrait : chiffre d’affaires +2,2%, effectifs +2,9% et investissement +2,4%.

Construction : «toujours difficile, mais…» « La construction est un secteur qui, nationalement et régionalement, traverse une passe difficile, mais 2016 est clairement l’année du retournement», tant les indicateurs se sont améliorés : -0,4% pour le chiffre d’affaires contre -3,4 en 2015, -2,2% pour les effectifs contre -3,1% et +4,3% pour l’investissement contre -17,9%. Par secteurs, «le gros œuvre a tiré son épingle du jeu, CA en hausse de 0,8% après -3,1% en 2015, mais avec des marges inférieures à 2015», alors que le second œuvre s’affiche à -1,1% après -2,8% et les travaux publics, à -0,9% après -5,3%. Les perspectives laissent entrevoir pour 2017 un retournement avec un chiffre d’affaires attendu en hausse de 2,8% et des effectifs stables, alors que l’investissement reculerait de 12,9%. Sans doute toujours l’effet Présidentielles.

«2016, année de transition». Au final, «c’est un tableau d’ensemble plutôt favorable» qu’a présenté Stéphane Latouche, préférant «un verre à moitié plein à un verre à moitié vide». Ainsi, «2016 est clairement une année de transition avec un retour à la croissance, une accélération annoncée en 2017, un point de vigilance sur l’investissement qui est vraiment le sujet de préoccupation pour l’avenir et des effectifs toujours en baisse dans l’industrie, une accélération de la croissance dans les services marchands et une construction en train de se retourner, ainsi que dans l’ensemble une profitabilité qui se redresse. Par rapport aux 12 autres régions, les Hauts-de-France sont plutôt dans la moyenne basse dans l’industrie, dans la bonne moyenne pour les services marchants et tout en bas de la moyenne pour la construction.»

Encadré

4 000 entreprises ont été interrogées par la CCIR Hauts-de-France

Du mieux en 2016 et un optimisme teinté d’attentisme pour 2017

Quel bilan tirent les chefs d’entreprise de 2016 ? «Ils sont plutôt satisfait de l’année écoulée.» Comment voient-ils 2017 ? Leur anticipation est beaucoup plus positive que celle exprimée l’an dernier, à ceci près qu’ils sont aussi très nombreux à ne pas se prononcer…

«Quand on demande aux dirigeants d’entreprise de regarder dans le rétroviseur, ils sont plutôt satisfaits de l’année écoulée», analyse Sylvie Duchassaing, directrice des études à la CCIR Hauts-de-France, à constater le solde des opinions exprimées (la différence entre les opinions favorables et les opinions défavorables). S’ils ne sont que 9% à juger bonne la situation économique globale pour 45% qui la jugent moyenne, le pourcentage des opinions «mauvaise» est cette année tombée à 46%, alors qu’il était l’an dernier de 61%. Cette amélioration se constate aussi sur leur activité : «Il n’y a pas photo, la croissance des chiffres d’affaires est plus soutenue et plus équilibrée (+17% contre +6% en 2015), tirée par les ventes tant en France (+18% contre +13%) qu’à l’étranger (+21% contre -1%), avec une amélioration de leur situation financière tant en trésorerie (+17% contre +5%) qu’en rentabilité (+17% contre +2%). Et cette bonne nouvelle concerne tous les secteurs d’activité, même le commerce de détail (+3% contre -7%), et toutes les entreprises quelle que soit leur taille.»

Cette amélioration a pour conséquence une amélioration du nombre de dirigeants déclarant rencontrer des difficultés : 34% contre 48% l’an dernier et même 60% sur la période 2012-2014). Ces difficultés concernent les délais de paiement (31% et presque 1 sur 2 dans le BtoB), les impayés (15% et 22% dans le commerce de gros), le recrutement (14%, mais 1 sur 2 dans l’industrie et le transport-logistique).Si le nombre de créations d’entreprise s’affiche en «calme plat» (+2,2%), celui des défaillances est en net recul, de -6% à 4 369 pour plus de 9 900 emplois menacés. Autre signal positif, la reprise de créations d’emploi – +6 602, soit une inversion de tendance par rapport aux 77 371 perdus depuis 2008 –, même si le taux de chômage régional s’affiche à 12,2 avec 8 zones d’emplois avec un taux inférieur à 11%, 12 entre 11 et 14% et 8 avec un taux supérieur à 14%.

Ce que sera 2017 ? «Nous avons plutôt des signaux positifs, détaille Sylvie Duchassaing, mais des dirigeants attentistes.» C’est ainsi que, quels que soient les indicateurs – chiffre d’affaires, trésorerie, rentabilité –, les soldes d’opinion s’affichent en positif et ce, dans tous les secteurs, hors l’industrie du fait d’un contexte international plus compliqué et jugé moins porteur qu’il y a un an, avec à la clef un peu plus d’emplois et d’investissements. Pour autant, la directrice des études de la CCIR met en garde sur «un fait marquant de l’enquête qu’est la grosse incertitude sur l’année en cours à regarder le solde des opinions sur l’investissement. Certes, il s’inscrit clairement à la hausse (+5%), mais le nombre de dirigeants qui ne se prononcent pas est cette année de 37% contre 15% l’an dernier». Un attentisme qu’expliquent les élections et qui n’interdit pas de voir repartir l’investissement à la hausse au second semestre.

S’il se réjouit de cette reprise de la confiance – «certes encore timide, mais une reprise pour la première fois depuis plusieurs années» – et de l’emploi – «l’hémorragie s’arrête» –, Philippe Hourdain, président de la CCIR Hauts-de-France, estime important de porter la réflexion sur le peu d’investissement : «Au rythme où les technologies évoluent, ne pas investir, c’est se différencier par le bas par rapport à la concurrence étrangère.» Sans oublier d’alerter sur l’inquiétude que représentent les prochaines échéances pour les chefs d’entreprise : «Certains programmes ne sont pas propices au développement de l’économie. Le coût de l’abandon de l’euro est estimé à 30 Mds€ pour la sphère publique et à autant pour la sphère privée. C’est inquiétant. On sent une nervosité très forte au niveau des grands investisseurs internationaux. Il faut être très attentif. La France n’a pas les moyens de s’offrir ce genre de péripéties.» Toujours les Présidentielles !