Cité internationale de la dentelle et de la mode à Calais

Hubert de Givenchy lève le voile sur 40 ans de création

Publié dans l'édition Pas de Calais N. 9645 par

«C’est la rencontre la plus fabuleuse et la plus émouvante de ma carrière», déclare Shazia Boucher, directrice adjointe de la Cité de la dentelle et de la mode de Calais, faisant référence à l’entretien qu’elle avait eu avec Hubert de Givenchy en 2015 à Paris. C’est ce rendez-vous qui allait fixer les premières lignes directrices de l’exposition qui a ouvert ses portes à la «Cité» le 15 juin et qui sera visible jusqu’au 31 décembre. Trois ans de préparation… Du couturier Balenciaga à la divine Audrey Hepburn, les influences les plus prestigieuses sont ici exposées pour le plus grand bonheur des visiteurs et amateurs de haute couture.

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Il est le dernier. Le dernier des grands. De ceux qui envisageaient le vêtement dans l’harmonie, le confort et la belle coupe. De ceux qui ne pouvaient créer une tenue pour les femmes sans accessoires, sans chapeau et sans gants. Avec un point de départ : le tissu, qui ne devait pas être une contrainte pour la femme. Dans les années 50, ce fut l’apogée des jersey, flanelle et autres organza. Hubert de Givenchy a tracé sa destinée dans les pas de Balenciaga, admiratif de Yves Saint-Laurent, et toujours animé du bonheur intense de la création. Il est venu à Calais, à 90 ans, partager cette passion. Il n’y avait pas eu d’exposition en France depuis 1991. C’est un point d’honneur pour l’équipe de la Cité de la dentelle et de la mode que d’avoir pu concrétiser ce projet supervisé par le couturier lui-même. Et une occasion unique pour Hubert de Givenchy d’avoir pu découvrir, enfin, les techniques de fabrication de la dentelle de Calais Leavers, fleuron de la haute couture. «J’ai par exemple utilisé la dentelle pour rendre le visage d’Audrey Hepburn plus mystérieux», confie le couturier.

Plus de 80 tenues et accessoires exposés. Lorsqu’à 12 ans, le «petit» Hubert prend le train à Beauvais pour se rendre à Paris présenter ses croquis au «grand» Balenciaga, il ne se doute pas que l’antichambre de la maison de couture dans laquelle il va patienter en vain va sceller son destin : «J’ai été projeté tout à coup dans un monde irréel, merveilleux, une atmosphère de parfum, de sensualité, qui m’a marqué pour toujours.» S’il n’atteint pas encore le «maître», qu’il rencontrera plus tard à New York, il va persévérer dans cette voie, travailler chez Jacques Fath comme dessinateur, puis chez Piguet et Lelong. Puis, il devient le premier assistant d’Elsa Schiaparelli, avant d’être nommé directeur artistique de la boutique de la couturière, place Vendôme. Il crée sa propre maison de couture en 1952. Dès lors, les rencontres vont se succéder, plus inspirantes les unes que les autres. Il est marqué à tout jamais par la gentillesse et l’élégance d’Audrey Hepburn pour qui il créera les costumes de ses films. Qui ne se souvient pas de la petite robe en dentelle noire dans Comment voler un million de dollars ? Il crée une robe fourreau en organza imprimé de rayures bleues et blanches pour la duchesse de Windsor, une robe en jersey pour Jerry Hall. Parmi les souvenirs marquants qu’il a souhaité partager, il cite Jacky Kennedy, «une femme moderne, actuelle. Les Etats-Unis ne s’intéressaient pas au fait qu’elle s’habille en France. Je lui ai créé une quinzaine de tenues pour sa rencontre avec le général de Gaulle, et nous avons eu une énorme publicité.» Le couturier pose aujourd’hui un regard sceptique sur la mode : «Le jour où Saint-Laurent, grand créateur, grand innovateur, a décidé d’arrêter, ce ne fut plus la même chose. Nous avons changé d’époque, c’est un changement dans la mode, dans le climat… Je trouve qu’il y a aujourd’hui du laisser-aller. Selon moi, il est indispensable de préserver une forme d’élégance.» La maison Balenciaga appartient désormais à LVMH et compte encore haute couture, prêt-à-porter, parfums, sacs et cosmétiques. Hubert de Givenchy continue de croquer, «en hommage à Audrey». «Il y a toujours quelque chose de passionnant dans la vie, dit-il. Tant que l’on peut travailler, il faut le faire.»

Lucy DULUC

CAPRESSE
Robe de bal en dentelle chantilly portée par l’actrice Capucine.

CAPRESSE
La main de Givenchy en train de croquer.

CAPRESSE
Hubert de Givenchy et le maire de Calais.