CHARLES-RENÉ TANDÉ, PRÉSIDENT DU CONSEIL SUPÉRIEUR DE L'ORDRE, À “CAMPUS 2017”

“L’expert-comptable doit être au service de l’économie et de la croissance”

Publié dans l'édition Pas de Calais N. 9647 par

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La septième édition du congrès régional “Campus 2017” a réuni quelque 250 professionnels du chiffre au Palais des Congrès du Touquet les 6 et 7 juillet pour une journée et demie de formation et la tenue de l’assemblée générale annuelle qui aura été la première en région de la mandature de Charles-René Tandé, président du Conseil Supérieur de l’Ordre.

D.R.

Entre une session, la veille, du Conseil régional et deux assemblées générales le lendemain à Limoges et Bastia, Charles-René Tandé, nouveau président du Conseil Supérieur de l’ordre des experts-comptables puisqu’élu le 14 mars 2017, a entamé avec une première étape au Touquet son premier tour de France des 23 assemblées générales des Conseils régionaux de l’Ordre. L’occasion pour lui de rendre compte des décisions prises la veille par le Conseil Supérieur en matière de régionalisation des instances ordinales et d’évoquer la mandature qui commence au travers de son sujet principal, l’expert-comptable au service de l’économie.

“Un objectif ambitieux…”

Au préalable, François Cousin, administrateur général des finances publiques et représentant de Laurent de Jekhowsky, directeur régional des Finances Publiques des Hauts-deFrance et du département du Nord depuis le 14 février 2017, avait en quelque sorte introduit ces thématiques en revenant sur le rôle de l’expert-comptable “acteur incontournable du chiffre et de la fiscalité au service de l’entreprise.” “Vous êtes responsables de la qualité comptable. Votre profession est essentielle à la qualité des échanges économiques et financiers dans un moment marqué par la dématérialisation des transactions et l’ouverture internationale”, a-t-il dit, insistant sur l’importance non seulement de la formation pour intégrer dans leurs conseils les évolutions constantes du droit, mais aussi de la lutte contre le blanchiment et des signalements auprès de Tracfin. Autant de rappels qu’il a complétés par un appel à réussir la préparation du passage d’un CROEC Lille Nord – Pas-de-Calais à un CROEC unifié des Hauts-de-France : “Un mandat particulier de deux ans a été donné pour préparer une nouvelle organisation des conseils régionaux afin de l’aligner sur l’organisation de l’État en région. Ce serait bien qu’il puisse être annoncé pour le congrès national de septembre à Lille. Ce serait un très bon signe pour la profession. C’est un objectif ambitieux qui me semble atteignable par les professionnels des méthodes, du changement et de l’accompagnement des structures en entreprises que vous êtes”, a-t-il plaidé avant de conclure par un “Nous sommes confiants sur votre capacité à expliquer, convaincre, faire évoluer le CROEC dans un souci d’efficacité, de simplification au service de la communauté des experts-comptables sous l’égide du Conseil Supérieur et du ministère des Finances.”

“Eviter la superposition…”

Dans sa réponse, Hubert Tondeur est revenu sur l’activité de formation importante du CROEC pour indiquer que la profession “continue à se former sur des domaines où elle n’est peut-être pas suffisamment reconnue comme des acteurs potentiels, à savoir le marché du conseil.” Après avoir indiqué que la Commission Européenne venait de juger qu’en certains domaines, dont la comptabilité, il y a en France“encore trop de barrières qui nuisent au développement du numérique et à la baisse des prix pour améliorer la compétitivité des entreprises”, il a appelé la profession “à faire sa révolution qui passe par la révolution numérique et par la révolution des marchés… Il va nous falloir embarquer la technologie et des métiers qui sont peut-être plus de l’organisation, de l’audit interne, de l’évaluation, du financement, du développement de patrimoine… Ces connaissances, on les a, mais il faut qu’on les développe, que nos collaborateurs les développent.”

Remarquant que si Lille Nord – Pas-de-Calais est une des régions qui se regroupe, la Picardie va connaître une scission puisque quelque 80 confrères des Ardennes vont rejoindre le Grand Est, Hubert Tondeur a resitué le débat de la réorganisation ordinale en cours : “La problématique n’est pas le lieu du siège social, elle est celle de l’action que nous serons capable de mettre en œuvre au service de la profession… Il faut être raisonnable et aussi savoir gérer le temps pour avoir un conseil unifié, des procédures unifiées, une organisation unifiée et une personnel suffisant pour gérer de 1 050 à 1 150 experts-comptables en évitant la superposition des couches dans un temps trop long. Gérer le court terme peut aussi être une solution pour calmer les esprits et ne pas stresser le personnel. Pouvoir annoncer la nouvelle organisation au congrès de septembre serait une bonne chose.” Une première réunion s’est tenue à Lille à la DRFIP Hautsde-France le lundi 10 juin. La nouvelle régionalisation avance “dans un environnement qui est celui de notre tutelle”, constate Hubert Tondeur.qui appelle à “s’organiser sans céder à la pression du jacobinisme ultra.”

Le CSO a tranché. Après avoir rappelé le souhait initial de la profession à ne pas modifier son périmètre régional d’intervention, mais aussi qu’elle doit coller à la réalité des décideurs économiques que sont les conseils régionaux, Charles-René Tandé a dès le début de son intervention admis qu’il y a “un sens à ce que les régions ordinales correspondent aux régions économiques”, précisant de suite les obligations qui s’imposaient au Conseil Supérieur : “tenir compte des grandes hétérogénéités régionales ; garder un service de proximité, avoir un objectif de gestion des ressources au mieux et avoir un scrutin simplifié et représentatif.” En conséquence de quoi, “la décision votée hier (le mercredi 6 juillet) au Conseil Supérieur, pas dans l’unanimité, mais à la majorité, a été de créer des CTO, Comités Territoriaux de l’Ordre. Il y aura un CTO à Amiens”, a-t-il annoncé et défendu : “le problème, ce n’est pas l’organisation, on en est capable, mais il faut tenir compte des aspects psychologiques et surtout de la considération qu’ont les confrères de leurs élus sur le bénévolat qui correspond à un vrai service de proximité.” Le futur Conseil régional Hauts-de-France aura donc 2 collèges correspondant aux deux anciennes régions. Autres décisions du Conseil Supérieur, la fixation du nombre d’élus à 36 par conseil régional, “à mi-chemin entre les 48 à 54 élus et les 24 élus” de la formule actuelle, et l’adoption du suffrage universel par voie électronique pour l’élection au Conseil Supérieur, adoption qui permet la réduction, unanimement souhaitée, de la campagne électorale et le démarrage de tous les mandats au 1er janvier. “C’est la transparence maximum”, s’est félicité Charles-René Tandé. Reste à trouver à ce schéma un véhicule législatif, mais la réforme territoriale est sur de bons rails…

La spécialisation à l’étude. Autre motif de satisfaction pour le président du CSO, la décision du prsident Macron de rattacher l’expertise comptable au ministère de l’Economie dans laquelle il voit “la volonté de signifier que l’expert-comptable est celui qui accompagne l’entreprise” et qui aussi l’occasion de marteler que “l’expert-comptable doit être au service de l’économie et de la croissance.” Pour faire le constat d’un temps insuffisamment consacré sur la partie accompagnement et performance de l’entreprise, il annonce que le Conseil Supérieur travaille à l’élargissement des activités des experts-comptables au niveau de la spécialisation : “Nous devons absolument nous réapproprier le conseil à forte valeur ajoutée, tirer de notre diplôme, de notre déontologie le fait que nous pouvons mener des missions à forte valeur ajoutée dans le cadre réglementaire…” Et de prendre l’exemple de l’évaluation de sociétés sur la base de normes internationales qui entre dans une logique de techniques et de formations complémentaires. “L’idée n’est pas de créer des listes, d’encadrer des spécialistes au niveau du Conseil Supérieur, mais de reconnaître une liste de spécialités sur lesquels l’institution et les cabinets pourront communiquer. L’idée est d’identifier ce qu’attend le marché en termes de missions à forte valeur ajoutée et que les experts-comptables se les approprient. Il s’agit bien d’une identification de marché potentiel pour les experts-comptables.”

D’autres sujets sont au coeur de ce début de mandature, comme l’influence auprès de la sphère politique – “il faut absolument qu’on ait un parlement plutôt favorable à nos idées (…), être en phase avec les ministères, Economie et Chancellerie…” -, le texte sur les honoraires de succès ou celui sur l’expert-comptable diplômé d’expertise comptable qui pourrait être intégré au Tableau de l’ordre, voire même celui “potentiel” du maniement des fonds pour peu que puissent être mises en place des sauvegardes pour éviter les risques de responsabilité. Rendez-vous a été pris pour une nouvelle rencontre au 72e congrès de l’ordre sur le thème du conseil à Lille les 27, 28 et 29 septembre !