Le château de Barly, près d’Avesnes-le-Comte

Un joyau racheté par des antiquaires parisiens

Publié dans l'édition Nord N. visite par

Entre Arras et Doullens, à quelques kilomètres seulement d’Avesnes-le-Comte, le château de Barly est un joyau du XVIIIe siècle qui a été épargné par les deux conflits mondiaux. Classé aux Monuments historiques depuis 1971, il a été préservé dans un état relativement authentique. Ses actuels propriétaires, antiquaires à Paris, le restaurent du mieux possible afin de lui redonner toutes ses lettres de noblesse.

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Bernard Dragesco, copropriétaire et gestionnaire du château de Barly, est également antiquaire à Paris.

Situé au cœur du département du Pas-de-Calais, dans la petite commune de Barly, à quelques encablure d’Avesnes-le-Comte, le château de Barly est un joli château classé Monument historique, ouvert au public chaque été en juillet et août.
Particulièrement bien conservé, la demeure de style Louis XVI est d’une grande qualité architecturale. «Les premiers écrits concernant le château datent de 1780, précise Bernard Dragesco, l’actuel copropriétaire et le gestionnaire de ce joyau. Je dispose de documents officiels indiquant qu’en lieu et place d’une ancienne maison seigneuriale, la construction du corps principal devait être terminée en 1784.» (NDLR : le deuxième propriétaire est Didier Cramoisan, ami de Bernard Drasgesco.)
Ces documents indiquent que les travaux d’aménagements intérieurs se sont achevés autour de 1794, tout comme la construction de la cour de ferme, du grand pigeonnier et de la chapelle. Ce qui est remarquable, c’est que le château, d’une très grande qualité architecturale, a survécu aux deux conflits mondiaux.
Classé en totalité Monument historique depuis 1971, «c’est assez unique en France pour être souligné, particulièrement dans une région qui a été dévastée pour ces deux guerres. Les historiens spécialistes de cette période, s’accordent sur l’originalité, la qualité et la beauté des bâtiments, des décors intérieurs», développe Bernard Dragesco.

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L’intérieur du château est en très bon état. Un très bel escalier en bois sculpté permet de rejoindre l’étage. Les pièces principales de la demeure ont été restaurées dans leur état d’origine.

Une vitrine pour ses objets. Antiquaire, spécialiste des céramiques, du verre et des bouteilles anciennes, Bernard Dragesco cherchait depuis dix années un château «authentique». Il en a visité plusieurs qui n’ont pas retenu son attention : «ils avaient subi des modifications, avaient été partiellement détruits ou bien encore mal entretenus», souligne-t-il. L’antiquaire voulait un château dans son jus, un écrin pour mettre en valeur ses objets, «un château avec une âme, restauré dans les règles de l’art».
De l’extérieur, l’ancienne demeure seigneuriale ressemble beaucoup aux châteaux que l’on peut trouver en région parisienne : des façades aérées, de nombreux vitrages… Autre particularité du lieu, il se situe juste en face de l’église du village. Et le propriétaire d’ajouter : «Elle fut partiellement reconstruite au tout début du XIXe siècle dans le même style que le château. Fait rarissime, la nef et la façade de l’église ont été inversées pour faire face à l’entrée du château et fermer harmonieusement la perspective.»
Lors de la visite guidée, les visiteurs découvriront l’intérieur de la chapelle avec les tableaux d’un peintre local, la cour de ferme, la cour d’honneur, puis l’intérieur du château, avec «le couloir d’entrée, l’escalier d’honneur, la salle à manger, le salon d’entrée et le salon de compagnie». Ces trois pièces principales sont ornées de très belles boiseries d’origine, œuvre d’un sculpteur arrageois, César Lepage.
Enfin, les visiteurs seront invités à découvrir et à se promener dans le parc arboré de 2,15 hectares, contenant des variétés d’arbres et d’arbustes de collection. «Initialement, la demeure avait un parc de 13 hectares, il ne m’en reste aujourd’hui que 2. J’espère un jour pouvoir acheter les terres vendues par les anciens propriétaires», affirme l’antiquaire.

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A l’arrière, le château se reflète dans un miroir d’eau qui révèle toute la beauté du lieu.

Toute une histoire. Si les premiers écrits datent  de 1780, époque à laquelle Vindicien-Antoine Blin de Barly, entame la construction des bâtiments actuels, de style néoclassique affirmé, après sa mort, c’est son fils, Jean-Vindicien Blin de Varlemont, qui continue les travaux.
En 1837, Achille-Pierre Blin de Varlemont vend le domaine à la comtesse de Tramecourt, qui aménage le parc dans un style anglais, devenu à la mode. «Elle avait fait établir un atlas de ses terres en 1870, document fascinant que l’on a retrouvé en Allemagne en 2001», précise Daniel Dragesco.
En 1914, les héritiers de la comtesse cèdent la propriété à Arthur Duhem, un industriel nordiste qui fabrique des bleus de travail, vice-président de la chambre de commerce de Lille. «Rapidement, le château a été réquisitionné et utilisé comme hôpital militaire, français et anglais.» A partir de 1919, le vice-président de la CCI de Lille s’est consacré à la restauration du château et à celle du parc. «C’est lui qui décide de construire un bassin dans la cour d’honneur, dans lequel se reflète la façade arrière.»
De 1937 à 1970, le domaine appartient à Robert Bouttemy, cultivateur du village. Il ne l’entretient pas, laisse le parc en friche. «Le château a été sauvé in extremis par le classement Monument historique.» Le comte Jacques d’Antin de Vaillac en fait l’acquisition et commence sa remise en état dans les règles de l’art. En 2001, Bernard Dragesco et Didier Cramoisan ont le coup de cœur pour ce chef-d’œuvre.

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La vue aérienne du château et de son parc révèle toute la beauté du lieu et son authenticité.

Visites payantes. Les deux actuels propriétaires ont d’ores et déjà réalisé de gros travaux dans le château. Le classement Monument historique leur impose de le faire dans les règles de l’art mais coûte excessivement cher. «Nous voulions un écrin, ça a un prix, également en entretien», lance Bernard Dragesco, content de son acquisition, tout en avouant que le fait d’ouvrir le château au public permet d’avoir des aides et des déductions fiscales.
Pour être éligible aux aides, les monuments doivent en effet être ouverts un minimum de 40 jours par an. «Nous avons fait le choix de l’ouvrir uniquement pendant la période estivale, en juillet et août.» Depuis l’été 2002, le château de Barly est donc visitable moyennant 5 euros pour les adultes et 3 euros pour les enfants. «Chaque année, nous recevons entre 400 et 600 visiteurs. Cela nous permet de financer quelques travaux et surtout de partager notre passion», conclut le copropriétaire.
Bernard et Didier vivent dans le château à l’année, ils s’en occupent du mieux possible, avec la volonté de le transmettre dans le meilleur état possible. Pour cela, ils ont établi un programme de travaux pour les années à venir.