Spécial Poches

Les livres de la semaine

Publié dans l'édition Nord N. 8852 par

California girls   Dans la cité des anges de la fin des années soixante, Charles Manson fanatise une bande de hippies, improbable «famille» que soudent drogue, sexe, rock’n roll et vénération fanatique du gourou qui «missionnent» trois filles et un garçon pour une attaque meurtrière, la première du grand chambardement qui sauvera le monde. La […]

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California girls

 

Dans la cité des anges de la fin des années soixante, Charles Manson fanatise une bande de hippies, improbable «famille» que soudent drogue, sexe, rock’n roll et vénération fanatique du gourou qui «missionnent» trois filles et un garçon pour une attaque meurtrière, la première du grand chambardement qui sauvera le monde. La nuit du 8 août 1969, sur les hauteurs de Los Angeles, les zombies défoncés tuent cinq fois dont la sublime Sharon Tate, épouse de Roman Polanski enceinte de huit mois. Au petit matin, le pays pétrifié découvre la scène sanglante sur ses écrans de télévision. Associées en un flash ultra violent, l’utopie hippie et l’opulence hollywoodienne s’anéantissent en un morbide reflet de l’Amérique. Crime crapuleux, vengeance d’un rocker raté, satanisme, combinaisons politiques, Black Panthers… Le crime garde une part de mystère. En trois actes d’un hyper réalisme halluciné, Simon Liberati peint sans fard l’un des faits divers les plus atroces des cinquante dernières années.

 

California girls de Simon Liberati (Le Livre de Poche).

 

 

La Succession

 

Paul Katrakilis, le héros de ce roman léger et grave – la marque de fabrique des livres de Jean-Paul Dubois – vit à Miami depuis quelques années et goûte enfin au «bonheur simplifié.» Car ce médecin en rupture de ban, en décalage avec son époque, pratique en professionnel la pelote basque, sport dont la beauté l’enivre. Mais lorsqu’il apprend la mort de son père, le passé resurgit à la lumière d’une étrange famille. Ainsi le grand-père, Spyridon, médecin de Staline, a fui autrefois l’URSS ; le père, Adrian, médecin lui aussi, est un homme apparemment insensible tandis que la mère, Anna, et son propre frère ont vécu comme mari et femme dans la demeure familiale. Une lignée vouée à disparaître mais qui va renaître un temps lorsque Paul, revenu en France pour vider la maison familiale, découvre deux carnets noirs tenus secrètement par son père… Entremêlant avec virtuosité une fantaisie délicieusement absurde et une mélancolie sourde née de la perte du père, l’auteur signe un livre doux-amer d’une belle élégance.

 

La Succession de Jean-Paul Dubois (Points Seuil).

 

 

Boussole

 

Le narrateur de ce roman d’une richesse sidérante, Franz Ritter, est un musicologue viennois amoureux de l’Orient qui, pour tromper de tenaces insomnies, s’abandonne aux rêveries, songes et réminiscences d’une vie ponctuée de séjours à Istanbul, Alep, Damas ou Palmyre… Un homme mélancolique et solitaire qui soupire au souvenir de Sarah – spécialiste de l’Orient et de sa fascination sur les aventuriers, savants ou artistes du passé –, complice passionnée et amour impossible. Autour de ce couple gravite un monde d’explorateurs des arts et de leur histoire, orientalistes animés d’un désir pur de mélanges et de découvertes mais frappés de plein fouet par les échos tragiques de l’actualité contemporaine. Roman nocturne, enveloppant et musical, tout en érudition généreuse et humour doux-amer, Boussole est un fascinant voyage, une quête de l’autre en soi – comme un pont jeté entre l’Occident et l’Orient, entre hier et demain, bâti sur l’inventaire amoureux de siècles de fascination et d’influences, pour panser les plaies du présent.

 

Boussole de Mathias Enard (Babel).

 

 

Crans-Montana

 

Ce roman teinté d’une ineffable mélancolie s’ouvre dans les années 1960, à Crans-Montana, où trois jeunes filles Chris, Charlie et Claudia exercent une indéfectible fascination  sur quelques héritiers d’une bourgeoisie familière de la très chic station de ski suisse. Pendant les vacances d’été ou d’hiver, sur les pistes, à la piscine ou dans les night-clubs, des jeunes hommes contemplent cet ensorcelant trio sans jamais l’aborder. Les années passent mais leur souvenir les hante, comme un amour fantôme. Le roman oscille entre les voix masculines et féminines, déroulant les destinées d’une jeunesse dorée mais lestée des secrets, fautes ou indifférence des générations précédentes. Durant près de trente ans, chacun tentera de toucher ses rêves, de vivre le grand amour, d’approcher la vérité, ou simplement exister. Mais des espoirs romantiques de l’adolescence à l’opulence glacée des années 1990, la vie glisse inexorablement entre leurs doigts. Un roman attachant et sensible.

 

Crans-Montana de Monica Sabolo (Pocket).