L’industrie s’invite au coeurde la campagne présidentielle

Publié dans l'édition Nord N. 8438 par

 

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Les établissements industriels dans les zones d’emploi de la région Nord-Pas-de-Calais

Les établissements industriels dans les zones d’emploi de la région Nord-Pas-de-Calais

Il n’y a pas d’économie sans industrie peuton enfin entendre” : c’est le préambule de ce livre blanc rédigé par 18 personnalités du monde industriel (responsables d’associations industrielles, de pôles de compétitivité, d’excellence, d’enseignants-chercheurs…). Cet énième livre blanc a surtout pour but de peser dans le débat et de convaincre le futur dirigeant à faire les bons choix pour l’industrie sans tarder. Avec 19% des emplois de la région, l’industrie demeure en effet “le levier essentiel de notre développement économique. Le recul n’est pas une fatalité”, y lit-on.“Pour impulser cette nouvelle dynamique, la CCI de région Nord de France ainsi que le Groupe des fédérations industrielles entendent faire valoir, sur la base d’un constat partagé, dix propositions et engagements.” Les acteurs industriels entendent ainsi donner le ton et ne pas se contenter de se laisser convaincre par les propositions des candidats. Objectif : “retrouver le dynamisme” industriel de la région, écrivent Philippe Vasseur, président de la CCI régionale, et Patrice Pennel, président du GFI.

Un constat alarmant. D’abord, le constat. La première partie du livre blanc met en exergue les “mutations importantes” de l’industrie régionale. En ce qui concerne la définition1, les auteurs s’en tiennent à une lecture traditionnelle de l’industrie : manufacturière. Exit la déclinaison industrielle du numérique, du commerce, du tourisme… L’industrie, c’est le “produire physique”, pas les services. Dans la région, on compte 6 904 entreprises industrielles, dont plus de 10% ont plus de 50 salariés. Un constat souligne qu’il y a 30 ans, plusieurs groupes pesaient 10 000 salariés. Aujourd’hui, seul Renault Douai emploie plus de 5 000 personnes et 14 entreprises en emploient plus de 1 000. Plus généralement, le poids de l’industrie baisse par rapport aux services. Pour autant, les entreprises de taille intermédiaire (ETI) “sont plus dynamiques que les autres”, avec un gain d’emploi de 6% contre une baisse de 0,4% chez les autres. La répartition géographique des entreprises industrielles place la Métropole en tête devant le Dunkerquois, le Valenciennois, l’Arrageois et le Béthunois. Le livre blanc fait aussi le triste constat suivant : “La région a perdu 88 000 emplois industriels en 17 ans, passant de 276 000 emplois salariés en 1993 à 180 000 en 2010. Les 4/5 de cette baisse sont observés sur les dix dernières années.” Non seulement, l’industrie fond comme neige au soleil mais elle fonce dans le mur en klaxonnant ! Pourtant, elle emploie toujours près de 20% des actifs et donne du travail au bâtiment et aux services. Les auteurs du livre calculent que les emplois induits pèsent encore près de 200 000 personnes. D’après eux, plusieurs facteurs sont responsables de cette chute : la concurrence étrangère qui mène aux délocalisations de certaines entreprises qui veulent survivre ; le poids de l’intérim qui n’est pas réellement comptabilisé dans les chiffres de l’emploi industriel – en effet, l’industrie régionale fait travailler la moitié des 50 000 intérimaires réguliers (chiffres 2010).

La paradoxe d’une bonne santé économique ! Certains territoires sont “en fin de désindustrialisation” comme à Roubaix- Tourcoing où les effectifs industriels sont passés de 52% des actifs à 39% en quelques décennies. D’autres, “plus nombreuses”, sont toujours en cours de désindustrialisation comme les bassins du Douaisis, du Béthunois, du Cambraisis ou encore de l’Audomarois. Et que dire de Calais qui a perdu 45% de ses 8 600 emplois industriels entre 1995 et 2010… Derrière ces chiffres relatifs à la partie emploi de l’industrie se cache pourtant une santé économique loin d’être apocalyptique. “La région a généré 16 milliards d’euros de valeur ajoutée industrielle en 2008, soit 4% de plus en huit ans. Le Nord-Pas-de- Calais n’a donc jamais généré autant de richesses avec son industrie qu’actuellement. La croissance est limitée, mais elle est notable et confirme bien que l’emploi n’est pas un indicateur suffisant du niveau d’activité de l’industrie. On peut avoir une baisse d’emploi et une activité qui augmente en ayant recours à des sous-traitants dans les services et ou en améliorant le process industriel par modernisation de l’outil ou par optimisation des équipements existants. Cette hausse est huit fois moins forte que dans les autres branches de l’économie régionale, avec un poids dans la région qui passe de 23% à 18% entre 2000 et 2008. Fait remarquable, le poids de la valeur ajoutée industrielle du Nord-Pas-de-Calais dans l’ensemble national est resté tout au long de cette période à 6,6%, ce qui signifie que la région n’a pas décroché”, expliquent les auteurs. En témoignent les arguments suivants : 80% de la valeur régionale exportée, 60% des chercheurs et des dépenses en R&D, investissements étrangers conséquents et recettes fiscales des collec-tivités territoriales. Quant à l’image déformée des petits salaires dans l’industrie, il faut noter que le salaire moyen brut annuel dépasse les 30 000 euros.

Des créations encore conséquentes. Pour autant, la région est en sous-performance par rapport à l’échelon national : la dernière décennie a vu disparaître 70 000 salariés, notamment pour des raisons liées à la compétitivité. Malgré cela, les initiatives de création restent conséquentes. “En moyenne, la région crée 460 établissements nouveaux chaque année dans l’industrie. C’est un secteur qui voit en moyenne moins de créations d’entreprises ou d’établissements que les autres mais on comprend bien que les investissements initiaux nécessaires sont plus importants. En parallèle, les disparitions sont aussi moins importantes : en 2010, il y a ainsi eu 180 défaillances en région”, lit-on en seconde partie du livre. Pour survivre, elles doivent impérativement innover. Dans la région, ce critère majeur de développement n’est pas assez répandu. Si, au niveau régional, le crédit impôt-recherche a bénéficié à 432 entreprises en 2009 (soit une augmentation de 26% en un an), “la région pèse 3,7% du dispositif en France et se classe ainsi à la 7e place des régions françaises, en retrait de son poids économique. (…) Tous secteurs confondus, la région a déposé 249 brevets en 2010 ; cela représente moins de 2% des brevets publiés en France 18 mois après leur dépôt. Qui plus est, sur dix ans ces dépôts ont tendance à baisser. En termes de laboratoires de recherche, comme le notait déjà la Drire en 2009, la région reste sous-représentée en chercheurs. La région accueille 3 500 chercheurs, répartis dans 200 laboratoires (3,4% des chercheurs nationaux). La recherche académique de la région s’appuie sur les laboratoires de sept universités et de neuf laboratoires d’organismes publics”.

Les solutions des acteurs régionaux. Pour anticiper une nouvelle ère industrielle dans la région, les rédacteurs du livre blanc ont proposé dix mesures : livrer la bataille “culturelle”, ce qu’ils résument à la formule “ramer à contre-courant”. Viennent ensuite l’image de l’industrie et l’esprit d’entreprendre ; l’anticipation pour faire vivre l’industrie dans l’évolution du monde et de ses techniques ; “cultiver la vision stratégique des PMI” ; combler le vide que constitue l’absence d’entreprises de taille intermédiaire… Financièrement, les promoteurs du livre blanc préconisent la centralisation des fonds dédiés à l’industrie à travers un “guichet unique spécialisé dans le financement de l’industrie”. Enfin, il faudra surtout penser marketing, territoires pilotes et ambition.

1. L’industrie se décompose en 13 soussecteurs: agroalimentaire ; automobile ; biens de consommation ; biens d’équipement et maintenance ; bois-papier ; chimie ; construction navale ; ferroviaire ; édition-imprimerie ; énergie ; équipements et composants électroniques ; métallurgie, produits minéraux et extraction ; textile.